Fillon, un ami de Poutine dans la course à l’Élysée?

François Fillon et Vladimir Poutine s'étaient déjà rencontrés en novembre 2011, alors qu'ils occupaient tous deux le poste de premier ministre de leur gouvernement respectif. 
Photo: Natalia Kolesnikova Agence France-Presse François Fillon et Vladimir Poutine s'étaient déjà rencontrés en novembre 2011, alors qu'ils occupaient tous deux le poste de premier ministre de leur gouvernement respectif. 

Avec le conservateur François Fillon, favori pour représenter la droite à la présidentielle française de 2017, Vladimir Poutine peut compter sur un ami de la Russie, complaisant selon les uns, adepte de la Realpolitik selon les autres.

La presse russe a salué « l’ami François », le candidat « prorusse », au lendemain de son score triomphal au premier tour de la primaire de la droite, dimanche. Le président Poutine a lui-même loué ses qualités de « grand professionnel ».

Pour le Kremlin, isolé sur la scène internationale depuis la crise ukrainienne, l’aubaine est de taille après l’élection de Donald Trump, « poutinophile » déclaré, à la Maison-Blanche.

Sur la Russie, François Fillon tranche avec la ligne de la diplomatie française et celle de son camp. Russophile ? Prorusse ? « Il n’est pas russophobe en tout cas », « euphémise » un de ses proches, le sénateur Bruno Retailleau.

Le favori du deuxième tour de la primaire souhaite opérer un rapprochement avec la Russie en Europe, lever les sanctions à son encontre et s’associer à elle dans la lutte contre le groupe État islamique en Syrie.

« La question c’est : est-ce qu’on essaie de stabiliser la Russie et de l’ancrer en Europe ou est-ce qu’on s’en fiche de l’isoler, de la provoquer, et mieux encore de la pousser vers l’Asie ? », a-t-il répété mercredi matin.

François Fillon connaît bien Vladimir Poutine, qu’il a rencontré à de multiples reprises lorsqu’il était premier ministre, entre 2007 et 2012, puis par la suite.

En septembre 2013, déjà candidat déclaré à la primaire de la droite, il avait suscité un tollé en critiquant la France et sa diplomatie dans la crise syrienne en Russie devant Vladimir Poutine.

Les deux hommes sont-ils amis ? Partagent-ils la même vision du monde ? « C’est un interlocuteur extrêmement difficile mais qui respecte ceux qui sont capables de tenir leurs engagements », réplique M. Fillon, qui dément l’avoir jamais tutoyé.

Le président Poutine lui a tressé des lauriers mercredi louant « un négociateur ardu, un grand professionnel », qui « se distingue fortement des [autres] hommes politiques de la planète ».

De quoi apporter de l’eau au moulin d’Alain Juppé, l’autre finaliste de la primaire de droite : l’ancien premier ministre (1995-97), deux fois ministre des Affaires étrangères — le plus récemment en 2011-2012 au sein du gouvernement Fillon- reproche à son désormais adversaire une « complaisance excessive » envers le maître du Kremlin.

Un autre ministre des Affaires étrangères de François Fillon n’est guère plus tendre. « Il témoigne à chaque fois d’une grande compréhension vis-à-vis de M. Poutine que je crois excessive », a déclaré Bernard Kouchner à l’AFP.

Pour Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), François Fillon est « russophile », dans une certaine tradition française, mais il serait « réducteur de le qualifier de pro-Poutine ».

« Il prend surtout acte de l’équilibre des forces sur le continent européen […]. Mais sa politique russe, si elle devait être mise en oeuvre, passera par Berlin », acteur clé du dialogue avec Moscou, dit le chercheur.

En affichant sa « proximité » avec la Russie et en « reprenant l’héritage gaullien de non-alignement sur l’OTAN », il opère une « habile synthèse » entre « courants bonapartistes, catholiques et conservateurs français », estime Cyrille Bret, maître de conférences à l’École des Affaires Publiques de Sciences-Po.

Pour son entourage, il s’agit de « réalisme politique », de Realpolitik. « On n’est pas une logique d’amitié, on est dans la prise en compte de la réalité du monde tel qu’il est », assure le député Serge Grouard, membre de son équipe de campagne.

Les relations internationales, « cela ne se fait pas avec des grands sentiments […]. On discute avec des amis mais il faut parfois aussi être capable de discuter avec des gens moins convenables », note Bruno Retailleau.