La police a arrêté un Syrien soupçonné de préparer un attentat

La police a interpellé le fugitif dans la nuit après une chasse à l’homme de 48 heures.
Photo: Hendrik Schmidt / DPA / Agence France-Presse La police a interpellé le fugitif dans la nuit après une chasse à l’homme de 48 heures.

Dresde — Le réfugié syrien de 22 ans soupçonné de préparer un attentat en Allemagne et arrêté lundi était probablement lié à l’organisation État islamique (EI), a déclaré un responsable de la police.

« Le mode opératoire et le comportement du suspect laissent penser pour le moment qu’on se trouve dans le contexte de l’État islamique », a déclaré Jörg Michaelis, le chef de la police de la région de Saxe, où a été interpellé le fugitif dans la nuit après une chasse à l’homme de 48 heures.

M. Michaelis a précisé que les explosifs retrouvés samedi dans un logement occupé par le suspect à Chemnitz (est) devaient être utilisés à brève échéance.

L’homme « avait effectué des recherches sur Internet sur la manière de fabriquer des explosifs et il s’était procuré les matériaux nécessaires », a souligné le patron de la police régionale.

« Nous pensons que l’explosif, qui devait probablement prendre la forme d’une ceinture d’explosif dissimulée dans une veste, était presque prêt à l’emploi, voire prêt à l’emploi », a-t-il encore dit.

M. Michaelis a confirmé qu’il s’agissait en l’occurrence de TATP, un explosif particulièrement prisé du groupe État islamique, qui a été utilisé à la fois lors des attentats de Paris en novembre 2015, puis lors de ceux de Bruxelles en mars 2016.

Cet explosif est puissant, mais très instable. Ses composants peuvent être trouvés dans le commerce : de l’acide sulfurique, présent dans les produits pour déboucher les canalisations, de l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène), de l’acétone.

Le ministre de l’Intérieur de Saxe, Markus Ulbig, a pour sa part « remercié » les habitants de Leipzig qui ont contribué à l’arrestation du suspect, en particulier les Syriens qui ont ligoté le suspect chez eux et prévenu la police.

La police a précisé à ce sujet qu’il s’agissait de trois Syriens partageant le même appartement, et non de deux comme indiqué jusqu’ici par les médias allemands. L’un d’eux s’est ensuite rendu à un commissariat pour dénoncer le suspect en apportant aux policiers une photo prise sur un téléphone portable. « Il a essayé de nous soudoyer avec de l’argent. Nous lui avons dit qu’il pouvait nous donner autant d’argent qu’il voulait, nous ne le laisserions jamais partir », a témoigné l’un d’eux, Mohamed A., auprès de la chaîne de télévision allemande RTL, lors d’une interview filmée de dos, l’homme affirmant craindre d’éventuelles représailles. « J’étais vraiment en colère contre lui, je ne peux pas accepter ça, surtout ici en Allemagne, le pays qui nous a ouvert ses portes », a-t-il ajouté, ses propos étant traduits de l’arabe en allemand par RTL. C’est lui qui, selon la chaîne, avait été abordé par un Jaber Albakr aux abois à la gare de Leipzig, qui demandait à être hébergé.

Les trois autres Syriens n’ont compris que dimanche soir qu’il s’agissait d’un fugitif recherché dans tout le pays, lorsque l’avis de recherche des autorités a été publié sur Internet en arabe.

L’Allemagne célèbre les Syriens ayant aidé la police

D’Angela Merkel à la police en passant par les réseaux sociaux : les Syriens qui ont permis l’arrestation de leur compatriote suspecté de vouloir commettre un attentat en Allemagne étaient érigés en héros lundi, coupant l’herbe sous le pied des anti-migrants. « Je célèbre le fait qu’un Syrien livre une personne soupçonnée de terrorisme. Et vous, Pegida et les autres ? », a raillé Julia Frick sur Twitter, en référence à ce mouvement qui organise depuis deux ans des manifestations contre les réfugiés et les musulmans.

L’arrestation de ce Syrien de 22 ans a relancé le débat sur le contrôle des réfugiés, dont quelque 890 000 sont arrivés en Allemagne l’an dernier. Et ce, d’autant plus que le pays a connu en juillet deux attentats commis par des réfugiés et revendiqués par le groupe EI. Mais l’aide décisive apportée par ces trois Syriens à la police représentait pour beaucoup la preuve que les amalgames n’ont pas lieu d’être. « C’est un signal très positif qui montre que tous [les réfugiés] ne doivent pas être soupçonnés », s’est ainsi réjoui un dirigeant du syndicat de policiers BDK, Sebastian Fiedler. Qualifié de « courageux » et de « responsable » par le chef du gouvernement de Saxe Stanislaw Tillich, la région où s’est déroulée la chasse à l’homme ce week-end, le Syrien qui a prévenu la police a même été félicité lundi par la chancelière Angela Merkel.