Le «non» au référendum n’est pas un «non» à l’Europe

Matteo Renzi (à droite) et son successeur, Paolo Gentiloni, lors de la cérémonie d’assermentation de ce dernier, le 12 décembre
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Matteo Renzi (à droite) et son successeur, Paolo Gentiloni, lors de la cérémonie d’assermentation de ce dernier, le 12 décembre

Matteo Renzi voulait modifier — et simplifier — le système politique italien. En vain. Après l’échec du référendum portant sur son vaste projet de réforme constitutionnelle le 4 décembre dernier, le premier ministre italien a démissionné, comme promis, mettant ainsi fin au 63e gouvernement national en 70 ans. Comment interpréter cet échec référendaire ? Quelle est sa portée politique ? Réponses de Frédéric Mérand, spécialiste de l’Europe et directeur du CERIUM.

Pourquoi avoir dit non à une réforme qui se voulait un remède à un système politique souvent paralysé ?

Deux motivations semblent avoir dominé la campagne référendaire. D’abord, en annonçant qu’il démissionnerait en cas de défaite, Matteo Renzi a maladroitement fédéré tous ses opposants, de la Ligue du Nord au Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo en passant par Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, qui y ont vu une occasion en or de le faire désavouer par l’électorat. Sa formation — le Parti démocrate — demeure solide, mais Renzi était seul au combat.

La réforme constitutionnelle proposée comportait aussi de véritables défauts qui ont été dénoncés au sein même de sa famille politique. En ratatinant le Sénat et la Cour constitutionnelle, la réforme renforçait le pouvoir de l’exécutif. Dans l’esprit des gens, le projet a été associé à une réforme parallèle du mode de scrutin, l’Italicum, qui visait aussi à renforcer la majorité du parti gagnant.

Pour Renzi, l’objectif était de faciliter l’adoption de réformes économiques et sociales. Mais des dirigeants raisonnables comme Mario Monti, son prédécesseur, ont fini par se demander : « Renforcer le pouvoir de Renzi pour réformer l’Italie, d’accord. Mais que fait-on le jour où le comédien Beppe Grillo remporte les élections ? Ne court-on pas un risque en affaiblissant les contre-pouvoirs ? »

N’empêche, le Mouvement 5 étoiles et d’autres partis populistes ou encore eurosceptiques étaient dans le camp du Non. Faut-il mettre leur victoire dans la colonne de celles remportées ces derniers temps par les populistes en Europe ? Et est-ce, par la bande, un rejet de l’Europe ?

Non. S’il est vrai que l’euroscepticisme gagne du terrain en Italie comme ailleurs, l’Europe n’a joué qu’un rôle marginal dans la défaite du Oui. Renzi a perdu son pari essentiellement pour des raisons de politique interne. Marine Le Pen a donc eu tort d’y voir un «  non ” d’espoir » pour le mouvement hostile à l’UE.

Bien sûr, le Mouvement 5 étoiles, la Ligue du Nord et Forza Italia ont joué la carte populiste. Rappelons que le populisme — concept difficile à définir et dont les politologues se méfient — signifie un rejet des élites, des institutions et, plus généralement, de la démocratie représentative, le tout au nom du « peuple véritable ». Les populistes proposent souvent des solutions simplistes.

Comme la plupart d’entre eux, le Mouvement 5 étoiles — désormais principale force d’opposition en Italie — critique l’UE et propose l’abandon de l’euro. Mais ce qui distingue le Mouvement de Beppe Grillo des partis populistes de droite, comme le Front national en France, l’UKIP au Royaume-Uni, l’Alternative pour l’Allemagne ou encore le Parti néerlandais pour la liberté de Geert Wilders, c’est qu’il se positionne plutôt à gauche, faisant la promotion de l’écologie, des droits de la personne et d’une forme radicale de démocratie directe.

De ce point de vue, la popularité croissante de la Ligue du Nord, qui a transformé son programme d’indépendance de la « Padanie » en un discours essentiellement xénophobe, est beaucoup plus inquiétante.

Le départ de Renzi, un leader de centre gauche, est-il, comme en France, le symptôme d’une gauche moribonde ? Est-ce la fin de la gauche pour un temps ?

Peut-être. Les prochaines années vont être terribles pour la social-démocratie européenne. Dans le scénario pessimiste, les socialistes vont perdre le pouvoir en France. Ils auront de mauvais résultats et risquent d’être éjectés des coalitions gouvernementales en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. Le Parti travailliste britannique est au fond du caniveau et le PSOE espagnol est dépassé sur sa gauche par Podemos. Reste le Portugal, la Grèce et les partis sociaux-démocrates au pouvoir en Slovaquie et en Roumanie. Mais ces deux derniers, rejetons de l’autoritarisme postsoviétique, n’ont pas grand-chose à voir avec leurs grands frères progressistes de l’Ouest.

Contrairement au tournant des années 2000, la droite est désormais largement majoritaire en Europe. Et souvent, elle n’a plus la gauche face à elle, mais l’extrême droite.

Cela dit, il ne faut pas exclure une victoire du Parti démocrate aux prochaines législatives italiennes — qui auront vraisemblablement lieu ce printemps —, voire un retour de Renzi : 40 % des électeurs ont soutenu sa réforme, ce qui correspond à peu près au score du Parti démocrate lors des élections européennes de 2014, qui avaient été considérées un grand succès pour le centre gauche.

Le parti de Berlusconi ne va pas bien, la Ligue du Nord n’a pas encore une vocation nationale et le Mouvement 5 étoiles demeure un parti protestataire dont beaucoup dénoncent l’amateurisme. La gestion catastrophique de la ville de Rome, que le Mouvement a conquise cette année, n’est pas de nature à rassurer les électeurs modérés.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 14 décembre 2016 07 h 24

    Oui et non

    "Un oui, c'est un non et un non, c'est un oui."
    N'avez-vous pas déjà entendu cette phrase quelque part?

    • Gilles Théberge - Abonné 14 décembre 2016 22 h 49

      Oui et non....!