Tension extrême au Gabon

Les violences au Gabon ont fait cinq morts depuis mercredi.
Photo: Marco Longari Agence France-Presse Les violences au Gabon ont fait cinq morts depuis mercredi.

Libreville — Alors que les émeutes ont fait au moins cinq morts au Gabon et qu’une ambiance de guerre régnait dans le pays, l’opposant Jean Ping s’est de nouveau proclamé vendredi le « président élu », réclamant un recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote afin de renverser Ali Bongo.

« Le monde entier connaît qui est le président de la République : c’est moi, Jean Ping », a lancé l’opposant, bravant implicitement le président sortant qui, la veille, avait revendiqué sa légitimité face à une opposition qu’il jugeait destructrice et antidémocratique. « En tant que président élu, je suis naturellement très préoccupé par la situation de notre pays qui évolue vers un chaos généralisé. Aussi j’en appelle à la responsabilité des uns et des autres, afin que le pays retrouve le chemin de l’apaisement », a encore dit M. Ping lors d’une conférence de presse à son domicile de Libreville, lors de sa première déclaration depuis la proclamation de la victoire du président sortant.

« Je sais, a-t-il ajouté, que l’apaisement ne peut survenir que si la vérité des urnes est rétablie et respectée sur la base du comptage des voix, bureau de vote par bureau de vote. » Il a rappelé qu’il s’agissait d’une exigence formulée par « le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne, l’Union africaine, la France et les États-Unis ».

Le pouvoir gabonais refuse catégoriquement ce recomptage, invoquant la loi électorale du pays, qui ne prévoit pas cette procédure.

Assis en bout de table, dans une allocution très solennelle, Jean Ping s’exprimait entouré de leaders de l’opposition relâchés peu de temps avant. Une vingtaine d’entre eux étaient retenus par les forces de l’ordre à son QG de campagne depuis jeudi matin. Le bâtiment avait alors été pris d’assaut. À l’intérieur de l’immeuble, l’AFP a pu constater des impacts de balles et des traces de sang.

Après plus de 36 heures et une intervention de la France, les autorités gabonaises ont finalement autorisé ces opposants — dont un ancien vice-président et deux anciens ministres — à repartir vendredi soir.

Tension à travers le pays

Dans tout le pays, la tension était extrême : la nuit dernière à Libreville, deux hommes ont été tués par balles dans le quartier de Nzeng Ayong, lors d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, selon deux journalistes de l’AFP. Ces deux décès portent à cinq le nombre de victimes recensées depuis le début des troubles mercredi après-midi, juste après l’annonce de la réélection contestée d’Ali Bongo.

Les affrontements ont fait trois blessés parmi les forces de l’ordre et « entre trois et cinq morts » parmi les manifestants, a reconnu vendredi soir le porte-parole du gouvernement gabonais, Alain-Claude Bilie-By-Nze, de passage à Paris. Par ailleurs, entre 800 et 1100 personnes ont été interpellées dans l’ensemble du pays.

La pénurie de pain menace à Libreville et dans les autres villes du pays, tout comme celle de produits frais, les transports étant paralysés. Une situation aggravée par les pillages massifs de commerces.