Benoît Hamon double Manuel Valls à la primaire de la gauche

Gagnant de la primaire, Benoît Hamon est considéré comme le représentant de la gauche radicale du Parti socialiste.
Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse Gagnant de la primaire, Benoît Hamon est considéré comme le représentant de la gauche radicale du Parti socialiste.

À nouveau, c’est le candidat qu’on n’attendait pas qui l’emporte. Dans une primaire de la gauche qui ressemble à un congrès du Parti socialiste, le candidat des frondeurs et de la gauche du parti Benoît Hamon est arrivé en tête. Avec 36 % des voix, ce candidat sorti de l’ombre affrontera donc Manuel Valls, qui arrive second avec seulement 31 % des suffrages. Ce résultat apparaît comme une défaite pour l’ancien premier ministre et un véritable désaveu, chez ses propres militants, pour le gouvernement de François Hollande.

Comme dans la primaire de la droite, qui avait couronné François Fillon, Benoît Hamon est le candidat sorti de l’ombre. Celui qui arrive en tête de ce premier tour de la primaire est considéré comme un frondeur et le représentant de la gauche radicale du Parti socialiste. Il s’est notamment distingué en proposant l’instauration d’un revenu universel garanti, la légalisation du cannabis et l’aide à mourir.

Dans une allocution qui s’adressait d’abord aux militants, il a dit voir dans ce vote « un message clair d’espoir et de renouveau, et le désir d’écrire une nouvelle page de la gauche ». Selon lui, « il faut en finir avec les vieilles recettes et la vieille politique » et « changer de modèle de développement ». Contre Manuel Valls, qui se veut le candidat de la « gauche de gouvernement », Benoît Hamon se présente comme le candidat de « la question sociale » et de « la question écologique ». 


« Une nouvelle campagne commence »

Pendant que, sur une péniche, ses partisans faisaient la « teuf » (fête), l’ancien premier ministre Manuel Valls avait réuni ses partisans à la Maison de l’Amérique latine, haut lieu du boulevard Saint-Germain où François Hollande avait fêté sa victoire en 2012. Selon lui, rien n’est écrit. « Une nouvelle campagne commence dès ce soir. Un choix très clair se présente désormais à nous et à vous, le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, entre des promesses irréalisables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays. »

Le candidat qui a rappelé ses positions tranchées en faveur de la laïcité et de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme dit refuser « d’abandonner les Français à leur sort […] face à l’Amérique de Donald Trump, à la Russie de Vladimir Poutine ». Selon lui, les électeurs de gauche auront le choix dimanche prochain entre « accepter ou refuser une gauche qui s’efface pour longtemps, une gauche qui s’efface dans l’opposition, et devient spectatrice. »

La gauche ou le pouvoir

Arrivé troisième avec seulement 18 % des voix, l’homme du « made in France », Arnaud Montebourg, s’est aussitôt rallié à Benoît Hamon. Il dit souhaiter « que la gauche retrouve le chemin de la gauche » et « refuser de considérer que l’avenir du pays se jouerait sur les questions d’identité ».

Selon la plupart des analystes, mathématiquement Benoît Hamon a toutes les chances de l’emporter dimanche prochain. À moins, bien sûr, que de nouveaux électeurs se présentent au second tour, ce qui est souvent la règle. « Seule une mobilisation de la gauche qui n’est pas allée voter » pourrait sauver Manuel Valls, a affirmé le directeur de L’Express, Christophe Barbier. Selon la journaliste de BFMTV Ruth Elkrief, on assiste à l’affrontement de deux gauches. Celle de Benoît Hamon, dit-elle, « refuse les questions identitaires et le défi de l’intégration de l’islam en France ». Il s’agit, ajoute-t-elle, d’« un refus du réel […] elle ne veut pas voir cette question évoquée ».

Les sondages sur les motivations des électeurs qui sont allés voter ce dimanche montrent qu’ils se sont surtout déplacés pour choisir celui qui sera « le meilleur représentant de la gauche » et non pas celui qui serait le plus présidentiable.

Nouvel affront de Hollande

Avec seulement 1,6 million d’électeurs, la participation à cette primaire est en forte baisse comparativement à celle de 2011 (2,7 millions). Elle représente moins de la moitié de la participation au premier tour de la primaire de la droite (4,3 millions). Mais cette participation n’est pas non plus aussi catastrophique que celle à laquelle on pouvait s’attendre. Dans le bureau de vote de la petite rue Télégraphe, installé dans une école maternelle du 20e arrondissement de Paris, on ne s’est pas bousculé pour aller voter. À 13 heures, il n’y avait pas plus d’une centaine d’enveloppes dans l’urne. Mais dans un parti socialiste qui n’a plus que 30 000 membres, on ne crache pas sur ce résultat. Et l’on veut croire qu’il offrira une légitimité contre les deux autres candidats de gauche qui ont refusé de participer à la primaire et qui sont en avance dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

Confirmant les signes qu’il envoie depuis peu, le président François Hollande n’a pas voté à cette primaire puisqu’il était au Chili. Un geste interprété comme un affront par de nombreux socialistes et qui tend à confirmer le soutien de plusieurs de ses proches à Emmanuel Macron. Lors du dernier débat entre les candidats de la primaire, il était allé au théâtre.

« Dans cette primaire se joue la disparition du parti de Jean Jaurès », dit François Kalfon, directeur de la campagne d’Arnaud Montebourg. À trois mois de la présidentielle, tous les sondages sans exception n’accordent que la cinquième place au candidat du Parti socialiste.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 23 janvier 2017 14 h 30

    Christian Rioux écrit :

    «Lors du dernier débat entre les candidats de la primaire, [le président Hollande] était allé au théâtre.»

    Ne s'agit-il pas plutôt de l'avant-dernier débat, celui du dimanche 15 janvier, et non celui du 19 janvier? Voir l'article de M. Rioux: «L’ombre de Macron plane sur la primaire de la gauche».