L’ombre de Macron plane sur la primaire de la gauche

Le candidat à la primaire de la gauche française Emmanuel Macron
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse Le candidat à la primaire de la gauche française Emmanuel Macron

L’ombre d’Emmanuel Macron a plané sur le second débat de la primaire de la gauche française qui se tenait dimanche soir. À une semaine du premier tour, alors que les rumeurs de soutien du président François Hollande à Emmanuel Macron se multiplient, la primaire de la gauche peine à décoller. Ce second débat n’aura pas véritablement fait de gagnants.

Pendant que les sept candidats de la gauche débattaient du bilan de son mandat, le président François Hollande a fait savoir qu’il avait mieux à faire. Il était au théâtre et assistait au one man show de l’animateur Michel Drucker. Ce geste a été interprété comme un « bras d’honneur » à la primaire par l’éditorialiste du Journal du dimanche, Anna Cabana. Pour la plupart des observateurs, il est de plus en plus évident que les proches du président comme l’avocat Dominique Villemot, l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault et la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, se rapprochent du candidat centriste Emmanuel Macron en pointe dans les sondages et qui a refusé de participer à la primaire. Ironie de l’histoire, le débat entre les candidats se déroulait au studio Gabriel, le studio de Michel Drucker situé à deux pas de l’Élysée.

Les deux gauches

Ce second débat aura surtout permis à Benoît Hamon, représentant des frondeurs et d’une gauche plus radicale, de prendre les devants sur Arnaud Montebourg, l’homme du « made in France ». Quant à Manuel Valls, il se sera tout de même imposé en parlant de la laïcité. Mais l’ancien premier ministre semble parfois décalé dans une discussion où il est plus souvent question des problèmes de la gauche que de ceux de la France.

Ce débat nettement plus animé que le précédent, mais sans dérapages ni grandes envolées, a mis en scène deux gauches : une gauche de pouvoir représentée par Manuel Valls et une gauche plus contestataire et radicale représentée par Benoît Hamon. Selon un sondage Elabe réalisé pour BFMTV, chez les sympathisants de gauche, Benoît Hamon a été jugé le plus convaincant (30 %) devant Manuel Valls (28 %) et Arnaud Montebourg (24 %).

L’immigration a été le seul vrai sujet de divergence. Opposé à tous les autres candidats, Manuel Valls a estimé que « l’Europe ne peut accueillir plus de réfugiés » et que « si nous n’écoutons pas les peuples […] alors l’Europe peut mourir et peut se disloquer ». Le candidat propose une « conférence de refondation » pour savoir de quoi doit s’occuper l’Europe.

Alors que Benoît Hamon propose un « visa humanitaire européen » ouvrant largement les portes du continent, Vincent Peillon a demandé : « Sommes-nous à la hauteur de ce que sont nos valeurs ? Non, nous n’avons pas été à la hauteur quand nous en avons accueilli si peu [de migrants]. Nous pouvons accueillir davantage de migrants. »

« J’en ai assez que, ici comme ailleurs, on mette toujours en cause la France, a répliqué Manuel Valls. Sans la France, le Mali aurait été déstabilisé et nous aurions connu une crise migratoire. Il faut être clair ici : ou on ouvre les frontières ou on est capables de les maîtriser », a-t-il déclaré.

Légalisation du cannabis

Les candidats se sont aussi affrontés sur la légalisation du cannabis, un sujet qui ne préoccupe que les socialistes et les verts. À nouveau, Manuel Valls a été le seul à s’opposer à la légalisation. « Il faut des interdits dans une société, il faut des règles, dit-il. […] Nous connaissons l’effet du cannabis sur les plus jeunes, dès le collège. Si vous légalisez le cannabis, vous aurez un cannabis plus dur, coupé autrement, qui alimentera d’autres trafics, et donc de toute façon les trafics vont continuer, ce sera encore plus difficile en matière de santé publique », a-t-il conclu.

Interrogés sur l’élection de Donald Trump aux États-Unis, la majorité des candidats a appelé à « plus d’Europe » et à « mettre les bouchées doubles pour la politique européenne et une défense intégrée », selon les mots de Vincent Peillon.

Le seul candidat à vouloir affronter Bruxelles est Arnaud Montebourg. Il accuse l’Europe de « désarmement unilatéral » et affirme que « c’est contre cette Europe-là qu’il va falloir ouvrir les hostilités ». Montebourg se réclame d’un « protectionnisme européen » quitte à constituer une « minorité de blocage » avec les pays de la Méditerranée. Il s’élève en particulier contre la directive des travailleurs détachés qui permet à 500 000 ouvriers d’Europe de l’Est de travailler en France tout en étant payés et en payant leurs charges sociales dans leur pays d’origine.

Dans le domaine de l’écologie, les candidats sont plutôt d’accord. Arnaud Montebourg est l’un des rares à affirmer que « la France a besoin du nucléaire pour faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre ».

Les candidats se retrouveront jeudi pour un dernier débat avant le premier tour dimanche 22 janvier.

3 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2017 15 h 00

    La langue d'usage des parvenus.

    Emmanuel Macron s'est adressé en anglais à son auditoire lors d'un forum à Berlin, en Allemagne, alors que le français demeure l'une des principales langues officielles de l'Union européenne. Il aurait pu aussi s'exprimer en allemand, à condition bien sûr de maîtriser cette langue. À défaut de respecter sa propre culture, il aurait de ce fait respecté son auditoire. En utilisant l'anglais, il n'a respecté ni un ni l'autre.

    Le monde politique n'a surtout pas besoin d'un autre politicien mondialiste passe-partout en mal de respect et en passe de perdre ses repères. Pas fort, le Macron.

  • DEMIA ABRAZ - Inscrite 16 janvier 2017 21 h 01

    Heureusement que j'ai vu le débat

    Oui heursement que j'ai vu le débat . je crois que vous confondez avec les primaires de droite :D

  • DEMIA ABRAZ - Inscrite 17 janvier 2017 20 h 05

    Macron n'a pas dominé le débat

    J'ai suivis le débatet Macron n'a pas dominé le débat. Il a été cité au premier débat le week end passé,uniquement par Montbourg qu'il spécifié qu'il ne partegait pas ses valeurs .
    le titre est un hyperbol.Dommage

    Il serait agréable de rapporter les informations justes à nos lecteus et lectrices qui ne suivent pas forcément les débats :)

    Merci