France: Valls se pose en rempart contre la droite

Manuel Valls a annoncé sa candidature à la primaire de la gauche, lundi.
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Manuel Valls a annoncé sa candidature à la primaire de la gauche, lundi.

Sa décision était attendue depuis des semaines. Quatre jours à peine après que le président François Hollande eut décidé de ne pas être candidat à la présidentielle, son premier ministre, Manuel Valls, annonce sa candidature à la primaire de la gauche. Comme on s’y attendait, le premier ministre remettra sa démission ce mardi matin à François Hollande afin de se lancer dans la campagne de la primaire qui désignera le candidat du Parti socialiste dès la fin du mois de janvier. Pour l’instant, c’est dans son ancienne mairie d’Évry, au sud-est de Paris, devant une centaine de militants qu’il a voulu donner le coup d’envoi de sa campagne.

« Oui, je suis candidat à la présidence de la République. J’ai cette force en moi, cette volonté de servir mon pays […]. Je veux tout donner pour la France qui m’a tant donné », a-t-il déclaré dans un discours qui se voulait avant tout rassembleur. Après un éloge du chef de l’État, Manuel Valls s’est essentiellement posé en barrage contre l’extrême droite, qu’il veut « renvoyer dans les cordes », et le « recul social généralisé » que propose la droite, dit-il. Le premier ministre se dit « révolté à l’idée que la gauche soit disqualifiée » au second tour de cette élection. « Ma candidature est celle de la conciliation, elle est celle de la réconciliation », dit celui dont les positions ont souvent été très controversées au sein du Parti socialiste (PS).

La primaire est lancée

Après une primaire à droite qui a couronné l’ancien premier ministre François Fillon, cette déclaration de candidature marque le véritable coup d’envoi de la campagne des primaires à gauche. Une campagne qui sera très courte puisqu’elle sera interrompue par la période des Fêtes et que les premier et second tours se dérouleront les 22 et 29 janvier.

On nous dit que la gauche n’a aucune chance [à cette élection], mais rien n’est écrit

Selon la plupart des analystes, celui qui devrait apparaître comme le candidat naturel des socialistes maintenant que François Hollande a jeté l’éponge n’aura pas la tâche facile. Manuel Valls n’a jamais été très populaire chez les militants socialistes. Il n’y a pas si longtemps, il estimait même que son camp était composé de deux gauches « irréconciliables ». Plusieurs barons du parti sont opposés à sa candidature. C’est le cas de la mairesse de Lille, Martine Aubry, qui, interrogée pour savoir si Manuel Valls était en mesure de rassembler la gauche, a répondu : « Je ne crois pas ! »

Le plus récent sondage publié par LeJournal du dimanche accorde à Manuel Valls le soutien de 45 % des sympathisants socialistes. Son principal adversaire, l’ancien ministre de l’Économie et partisan de la « démondialisation » Arnaud Montebourg, obtient quant à lui 25 % d’opinions favorables. Lundi soir, Arnaud Montebourg s’est d’ailleurs étonné que son concurrent se présente en « premier défenseur de l’unité de la gauche alors qu’il a théorisé les gauches irréconciliables ».

Se distancier de Hollande

Mais les principaux adversaires de Manuel Valls sont ailleurs. Contrairement à la primaire de la droite qui a rassemblé le centre, celle qui se déroulera à gauche ne rassemble pour l’instant que des candidats issus du PS. Le principal candidat d’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, de même que les verts ont toujours refusé de participer à cette primaire. Même chose pour l’ancien ministre des Finances, Emmanuel Macron, que les sondages mettent en troisième position, derrière François Fillon et Marine Le Pen. Plusieurs proches de François Hollande, comme l’avocat socialiste Jean-Pierre Mignard, ont déjà rejoint son équipe.

Selon les analystes, toute la difficulté de Manuel Valls consistera à se distancier de l’héritage de François Hollande alors qu’il a été son premier ministre. « Le premier défi de Valls? Se débarrasser du fantôme de Hollande », écrit l’éditorialiste du Figaro, Guillaume Tabard. Plusieurs se sont étonnés de son slogan énigmatique : « Faire gagner tout ce qui nous rassemble ».

Pour l’instant, aucun sondage ne laisse penser que la gauche se qualifiera au second tour de l’élection présidentielle. Ce mardi matin, Manuel Valls remettra sa démission à François Hollande. Parmi les noms qui circulent pour lui succéder, on cite ceux des ministres de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et de la Santé, Marisol Touraine.

En France, rien n’oblige un premier ministre candidat à la présidence de la République à démissionner de ses fonctions. Mais tous ceux qui ne l’ont pas fait (Lionel Jospin, Édouard Balladur et Jacques Chirac) ont été battus.

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance [à cette élection], mais rien n’est écrit », a néanmoins conclu le nouveau candidat.

2 commentaires
  • Clifford Blais - Inscrit 6 décembre 2016 09 h 37

    Bravo !

    Lors du délais accordé à la Wallonie pour donner son accord au traité de libre échange entre l'Union Européenne et le Canada, M. Valls avait agit de façon très noble et diplomate pour laisser le peuple Wallon se prononcer. Bravo M.Valls pour vos projets de présidence de la France !

  • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 6 décembre 2016 09 h 42

    Manuel Valls va enfin pouvoir donner le maximum de lui même


    L'ancien premier ministre Valls jouait auprès de François Hollande le même rôle que Fillion auprès de Sarkozy lorsque celui-ci était président de la République: celui d'un homme politique qui se doit d'être effacé, tout en demeurant très efficace, un faire-valoir au chef d'État.

    L'ancien premier ministre français Manuel Valls a du caractère, du courage, des convictions, des certitudes, sans être obtus. Il a donné magnifiquement et imperceptiblement en octobre dernier une leçon de politique internationale à Philippe Couillard sur l'immigration et le radicalisme religieux, en répondant du tac au tac au premier ministre du Québec M. Couillard, avec qui il avait sans doute beaucoup de divergences concernant le concept de la laïcité, de s'occuper de ses oignons: «Moi, je suis très respectueux de l’histoire, de l’identité, de la différence entre nos sociétés. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est que nous puissions échanger sur le sujet, que nous puissions faire prévaloir nos expériences différentes. […]

    Il en rajouta en déclarant: «Toutes comparaisons avec les positions populistes que je combats - et c’est le sens de ma vie - me sont tout à fait insupportables, donc respectez aussi la France».

    Cette déclaration, rapporte la journaliste Isabelle Porter du Devoir, n’a apparemment provoqué aucun froid avec M. Couillard. Mais, plus tard, Jean-François Lisée a dit, avec raison, y avoir vu une réplique cinglante au chef libéral.

    Élu Valls sera sans aucun doute un grand chef d'État, mais pour cela il lui faudra d'abord et avant tout unir la gauche française actuellement très divisée...

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/482340/no