Benoît Hamon l’emporte facilement

Manuel Valls est le perdant du second tour de la primaire de gauche avec 41 % des voix, alors que Benoît Hamon est le vainqueur avec 59 %.
Photo: Geoffroy Van Der Hasselt Agence FRance-Presse Manuel Valls est le perdant du second tour de la primaire de gauche avec 41 % des voix, alors que Benoît Hamon est le vainqueur avec 59 %.

Une page de l’histoire du Parti socialiste français vient de se tourner et il n’est pas certain qu’il en sorte vivant. Dimanche, le candidat de la gauche radicale du parti, Benoît Hamon, a facilement remporté le second tour de la primaire de la gauche. C’est donc le candidat des frondeurs, radicalement opposé à toutes les politiques du gouvernement socialiste de François Hollande depuis cinq ans, qui sera officiellement investi de la candidature socialiste pour la présidentielle.

Benoît Hamon l’emporte avec 59 % des voix, comme chacun s’y attendait après un premier tour qui le mettait largement en avance. Il semble qu’après les Français, les électeurs de la primaire de la gauche aient eux aussi voulu sanctionner le quinquennat de François Hollande. Son ancien premier ministre, Manuel Valls, n’obtient que 41 % des voix. Dimanche soir, malgré les appels au rassemblement, le Parti socialiste a surtout donné l’image d’un parti profondément divisé qui aura beaucoup de difficulté à se rassembler à trois mois de la présidentielle.

Dans un geste étonnant, Benoît Hamon n’a pas même attendu que son adversaire ait terminé de parler pour monter sur scène. Certains de ses proches ont qualifié cet incident de « bug technique », d’autres ont parlé d’une « énorme erreur ». Au siège du parti, rue de Solférino, la poignée de main prévue entre les deux hommes a été plus que glaciale. Elle n’a duré que 10 secondes, pas une de plus.

« Vous êtes le coeur battant de la France », a déclaré Benoît Hamon à ses supporters réunis à la Mutualité, un lieu historique de l’histoire de la gauche. « Notre pays a besoin d’une gauche moderne et innovante […] Il faut écrire une nouvelle page de notre histoire. Je ne me résigne pas à la fatalité. Le revenu universel permettra de choisir le travail plutôt que de le subir », a dit celui dont la revendication phare a été le revenu universel d’existence. Une réforme qui pourrait coûter à terme 400 milliards d’euros, l’équivalent du budget actuel de la France.

Difficile rassemblement

Benoît Hamon se donne d’abord pour tâche de « rassembler les socialistes », ce qui semblait déjà difficile dimanche soir. « Il faudra aussi rassembler la gauche et les écologistes », a dit aussi celui qui se propose de rencontrer rapidement le candidat de l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, et celui des verts, Yannick Jadot. « Je leur proposerai de construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, écologique et démocratique », dit-il. Fait étonnant, le candidat du Parti socialiste n’a le soutien d’aucun ministre de son propre parti. Le président François Hollande, que l’on soupçonne de sympathies envers son ancien conseiller Emmanuel Macron, n’a pas diffusé le moindre communiqué après cette élection. Une rencontre est cependant prévue lundi après-midi entre Benoît Hamon et le premier ministre, Bernard Cazeneuve.

L’ancien premier ministre Manuel Valls a reconnu sa défaite et a fait l’éloge de la « gauche de gouvernement » qu’il a voulu représenter. « C’est ce réformisme que j’ai voulu incarner, a-t-il déclaré. Nous avons fait des réformes pour davantage de progrès, mis fin au cumul des mandats, fait le mariage pour tous, réussi l’accord climat avec la COP21, nous sommes intervenus au Mali et au Levant. L’histoire replacera notre action à la hauteur de ce qu’elle a été. » L’ancien premier ministre a dit avoir défendu dans cette primaire « une certaine idée de la gauche qui fait de la vérité une exigence ».

Que feront les élus ?

