Manuel Valls marque son retour au premier débat de la gauche

L’ancien premier ministre s’est présenté comme le seul possédant l’expérience pour permettre à la gauche de se hisser au second tour contre les candidats de la droite et de l’extrême droite.
Photo: Philippe Wojazer Agence France-Presse L’ancien premier ministre s’est présenté comme le seul possédant l’expérience pour permettre à la gauche de se hisser au second tour contre les candidats de la droite et de l’extrême droite.

Après un début de campagne plus que chaotique, le favori de la primaire de la gauche, l’ancien premier ministre Manuel Valls, a probablement réussi à relancer sa campagne. Du moins pour un temps. À dix jours du premier tour de la primaire socialiste, il est sorti légèrement gagnant chez les sympathisants de gauche du premier d’une série de trois débats qui marquent la fin de cette très courte campagne.

« Il s’agit d’élire le président de la République de la 5e puissance mondiale, de la 2e puissance économique de l’Union européenne dans un monde en crise, avec des dirigeants comme Trump et Erdogan », a martelé l’ancien premier ministre qui s’est présenté comme le seul possédant l’expérience pour permettre à la gauche de se hisser au second tour contre les candidats de la droite (François Fillon) et de l’extrême droite (Marine Le Pen). Posant en chef de guerre, dans un débat courtois et sans grands accrochages, Manuel Valls estime que « nous sommes en guerre. C’est l’islamisme radical qui nous mène cette guerre. Le rôle du chef de l’État est d’armer la France, de continuer à lui donner des moyens ».

Alors que Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont refusé de participer à cette primaire, tous les sondages prédisent depuis des mois que la gauche sera exclue du second tour.

Montebourg bon second

Se présentant comme le candidat du changement, Arnaud Montebourg est apparu, pour l’instant, comme le seul véritable concurrent de l’ancien premier ministre. Ce partisan de la « démondialisation » se veut le candidat de la relance économique par des investissements massifs, de la réindustrialisation et du « made in France ». Il veut aussi créer une VIe République, un service national, une police des frontières, renégocier les accords de Schengen et engager 120 000 policiers.

Pour cet ancien trublion qui a été forcé de claquer la porte du ministère de l’Économie, il n’est pas question de respecter la limite des déficits de 3 % fixée par Bruxelles. « L’objectif des 3 % n’est pour moi pas un objectif politique, car s’il est dans les traités, il a été désavoué par les Français. Par ailleurs, c’est une règle absurde et qui n’a pas de réalité économique. »

À l’exception de Manuel Valls, les candidats ont qualifié sévèrement le mandat de François Hollande. Arnaud Montebourg l’a jugé « difficile à défendre », alors que le troisième homme de cette campagne, Benoît Hamon, a parlé d’« un sentiment d’inachevé, comme si nous étions restés au milieu du gué ».

Se revendiquant de la gauche du parti, celui que l’on présentait comme la surprise de cette campagne a livré une prestation plutôt quelconque. Convaincu que la croissance de l’emploi est compromise par les innovations technologiques, il est le seul à proposer la création d’un véritable revenu universel d’existence permettant à chaque Français de toucher 800 euros par mois durant toute sa vie. Une dépense totale qui se chiffrerait entre 300 et 400 milliards d’euros par année.

Seul Vincent Peillon, candidat de dernière minute et dont la campagne est en grande difficulté, a taclé Manuel Valls sur son autoritarisme. Les candidats se sont aussi affrontés sur l’urgence de parler ou pas avec la Russie pour mettre fin au conflit en Syrie et combattre l’organisation État islamique.

Un « tour de chauffe »

Dans l’ensemble, la presse a jugé ce débat plutôt terne. Le quotidien Le Parisien parle d’« un premier tour de chauffe non décisif ». En matière d’économie et de dépenses publiques, l’éditorialiste du Figaro a comparé les candidats à l’astronaute français « Thomas Pesquet, qui ces temps-ci, à quelque 350 kilomètres au-dessus de nos têtes, effectue ses révolutions en découvrant les joies de l’apesanteur ».

Plusieurs candidats, comme Benoît Hamon, ont affirmé que, dès le vainqueur désigné, il sera nécessaire d’aller cogner à la porte de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron afin d’éviter la division. D’autres, comme Manuel Valls et Arnaud Montebourg, considèrent que le candidat désigné par la primaire sera le seul à jouir d’une légitimité. Manuel Valls veut croire que la gauche peut encore l’emporter dans quatre mois. « Il faut que la gauche se retrouve. Notre ennemi, c’est le défaitisme », dit-il. Les candidats se retrouveront dimanche et jeudi prochains pour un nouveau débat avant les scrutins des 22 et 29 janvier.