La justice française se saisit du burkini

Une femme portant le «burkini» lors d'une manifestation devant l'ambassade française à Londres, le 25 août dernier.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse Une femme portant le «burkini» lors d'une manifestation devant l'ambassade française à Londres, le 25 août dernier.

La plus haute juridiction administrative française se prononcera vendredi sur l’interdiction du burkini sur plusieurs plages, décision qui suscite émoi et controverse dans le pays comme à l’étranger, et divise jusqu’au sein du gouvernement.

Saisi du dossier jeudi, le Conseil d’État a promis de rendre sa décision vendredi à 15 h, un cadre légal d’autant plus attendu qu’au moins une femme musulmane portant un simple foulard sur la plage a déjà été verbalisée.

Les juges doivent examiner la requête déposée par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui demandent la suspension en urgence d’une interdiction du burkini décidée par une station balnéaire de Côte d’Azur, mais c’est en réalité la légalité de la trentaine d’arrêtés municipaux similaires pris en France cet été qui est en jeu.

Les textes, sans mentionner le terme de « burkini », exigent le port sur les plages de tenues respectueuses « des bonnes moeurs et de la laïcité », mais ce sont bien les tenues de bain islamiques couvrant le corps, des cheveux aux chevilles, qui sont visées.

Gouvernement divisé

Face aux divisions qui font jour sur cette question jusque dans son propre camp, le président français, François Hollande, a appelé jeudi à ne céder ni à la « provocation » ni à la « stigmatisation », sans se prononcer sur le bien-fondé des arrêtés anti-burkini.

Jeudi, deux ministres ont condamné ces textes, à contre-courant de la position du chef du gouvernement, Manuel Valls, qui soutient les maires interdisant le burkini au nom de l’ordre public.

« La prolifération » des arrêtés « n’est pas la bienvenue », a dit la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, suivie par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui craint une « stigmation dangereuse pour la cohésion de notre pays ».

Ces textes « ne sont pas une dérive » a rétorqué par média interposé le premier ministre, pour qui « le burkini est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme ».

Mercredi soir, l’ex-président français Nicolas Sarkozy, candidat aux primaires de la droite, avait qualifié le burkini de « provocation », proposant de prohiber aussi les signes religieux dans les entreprises, les administrations, les universités.

Le parti d’extrême droite Front national a dans la foulée demandé d’étendre à l’ensemble de l’espace public l’interdiction du port du voile, limitée en France aux écoles, collèges et lycées.

Fait rare

Le Conseil d’État, habitué aux débats sensibles, s’est rarement réuni dans une atmosphère aussi fiévreuse. Mercredi, le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait fait part au gouvernement de la « forte émotion et forte inquiétude » des musulmans de France.

Rien n’interdit en principe aux maires en France de restreindre les libertés fondamentales pour préserver l’ordre public, mais leurs mesures doivent être « proportionnées ».

Le Conseil d’État doit rendre sa décision ce vendredi.