Espoirs prudents pour la reprise des négociations

L’ONU n’a pas ménagé ses efforts pour remettre sur les rails le processus de négociations ouvert il y a 19 mois, en mai 2015, qui avait semblé s’effondrer le 22 novembre.
Photo: Jean-Christophe Bott /Keystone / Associated Press L’ONU n’a pas ménagé ses efforts pour remettre sur les rails le processus de négociations ouvert il y a 19 mois, en mai 2015, qui avait semblé s’effondrer le 22 novembre.

Les dirigeants chypriotes grec et turc reprennent lundi à Genève des pourparlers de paix vus comme une chance historique de mettre fin à plus de 40 ans de division de l’île méditerranéenne, mais leur issue reste incertaine.

« Il existe une chance réelle que 2017 soit l’année où les Chypriotes décident eux-mêmes de tourner la page de l’Histoire », a déclaré l’envoyé de l’ONU pour Chypre, Espen Barth Eide, dans ses voeux pour la nouvelle année.

Le président chypriote grec Nicos Anastasiades s’est déclaré dimanche « confiant » avant de s’envoler vers la Suisse. « Nous allons à Genève dans un esprit positif », a annoncé le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci, qui a toutefois tempéré les espoirs en disant s’attendre à une « semaine difficile ».

L’ONU n’a pas ménagé ses efforts pour remettre sur les rails le processus de négociations ouvert il y a 19 mois, en mai 2015, qui avait semblé s’effondrer le 22 novembre. Réunis alors en Suisse, MM. Anastasiades et Akinci s’étaient séparés sur un désaccord persistant.

S’ils ont accepté de reprendre les discussions, les deux camps affichent toujours de profondes divergences sur les enjeux cruciaux de l’un des plus vieux conflits du monde : arrangements territoriaux et de sécurité, restitution des propriétés spoliées…

« Nous ne sommes pas arrivés au stade où Genève constitue le point final [des pourparlers]. Nous devons être prudents », a averti M. Akinci avant de quitter Chypre.

Chypre, qui compte environ un million d’habitants, est divisée depuis 1974, lorsque l’armée turque a envahi la partie nord de l’île en réaction à un coup d’État de Chypriotes grecs qui visait à rattacher le pays à la Grèce et suscitait une vive inquiétude de la minorité chypriote turque.

La partition a provoqué le déplacement d’environ 162 000 Chypriotes grecs et de 48 000 Chypriotes turcs, selon un rapport de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO).

Aujourd’hui, la République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004, n’exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. Les Chypriotes turcs habitent dans le nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée, mais n’est reconnue que par Ankara.

Future solution

Une future solution de paix prévoit la création d’un État fédéral composé de deux entités, l’une chypriote grecque et l’autre chypriote turque. Une partie des territoires contrôlés par la RTCN serait rétrocédée aux Chypriotes grecs.

Les Chypriotes turcs qui comptaient pour 18 % de la population de l’île avant la partition contrôlent actuellement plus de 36 % du territoire.

Au cours des dernières négociations, M. Anastasiades aurait proposé que la future entité chypriote turque obtienne 28,2 % du territoire, mais M. Akinci réclame 29,2 %.

Le nombre de déplacés chypriotes grecs autorisés à revenir dans le nord fait aussi l’objet de divergences.

Ce sujet très sensible revêt une importance cruciale, car tout accord de paix sera soumis à un référendum de chaque côté de l’île. En 2004, un précédent plan de paix établi sous l’égide de l’ONU avait été rejeté par les Chypriotes grecs.

Rassemblement

Des dizaines de Chypriotes grecs et turcs se sont rassemblés dimanche à Nicosie pour un concert en soutien à la paix. L’événement, coorganisé par quatre médias locaux — chypriotes grecs et turcs — et baptisé « Countdown to peace » (« compte à rebours vers la paix ») se tenait à Nicosie, la capitale elle-même divisée et coupée au milieu de son centre historique par la ligne de démarcation. « Même si les points de passage [de part et d’autre de la ligne de démarcation] sont ouverts depuis 2003, il n’y a pas eu beaucoup de communication entre nous. C’est cette lacune que nous essayons de combler », explique à l’AFP Marilena Evangelou, rédactrice en chef au quotidien chypriote grec Politis, l’un des organisateurs. « Nous voulons montrer à nos dirigeants et au monde que les habitants de cette île sont prêts à vivre ensemble et à s’amuser », ajoute-t-elle.