Le Pays basque se méfie du séparatisme

Idoia Mendia, candidate pour le Parti socialiste basque, lors des élections régionales de dimanche
Photo: Ander Gillenea Agence France-Presse Idoia Mendia, candidate pour le Parti socialiste basque, lors des élections régionales de dimanche

Accrochés aux fenêtres du centre de Saint-Sébastien ou de Bilbao, les habituels drapeaux qui demandent le rapprochement dans les prisons du Pays basque des détenus etarras, dispersés dans toute l’Espagne, se font de plus en plus rares. En 2011, le groupe séparatiste armé ETA annonçait « la fin définitive de la violence » et les quarante ans de terrorisme semblent oubliés. Depuis que la menace a cessé, la peur s’est envolée. Les gardes du corps ont disparu. Les langues se délient. Les tabous se lèvent. Et l’indépendantisme est en recul.

Les électeurs basques sont appelés à voter, dimanche 25 septembre, pour renouveler leur Parlement régional. Selon le dernier sondage officiel du gouvernement basque, daté de juillet, seuls 23 % des Basques, plus préoccupés par l’emploi ou la qualité des services publics, se disent favorables à l’indépendance. Pourtant, le prochain Parlement devrait disposer d’une très large majorité de députés en faveur du « droit à décider », un euphémisme pour définir la possibilité de convoquer des référendums d’autodétermination.

Les trois principaux partis y sont favorables : le Parti nationaliste basque (PNV, modéré), assuré, selon les sondages, de remporter de nouveau les élections, ainsi que Podemos et la coalition abertzale (« patriote ») EH Bildu, mouvance proche de l’ETA. De quoi inquiéter Madrid, déjà — confronté à la rébellion du Parlement catalan qui brave la Constitution et semble décidé à s’engager sur le chemin de la sécession.

« Pragmatisme »

Cependant, le PNV, le « parti-État » qui a gouverné la région depuis le retour de la démocratie, à l’exception d’une brève parenthèse quand le Parti socialiste basque et le Parti populaire se sont unis pour lui ravir le pouvoir (2009-2012), ne veut pas de la dérive séparatiste qui, en Catalogne, a entraîné son ancien homologue catalan, l’ex-coalition nationaliste Convergence et Union (CiU). Et ne perd pas une occasion de se démarquer de la « voie catalane ».

« Le PNV sait qu’il ne peut pas suivre le chemin de CiU sans risquer de perdre sa position dominante et centrale actuelle. Et ni son électorat, ni la majorité de la société basque ne sont pour une aventure indépendantiste, souligne le politologue Francisco Llera Ramo, directeur de l’Institut de sondages de l’université du Pays basque, l’Euskobarometro. Le PNV parle du "droit à décider", de la réforme et de l’amélioration du gouvernement autonome et de la reconnaissance de l’identité nationale du Pays basque de manière modérée, pragmatique et très consensuelle. »

« CiU n’était pas une coalition indépendantiste et Artur Mas — l’ex-président du gouvernement catalan — apparaissait comme un modéré, rétorque Borja Semper, porte-parole du Parti populaire au Pays basque qui dit, pour sa part, craindre une division sociale comme en Catalogne. »

Mais le Pays basque n’est pas la Catalogne. Le pragmatisme règne dans cette région riche, majoritairement bourgeoise et conservatrice, qui dispose du plus haut degré d’autonomie, avec la Navarre, et d’un taux de chômage de 12,5 %, huit points de moins que dans l’ensemble du pays.

« Vu le blocage qu’il y a à Madrid — sans gouvernement depuis neuf mois faute de majorité parlementaire claire —, le plus important est la stabilité politique et économique, souligne Gorka Natxiondo, chef d’entreprise de 39 ans qui assiste en famille à un meeting du PNV, à Saint-Sébastien, le 18 septembre. Le "droit à décider", c’est pour faire plaisir à la galerie. Le PNV est un parti modéré. Le gouvernement autonome est un cadre confortable. Ce qui est important, c’est de préserver la coexistence ici. »

Impossible aussi d’oublier la souffrance qu’ont provoquée les quarante ans de terrorisme de l’ETA. « Il était très difficile de poser la question basque comme un conflit purement politique, touchant des questions juridiques, quand il existait un groupe armé en activité, souligne Lander Martinez, candidat pour Podemos Euskadi. Nous ne pourrions sans doute pas le faire si l’ETA assassinait encore. »

La jeune formation de la gauche antiaustérité est au coude-à-coude dans les sondages avec la coalition de la gauche abertzale, EH Bildu. Comme en Catalogne, elle défend la possibilité de convoquer un référendum sur l’indépendance tout en se positionnant pour rester en Espagne, « afin de changer le pays, » souligne Lander Martinez.

Au Palais des sports de Bilbao, où près de 5000 personnes étaient réunies le 17 septembre pour suivre le meeting de l’ancien etarra Arnaldo Otegi et des candidats d’EH Bildu, le discours était tout autre, et c’est avec envie que l’on regarde « la voie catalane ».

« Voie plus ouverte »

Dans la salle, Aintzane G., 30 ans, institutrice, pense que « la fin de l’ETA nous permet d’avoir la voie plus ouverte pour revendiquer le "droit à décider". Madrid a toujours utilisé les attentats pour ne pas reconnaître nos droits ».

Sur la scène, c’est au tour de l’ancien militant de l’ETA, sorti de prison en mars après y avoir passé six ans pour « appartenance à un groupe terroriste » et déclaré inéligible, de s’exprimer. « Le changement de stratégie politique basque a fait sauter toutes les coutures de ce vieux régime, tout comme le processus catalan, affirme Arnaldo Otegi. Ce qui remet vraiment en question le pouvoir de l’oligarchie est la défense de l’indépendance des peuples et des nations de l’État. Quand Podemos se rendra compte qu’il ne peut pas changer l’Espagne, j’espère qu’ils auront le courage de s’unir à notre projet indépendantiste et de gauche ». Pour le moment, Podemos a déjà dit non.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 24 septembre 2016 15 h 04

    Le Pays Basque...

    Précisons les choses...
    Le Pays Basque dont il est question ici est exclusivement celui espagnol.
    Malheureusement, l'article repris ici mais fait pour un journal européen, donc pour lequel les lecteurs comprennent sans qu'il ne soit nécessaire de le préciser, omet de le dire.
    Au Pays Basque français, il n'y a pas d'élection "régionale" de prévue avant longtemps.