France: un Valls au tempo hésitant

Pour toucher le maximum d’électeurs en un temps record, Manuel Valls multiplie les déplacements de terrain et les réunions publiques avant le premier tour dimanche prochain.
Photo: Thierry Zoccolan Agence France-Presse Pour toucher le maximum d’électeurs en un temps record, Manuel Valls multiplie les déplacements de terrain et les réunions publiques avant le premier tour dimanche prochain.

Ce sont les dernières recommandations de l’équipe Valls, après un début de campagne erratique où l’ancien premier ministre a peiné à être lui-même, empêtré dans ses habits de rassembleur. « Manuel ne doit faire ni du Hollande ni du Juppé », plaident ses proches à une semaine du premier tour. Soit éviter la synthèse chère au chef de l’État, si loin de son identité personnelle et politique d’une part, et ne pas tomber dans l’excès de confiance après le premier des trois débats télévisés de la primaire de l’autre.

Jeudi soir, l’ex-chef de gouvernement a veillé à n’attaquer personne pour ne pas déclencher un front « Tout sauf Valls ». S’il a défendu le bilan du quinquennat, qui lui inspire de la « fierté », Manuel Valls a surtout cherché à placer ses propres idées et à gommer l’effet zigzag de ces dernières semaines. « Il lui faut un peu moins de Havas et un peu plus de politique », taclait Benoît Hamon lors de son passage à Libération il y a dix jours. « Valls avait deux avantages : clair dans son message politique et cohérent dans sa communication. Jusqu’ici, il n’est rien de tout cela », corrobore un proche de François Hollande.

Pour toucher le maximum d’électeurs en un temps record, Valls multiplie les déplacements de terrain — une quinzaine — et les réunions publiques — six avant le premier tour dimanche prochain. Au prix d’une fatigue qui se lit de plus en plus sur son visage et avec un succès d’estrade mitigé : quelques centaines de personnes réunies dans des salles inadaptées, comme à Clermont-Ferrand où des paravents scindaient l’espace pour tenter de faire foule.

« Les salles ne font pas les résultats, sinon Nicolas Sarkozy aurait remporté la primaire de droite », contre-attaque le porte-parole de campagne, Olivier Dussopt. « Qu’il y ait 300 ou 3000 personnes, les caméras le suivent », relativise Carlos Da Silva, chargé de la mobilisation pour le candidat.

Lors du débat télévisé, Manuel Valls a surjoué la carte de la sincérité pour solder les procès en reniement sur la suppression du 49.3 ou la défiscalisation made in Sarkozy des heures supplémentaire. « Quand on s’est trompé, il faut savoir reconnaître ses erreurs », a-t-il insisté sur le plateau de TF1. Son aveu vaut pour les questions économiques et institutionnelles, deux domaines préemptés par Hollande depuis cinq ans et sur lesquels il n’avait pas la main en tant que premier ministre.

Mais sur les sujets régaliens, il n’est pas question pour lui de changer une molécule de son ADN. Gestion des attentats, lutte contre le terrorisme, déchéance de nationalité, fermeté migratoire : Valls assume bien plus naturellement. Mardi, il a même enfoncé le clou après sa leçon faite à Angela Merkel sur l’accueil des migrants l’an dernier, qui avait hérissé une grande partie de la gauche. « L’Histoire me donne raison », a-t-il lâché en allusion à l’attentat de Berlin juste avant Noël.

Expérience

Pour l’équipe de campagne, la stratégie est simple : en plus d’une frange du centre et de la droite, ce sont les électeurs les plus âgés, les plus de 65 ans, que Valls séduit le plus à gauche. Et ce sont eux qui se déplacent en masse pour voter, comme l’ont prouvé la primaire de la droite et la victoire de Fillon. Or, « les anciens instits qui font du soutien scolaire, vous croyez vraiment qu’ils acceptent le burkini ? interroge un de ses lieutenants. Valls plussoie dans cette catégorie : des gens qui veulent plus de social, mais surtout plus d’ordre. » D’où, également, l’énergie déployée par Manuel Valls pour souligner son expérience du pouvoir et sa stature d’homme d’État, dans l’espoir de reléguer ses adversaires au rang d’apparatchiks se disputant la tête du PS. Selon le successeur de Valls à la mairie d’Évry, Francis Chouat, « pour l’emporter, il faut une vision et une incarnation. Cela ne peut pas être comme les deux yeux de Jean-Paul Sartre ».

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.