Le gouvernement de Theresa May sommé de définir le Brexit

La première ministre conservatrice Theresa May a affirmé vouloir faire du pays un «leader mondial du libre-échange».
Photo: Agence France-Presse La première ministre conservatrice Theresa May a affirmé vouloir faire du pays un «leader mondial du libre-échange».

Le gouvernement britannique s’est retrouvé lundi pressé de toutes parts, au sommet du G20 et au Parlement, de préciser ses intentions et sa stratégie pour le Brexit, toujours floues plus de deux mois après le référendum sur la sortie de l’UE.

À Hangzhou, en Chine, la première ministre conservatrice, Theresa May, a tenté de positiver sur l’avenir radieux ouvert par le Brexit après un accueil très mitigé de ses partenaires, tandis qu’à Londres, son ministre chargé du Brexit s’est fait étriller au Parlement par l’opposition.

Mme May avait reconnu dimanche sur la BBC que des « moments difficiles » attendaient l’économie britannique : elle en a eu un avant-goût au sommet du G20.

Mme May, qui affirme vouloir faire du pays un « leader mondial du libre-échange », a vanté lundi une série d’accords commerciaux possibles. Pourtant, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait rappelé la veille que tant que son pays était dans l’UE, il n’avait pas le droit de négocier de tels accords.

Le président américain Barack Obama a repoussé un accord avec le Royaume-Uni à la fin des discussions sur le traité transatlantique de libre-échange avec l’UE (TTIP).

Et surtout, le Japon a lancé une sérieuse mise en garde, prévenant que ses entreprises pourraient fuir le pays en cas de bouleversements drastiques et demandant à avoir le plus tôt possible « un tableau complet du processus du Brexit ».

C’est bien là que le bât blesse car jusqu’ici, Mme May et son gouvernement ont surtout dit ce que le Brexit ne serait pas. Le gouvernement britannique veut s’orienter vers un accord « spécifique », différent des modèles existants jusqu’ici qui lient l’UE avec la Norvège, la Suisse ou encore le Canada, a ainsi affirmé Mme May devant ses ministres la semaine dernière.

Les futurs partenaires s’avanceront ainsi en terrain totalement inconnu, pour une période qui risque de durer au moins deux ans — durée maximale impartie aux négociations de sortie de l’UE. Cette incertitude pèse sur l’économie britannique, même si, à court terme, le choc du vote a été mieux encaissé que prévu.

La date même de l’ouverture des négociations reste inconnue : « pas avant la fin de l’année », se contente de répéter Mme May.

Seule certitude, sur l’immigration : finie la libre circulation des ressortissants européens. Les électeurs britanniques « voulaient que l’on soit capable de contrôler la circulation des personnes venant de l’Union européenne. Et c’est évidemment ce que je dis : plus de libre circulation comme dans le passé », a clairement affirmé l’ex-ministre de l’Intérieur.

Mais sur les modalités, le suspense reste entier. La première ministre a rejeté l’idée d’un système à points comparable à celui pratiqué par l’Australie, préconisé par son ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, l’un des hérauts du Brexit, considérant qu’il n’était pas assez efficace en raison de son aspect automatique.

Si l’UE fait de la libre circulation des personnes une condition sine qua non à l’accès à son marché unique, le Royaume Uni en sera donc logiquement exclu et devra négocier un nouveau type d’accord commercial avec le bloc.

Interrogée à ce sujet, Mme May n’a rien lâché lundi.

Pas plus que son ministre du Brexit, David Davis devant le Parlement britannique. Il s’est contenté d’exposer une vision tout aussi rose de l’après Brexit, affirmant ainsi que l’UE avait tout intérêt « à la relation commerciale la plus libre possible » avec le Royaume-Uni.

Il a été chahuté par l’opposition, aux cris de « c’est du baratin », qui a unanimement dénoncé l’incapacité du gouvernement à définir une stratégie de négociation.

Quelques dizaines de partisans du Brexit ont manifesté devant Westminster pour presser le gouvernement d’agir.

Le Parlement devait aussi débattre d’une pétition en ligne signée par 4 millions de partisans du maintien dans l’UE demandant un second référendum, mais ce débat ne peut en rien remettre en cause le Brexit.

1 commentaire
  • Jacques Patenaude - Abonné 5 septembre 2016 18 h 13

    Dire que les anglosaxons se ventes de leur ouverture à l'immigration

    "Les électeurs britanniques « voulaient que l’on soit capable de contrôler la circulation des personnes venant de l’Union européenne. Et c’est évidemment ce que je dis : plus de libre circulation comme dans le passé », a clairement affirmé l’ex-ministre de l’Intérieur."

    Moi si j'étais français je crois que je remplirais des autobus pour vider la jungle de Calais et je leur ferais traverser la manche.

    Je sais que ce que je dis n'a pas de sens mais ça fait du bien de le dire.
    La jungle de Calais est un problème britannique que la France est prise pour gérer parce que l'Angleterre est particulièrement réfractaire à accueillir des réfugiés.