Nombre d’observateurs voient dans ce résultat les germes d’une décomposition du Parti socialiste. Interrogé sur BFMTV à propos de son ralliement à Benoît Hamon, le maire socialiste d’Évry, Francis Chouat, a déclaré « qu’on ne compte pas sur moi […] si c’est sur le projet qu’il [Benoît Hamon] a défendu, il y aura un problème ». Selon Christophe Barbier, éditorialiste et ex-directeur du magazine L’Express, Manuel Valls a payé le prix de ce quinquennat à la place de François Hollande. « Benoît Hamon a été favori pendant une semaine, a-t-il constaté. J’espère qu’il en a bien profité parce que c’est terminé. » Dans la semaine qui vient, nombre d’élus socialistes, qui affronteront les élections législatives en juin prochain après la présidentielle, pourraient se rallier au candidat Emmanuel Macron. Certains annoncent une véritable débandade.

Dimanche soir, le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, ne semblait pas vouloir répondre aux sirènes de Benoît Hamon, dont la candidature vient tout de même chasser sur ses terres. Jean-Luc Mélenchon se réjouit néanmoins que, « pour désigner son candidat, le PS ait préféré nos mots à ceux de son propre gouvernement ».

Selon une enquête Kantar Sofres-OnePoint faite pour le quotidien Le Figaro, RTL et LCI, avec 15 % des voix, le candidat du Parti socialiste arriverait un peu devant Jean-Luc Mélenchon (10 %). Mais aucun des trois candidats de gauche (Mélenchon, Hamon et Macron) ne se qualifie au second tour devant Marine Le Pen (FN) et François Fillon (LR).

3 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 30 janvier 2017 15 h 47

    Cette candidature convaincra-t-elle Mélanchon de se retirer du premier tour?

    Attendons voir.

    • Raymond Labelle - Abonné 1 février 2017 12 h 44

      Un sondage donne +- 16% à Hamon et +- 10% à Mélanchon. Bien que le report ne soit pas nécessairement complet, ça fait quand même un total de +-26%, soit plus que ce qui est prévu pour Macron (22%-23%) au premier tour. +- 25% à Le Pen.

      En tout cas, un retrait de Mélanchon pourrait donner des chances raisonnables à la gauche de passer au deuxième tour.

      Voir http://www.ledevoir.com/international/europe/49058

  • Raymond Labelle - Abonné 31 janvier 2017 10 h 58

    Revenu minimum garanti: une idée pas seulement de gauche.

    M. Rioux écrit : « Le revenu universel permettra de choisir le travail plutôt que de le subir », a dit celui dont la revendication phare a été le revenu universel d’existence. Une réforme qui pourrait coûter à terme 400 milliards d’euros, l’équivalent du budget actuel de la France. »

    Il serait intéressant de voir un dossier plus développé là-dessus. Je n’ai pas d’avis, n’y ayant pas suffisamment réfléchi – on voit ici qu’il y a controverse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base

    Notons quand même que, dans le monde, l’idée n’est pas exclusivement de gauche, loin de là. En Finlande, un gouvernement de centre-droit (qui avait résisté à l’aide de l’UE à la Grèce, par exemple), s’apprête à expérimenter la chose (voir ici, entre autres : https://www.letemps.ch/economie/2016/05/06/finlandais-testent-revenu-base-inconditionnel )

    Guy Sorman, un économiste très libéral, s’y montre favorable : https://www.contrepoints.org/2016/01/17/235669-experimentation-du-revenu-universel-en-finlande

    Des gens à gauche sont franchement contre. Par exemple, Jean-Marie Haurribay, président du conseil scientifique d’ATTAC, affirme : »(…_) il ne peut pas y avoir éternellement des droits sans que ceux qui en assument le coût ne puissent exiger en retour des droits équivalents. Si on me verse un revenu sans que je participe au travail collectif, eh bien cela veut dire qu'il y a des gens qui travaillent pour moi. C'est possible ponctuellement ou en cas de force majeure, mais pas sur toute une vie ». À première vue, l'argument a du poids.

    Quoiqu’il en soit, il serait minimalement sage de tester la chose avant de l’appliquer.