Crise diplomatique à trois jours d’un scrutin clé aux Pays-Bas

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte prenant la parole à La Haye, aux Pays-Bas, le 12 mars 2017
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Le premier ministre néerlandais Mark Rutte prenant la parole à La Haye, aux Pays-Bas, le 12 mars 2017

Déjà dominée par les questions d’immigration et la poussée de l’extrême droite, la campagne électorale néerlandaise a été parasitée ce week-end par la crise avec la Turquie, le premier ministre néerlandais excluant dimanche de présenter des excuses à Ankara.

« Il est hors de question que des excuses soient faites, ils devraient faire des excuses pour ce qu’ils ont fait hier », a déclaré à l’AFP Mark Rutte dimanche.

Le premier ministre est sorti renforcé dans l’opinion néerlandaise de cet épisode, grâce à l’attitude adoptée dans l’incident diplomatique avec la Turquie, d’après Monika Sie Dhian Ho, directrice de l’Institut Clingendael à La Haye.

« En tant que premier ministre, je dois prendre en compte les intérêts des Pays-Bas pour garder ce pays sûr et stable. Et c’est dans cet esprit que j’ai mené nos actions vis-à-vis de la Turquie », a déclaré M. Rutte. Candidat à un troisième mandat à la tête du pays de 17 millions d’habitants, ce libéral dit « se battre très fort » pour remporter le scrutin, tentant de repousser le député d’extrême droite Geert Wilders.

Mais « si les gens pensent que le Parti pour la Liberté de Geert Wilders ne peut pas devenir le plus grand parti, regardez ce qu’il s’est passé avec le Brexit [ou Donald] Trump », a-t-il souligné. « Ici aussi, il est possible que Geert Wilders gagne les élections », a-t-il mis en garde.

Selon la dernière étude publiée dimanche du site de référence Peilingwijzer, qui compile six enquêtes différentes, le parti du premier ministre se hisse cependant à la première place avec 16 % des intentions de vote.

Son Parti libéral populaire et démocrate (VVD) est ainsi crédité de 23 à 27 sièges sur les 150 que compte la Chambre basse du Parlement. Mais loin des 40 dont il dispose actuellement.

Surfant des mois durant sur la vague anti-immigration en Europe, M. Wilders a lui vu ces dernières semaines son PVV reculer, avec 19 à 23 sièges crédités, soit 13 % des intentions de vote.

Connu pour sa rhétorique anti-islam, M. Wilders a promis, s’il devenait premier ministre, de fermer les frontières aux immigrants musulmans, d’interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées.

Et si sa formation devait ressortir du scrutin comme l’un des plus grands partis du Parlement, il deviendrait une voix difficile à négliger.

« Valeurs néerlandaises »

De son côté, dans une tentative de séduire les partisans du PVV, le premier ministre a déjà lancé un appel à respecter les « valeurs néerlandaises », à s’y adapter ou à partir.

La semaine dernière, des centaines de personnes se sont rassemblées dans deux mosquées lors de deux événements distincts à Amsterdam et Rotterdam pour exprimer leurs inquiétudes face à la discrimination grandissante qui les frappe selon eux.

Les élections aux Pays-Bas sont d’autant plus observées de près qu’elles seront suivies par deux autres scrutins, en France et en Allemagne, également marqués par la montée de courants eurosceptiques ou anti-immigrés, encouragés par le Brexit.

Mais avec un total de 28 partis et 12,9 millions d’électeurs, les résultats risquent d’être fortement fragmentés et la formation du prochain gouvernement pourrait prendre des mois, plusieurs partis ayant promis de refuser toute alliance avec le PVV.

Les résultats de mercredi devraient ainsi ouvrir la voie à d’importants marchandages dans lesquels les petits partis pourraient jouer un rôle déterminant, comme le charismatique chef de file du parti écologiste GroenLinks, Jesse Klaver.

D’origine marocaine, cet homme politique de trente ans est considéré par les analystes comme l’antithèse du député anti-islam.

« Mes armes sont l’espoir et l’optimisme », disait à l’AFP samedi Jesse Klaver. « Nous construisons un mouvement qui est plus fort qu’aucun parti aux Pays-Bas. »

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 13 mars 2017 10 h 36

    Le choix de la liberté

    De tout coeur avec les Néerlandais qui, je l'espère vivement, ne mettront pas au pouvoir l'extrême-droite. Ceux-ci, des êtres libres, que les soldats canadiens ont libéré du joug nazi, méritent beaucoup mieux que cela.

    M.L.