Pour les indépendantiste écossais, «le compte à rebours est lancé»

La tenue ou non d’un second référendum, le premier s’étant tenu le 18 septembre 2014 (notre photo), pourrait dépendre de l’attitude de Londres envers l’Écosse lors des négociations de sortie de l’UE.
Photo: Leon Neal Agence France-Presse La tenue ou non d’un second référendum, le premier s’étant tenu le 18 septembre 2014 (notre photo), pourrait dépendre de l’attitude de Londres envers l’Écosse lors des négociations de sortie de l’UE.

En optant pour un Brexit « dur » impliquant une sortie du marché unique européen, la première ministre britannique Theresa May a déclenché aux yeux des indépendantistes écossais le compte à rebours pour un second référendum d’autodétermination, même si les Écossais restent divisés.

La première ministre et cheffe du parti indépendantiste SNP, Nicola Sturgeon, a jugé mardi qu’une nouvelle consultation était « plus probable » que jamais après la présentation de la stratégie de Theresa May pour ses négociations avec Bruxelles.

« Le gouvernement britannique doit nous convaincre qu’il se soucie un peu des intérêts de l’Écosse, a affirmé jeudi Nicola Sturgeon devant le parlement régional. S’il ne le fait pas […], nous engagerons-nous sur la voie préjudiciable tracée par Theresa May ou voudrons-nous reprendre le contrôle de notre pays ? »

La tenue ou non d’un second référendum pourrait ainsi dépendre de l’attitude de Londres envers l’Écosse lors des négociations de sortie de l’UE.

Selon Michael Keating, professeur de politique écossaise à l’Université d’Aberdeen, « rien ne montre que le gouvernement britannique prendra au sérieux les propositions » de Sturgeon sur le Brexit. Mais Londres devra affirmer les prendre en considération pour ne pas apporter de l’eau au moulin du gouvernement indépendantiste écossais, estime-t-il.

Après une rencontre jeudi avec le ministre chargé du Brexit, David Davis, le représentant de Mme Sturgeon, Mike Russell, a lui affirmé : « Le compte à rebours est lancé » pour un second référendum d’autodétermination.

Si l’Écosse a voté à 55 % pour rester au sein du Royaume-Uni lors d’un premier référendum en 2014, Nicola Sturgeon argue que la victoire du Brexit au référendum du 23 juin change tout pour sa nation, qui a choisi à 62 % de rester au sein de l’UE.

Elle a formulé plusieurs propositions visant à ce que l’Écosse puisse rester membre du marché unique même si le Royaume-Uni en sort. Et elle a déjà rédigé un projet de loi pour un nouveau référendum d’indépendance.

Pas de changement dans les sondages

Pour autant, nombre d’Écossais assurent que le vote du Brexit n’a pas fait évoluer leur position sur l’indépendance de la région. Selon un dernier sondage effectué en décembre auprès de 1002 Écossais, 55 % y sont toujours opposés.

Irene, 55 ans, vendeuse, a dit non à l’indépendance écossaise et oui au Brexit. « Sturgeon a perdu de vue ce qui compte pour le peuple écossais, comme la santé ou l’éducation… En appelant à la tenue d’un second référendum, elle s’aliène probablement beaucoup de gens », dit-elle à l’AFP.

Stuart Salter est lui aussi catégorique : « Le vote du Brexit ne m’a pas fait changer d’avis. Mener l’Écosse vers un nouveau référendum d’autodétermination ne fera que renforcer l’incertitude actuelle », affirme cet urbaniste de 34 ans originaire d’Édimbourg, qui a dit non à l’indépendance et au Brexit.

« Même si je ne suis pas d’accord avec certaines des priorités de Sturgeon, maintenant que l’Écosse se fait sortir de l’UE contre son gré, elle nous offre au moins une possibilité de résister », lâche pour sa part Cara, étudiante de 18 ans.

Campbell Fraser, directeur d’un atelier théâtre à Glasgow, souhaite lui que l’Écosse devienne un État indépendant membre de l’UE. Mais, avant d’organiser un nouveau référendum, juge-t-il, « nous devrons être sûrs de le remporter, car je ne pense pas qu’une autre occasion se représentera de notre vivant ».

Nicola McEwen, politiste à l’Université d’Édimbourg, relève elle aussi : « La crainte du gouvernement écossais est qu’un second référendum perdu ne lui fasse perdre son influence au sein du Royaume-Uni ».

« Mais, ajoute-t-elle, si l’Écosse estime que, dans tous les cas, elle n’est pas en mesure d’influer sur grand-chose, le gouvernement pourrait décider qu’il n’a rien à perdre. »