Berlin frappée à son tour par la terreur

Dans un acte rappelant l’attentat de Nice du 14 juillet dernier, un camion a foncé sur la foule de l’un des marchés de Noël les plus achalandés de Berlin.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Dans un acte rappelant l’attentat de Nice du 14 juillet dernier, un camion a foncé sur la foule de l’un des marchés de Noël les plus achalandés de Berlin.

Scène d’horreur dans le marché de Noël de Breitscheidplatz, dans l’ouest de Berlin, quand un camion fou a foncé sur la foule vers 20 h lundi, tuant 12 personnes et faisant 48 blessés dans un geste délibéré, selon les derniers bilans de la police allemande.

L’événement rappelle l’attentat de Nice perpétrée par un fidèle du groupe armé État islamique, le 14 juillet dernier. Le long camion-remorque aurait commencé sa course folle dans la rue Budapester, parallèle à la célèbre artère commerciale Kurfürstendamm. Entre ces deux rues, rassemblés au marché de Noël ou dans la célèbre église du Souvenir, des dizaines de Berlinois ont vu le parcours meurtrier du camion, qui a avancé sur un peu plus de 50 mètres dans la foule, percutant kiosques et passants.
 

 

Deux personnes étaient à bord du camion, immatriculé dans la Pologne voisine. Le corps du passager, un homme polonais, a été retrouvé dans la cabine du camion, a confirmé la police.

L’homme qui était au volant quand le camion a foncé sur la foule a quant à lui été intercepté à quelques mètres du lieu de l’attentat. « Nous avions une description du conducteur du camion et, grâce à celle-ci, nous avons pu interpeller un suspect, a déclaré un porte-parole de la police de Berlin, Thomas Neuendorf, dans un point de presse. Nous tentons maintenant de déterminer si la personne arrêtée était bel et bien la personne qui conduisait le camion. » Ce suspect serait un demandeur d'asile pakistanais, selon l'Agence France-Presse.


Des motifs flous à déterminer

Des heures après l’attaque, et malgré l’apparente efficacité des secours, qui ont rapidement sécurisé la scène, la confusion régnait encore. Il y a « beaucoup de raisons de penser » qu’il s’agit d’un attentat, a ainsi affirmé, prudent, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

Aux États-Unis et au Canada, on n’a pas démontré autant de ménagement. « Choqué et attristé par la possible attaque terroriste qui a entraîné des pertes humaines tragiques aujourd’hui à Berlin », a réagi le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion.

De la Maison-Blanche, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Ned Price, a condamné avec force « ce qui semble être une attaque terroriste ». « L’Allemagne est l’un de nos plus proches partenaires et de nos plus solides alliés, et nous nous tenons aux côtés de Berlin pour combattre tous ceux qui prennent pour cible notre mode de vie et menacent nos sociétés », a-t-il écrit dans un communiqué.

L’Allemagne, jusqu’ici épargnée par des attaques terroristes de grande ampleur, fait face à une attaque qui reprend le modus operandi de celle qu’a vécue Nice. Lundi soir, aucun groupe n’avait cependant revendiqué le geste, pas plus que le suspect interpellé n’avait évoqué une allégeance à un groupe djihadiste.

Coïncidences et circonstances

À Berlin, la Québécoise Soriane Renaud a souligné les circonstances qui ont pu sauver son amie, qui se trouvait dans l’église du Souvenir au moment de l’attaque. « Elle a une répétition de chant chaque lundi à cette église-là, a-t-elle raconté. C’est une coïncidence que tout le monde soit en sécurité, parce que c’est arrivé au moment où ils prennent habituellement leur pause. D’habitude, ils sortent fumer une cigarette, prendre un Glühwein (vin chaud), ils vont dans le marché. Mais cette fois, ils sont restés dans l’Église, parce que quelqu’un avait apporté du champagne pour une fête. »

Calmement, les policiers ont demandé aux choristes d’évacuer l’église. Ils ont fait la même chose avec la foule, avant d’exhorter les Allemands à se tenir à distance du marché de la Breitscheidplatz pour faciliter les transports médicaux et favoriser la collecte de renseignements.

Sur Twitter, le maire de Berlin, Michael Müller, a aussi tenté de calmer la population. La situation est « maîtrisée », a-t-il affirmé, avant d’évoquer des images de dévastation. Le maire s’est fait discret, mais il a annoncé une conférence de presse qui doit avoir lieu ce mardi.

Tout aussi sobre dans sa réaction, la chancelière allemande Angela Merkel a réagi officiellement par l’entremise du porte-parole de son gouvernement. Steffen Seibert a ainsi annoncé que la leader de l’Allemagne esten deuil. « Nous pleurons les morts et espérons que les nombreux blessés pourront recevoir de l’aide », a-t-il écrit sur Twitter.

Les dirigeants allemands n’ont pas l’habitude de prendre les devants lors d’événements tragiques, a rappelé Yan St-Pierre, un consultant antiterroriste québécois établi à Berlin, où il travaille pour le Groupe de consultation de sécurité moderne Mosecon. « [Mme Merkel] laisse la place au procureur ou à la police afin qu’ils gèrent ce pour quoi ils sont formés », a-t-il résumé. En outre, « quand tout le monde s’énerve, elle reste calme », a-t-il observé.

Enquête ouverte

La police allemande, à qui l’enquête a été confiée, se retrouve plongée dans l’une de ses plus importantes enquêtes pouvant être liées à un geste terroriste. Lundi, elle a refusé de commenter l’information de sources au sein des services de sécurité qui ont avancé que l’homme qui se trouvait au volant du camion pourrait être un Pakistanais ou un Afghan arrivé en Allemagne en tant que demandeur d’asile en février 2016.

Le véhicule qu’il conduisait, immatriculé en Pologne, est composé d’un tracteur et d’une remorque massive. Selon la police berlinoise, le véhicule aurait possiblement été volé sur un chantier de construction en Pologne. Une entreprise polonaise, interrogée par l’Agence France-Presse (AFP), a reconnu en être la propriétaire et avoir été en contact avec son chauffeur, lui aussi polonais, pour la dernière fois lundi après-midi.

« Je ne sais pas ce qui lui arrive. C’est mon cousin, je le connais depuis l’enfance. Je me porte garant de lui », a déclaré Ariel Zurawski, propriétaire du camion, dans un entretien téléphonique.

Selon Lukasz Wasik, un responsable de la même entreprise, également joint par l’AFP, le contact avec le chauffeur, âgé de 37 ans, a été perdu vers 15 h, heure locale. « On ne sait pas ce qu’il est devenu. A-t-il été enlevé, tué ? On ne sait rien. On est très inquiets pour lui », a-t-il déclaré. Le chauffeur transportait 25 tonnes de produits métallurgiques en provenance d’Italie.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 20 décembre 2016 03 h 16

    Je suis, nous sommes, ils sont un pont...

    Berlin est dorénavant un pont.
    Il ne redeviendra jamais plus un mur.
    Berlin a assez gouté de la séparation du monde pour vouloir un jour y revenir.
    Y être ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, permet d'en avoir clairement la certitude.

    Alors, ce n'est certainement pas un abruti criminel, ni toute une armée comme lui d'ailleurs, qui va y donner le ton.
    Tel il en est depuis 1945, Berlin vit et vivra toujours de sa diversité.

    Berlin est un pont sur lequel il est bon d'être, de circuler, de passer et de réfléchir ouvertement à la vie des Hommes.
    Aujourd'hui, sans aucune nuance, je suis Berlin.
    Et rien ni personne ne me fera baisser la tête qu'il en soit ainsi...