Soupçons de profilage racial à Cologne

Un policier interpelle des passants lors des festivités du Nouvel An à Cologne.
Photo: Patrik Stollarz Agence France-Presse Un policier interpelle des passants lors des festivités du Nouvel An à Cologne.

« Profilage racial » ou mesure préventive : les contrôles effectués par la police sur des centaines de personnes d’origine nord-africaine durant le réveillon à Cologne, après le traumatisme de l’année passée, provoquent une nouvelle polémique

En Allemagne, Cologne a vécu cette fois un réveillon sous haute-surveillance, mais paisible. La police de la ville était attendue au tournant après les agressions sexuelles massives contre des jeunes femmes qui fêtaient le nouvel an sur le parvis de la cathédrale de Cologne en décembre 2015. Cette année, elle avait donc multiplié par dix les forces déployées autour du « Dôme » et filtré les accès aux abords du parvis et des deux grandes gares de la cité rhénane.

C’est donc assez fièrement que le 31 décembre dans l’après-midi, avant même que la fête ne batte son plein, la police a annoncé sur Twitter qu’elle « contrôle des centaines de « Nafris » à la gare centrale ». Nafris ? Comprendre : « Nord-africains ».

Une discrimination ?

Rapidement, la toile a réagi à ce concept jugé discriminant par une partie de l’opinion. Le lendemain, la dirigeante du parti des Verts, Simone Peter, prend le relais en jugeant « inacceptable qu’un groupe soit désigné par une abréviation tel que Nafris par un organe de l’État comme la police ». S’exprimant dans le Rheinische Post, elle s’interroge également sur la « légalité » d’un contrôle « portant sur plus de 1000 personnes sur la seule base de leur apparence ».

Faux procès, répliquent les chrétiens-démocrates. Les contrôles « n’ont rien à voir avec la discrimination », a commenté Stephan Mayer, porte-parole de la CDU au Bundestag pour les affaires intérieures. La police n’a fait qu’agir « avec détermination et rigueur », a-t-il commenté sur la chaîne publique ZDF.

Avec l’expérience de la Saint-Sylvestre l’année dernière, nous avons une idée claire du type de personnes à contrôler

Le responsable de la police de Cologne, Jürgen Mathies, a regretté pour sa part l’emploi « malheureux » du concept « Nafris ». Ce terme est utilisé par la police en interne pour désigner des Nord-Africains soupçonnés de vouloir passer à l’action, a précisé Ernst Walter, président du DpolG, l’un des syndicats allemands de police, à l’agence de presse allemande DPA.

Jürgen Mathies a justifié en revanche le choix fait par ses troupes. Une décision a dû être prise rapidement lorsque des centaines d’hommes décrits comme agressifs ont été repérés à la gare, a-t-il expliqué à la presse. « Avec l’expérience de la Saint-Sylvestre l’année dernière, nous avons une idée claire du type de personnes à contrôler », a-t-il expliqué et « ce n’était pas des hommes grisonnants ou des jeunes femmes blondes ». La police a donc contrôlé l’identité de 650 personnes. Une partie a été priée de quitter la zone et une centaine ont été arrêtées.


La fin du politiquement correct

Le débat a montré encore une fois le malaise de la société allemande depuis les agressions de Cologne il y a un an, tant sur les questions de sécurité que de migration. Une partie de l’Allemagne se reconnaît dans la mère de famille qui décide d’accueillir un réfugié chez elle dans « Bienvenue chez les Hartmanns », une comédie à succès qui moque avec bienveillance les aspirations à « bien faire » de la bourgeoisie comme des « alternatifs » de gauche.

De l’autre côté, les opposants à la politique des réfugiés se montrent de plus en plus virulents, tentant d’attraper les voix des mécontents à neuf mois des prochaines élections législatives.

Ainsi, Andreas Scheuer, secrétaire général du parti conservateur bavarois, la CSU, est entré dans la polémique sur les contrôles de Cologne en fustigeant ces « bien-pensants du multiculturalisme [qui] mettent la sécurité de nos citoyens en péril ».

Pour Alexandre Gauland, dirigeant du parti de la droite populiste Alternative pour l’Allemagne, la cible, ce sont aussi les Verts, pour qui « le droit et l’ordre » seraient « des gros mots ». Pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, son parti de l’AfD avait aussi été empêché de manifester sur le parvis de la cathédrale de Cologne.

2 commentaires
  • Cécile Comeau - Abonnée 3 janvier 2017 07 h 32

    Le chantage

    Encore le chantage au racisme. La police de Cologne devait assurer la sécurité de gens venus fêter la Saint-Sylvestre et empêcher des viols collectifs ou des agressions sexuelles de centaines de femmes, comme cela fut le cas en 2015 en Allemagne et dans d’autres pays européens. Ce n’est pas encore l’Arabie saoudite là-bas et les femmes ont le droit de sortir en sécurité dans de grands rassemblements, sans crainte de se faire agresser. La prédation sexuelle n’y a pas force de loi non plus, socialement parlant.

    J'ai oublié le profilage racial, un nouveau venu maintenant dans le chantage des islamistes ou des bien-pensants à cheval sur la rectitude politique. La police de Cologne demandait aux gens, en cas de doute sur des attroupements, de montrer leurs pièces d'identité. Les personnes qui ont refusé ou qui se sont opposées aux forces de l’ordre ou encore qui n'avaient pas ces pièces sur elles ont été exclues des lieux des festivités. Prévention oblige.

    Prenons l’exemple de Montréal. Une manifestation de gens pacifiques se prépare. Elle a son service d’ordre et tout se passe sans grabuge. Tout est calme et la bonhommie règne. La police repère un attroupement de membres du Black Bloc qui sont cagoulés et qui veulent s’infiltrer dans le groupe de manifestants pacifiques. Elle procède au contrôle de l’identité de ces individus. Normal, car certains sont interdits de manifs. En plus les organisateurs de la manif n’en veulent pas de ces casseurs du Black Bloc. Les citoyens en veulent encore moins dans leurs rues. La police ne peut pas perdre le contrôle de ces fauteurs de troubles. C’est certain que nous allons trouver quelqu’un, le lendemain, pour accuser la police de profilage vestimentaire pour ceux vêtus de noir ou de profilage « cagoulaire » (excusez le néologisme). Belle tempête dans un verre d’eau où des frustrés auront pu déverser leur trop-plein de venin sur les policiers en les accusant de fascisme ou de nazisme.

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 3 janvier 2017 09 h 32

    Trop, c'est comme pas assez!

    Je suis pour l'accueil des migrants, mais il faut que nos premiers ministres Trudeau et Couillard réalisent les gros problèmes qui arrivent ailleurs, là où les frontières ont été trop ouvertes.
    "La modération a bien meilleur goût"
    Andrée P.B.