Adieu ému au père Hamel

Le cercueil de Jacques Hamel, 85 ans, assassiné le 26 juillet dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, était posé à même le sol, encadré par quatre grands cierges blancs.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Le cercueil de Jacques Hamel, 85 ans, assassiné le 26 juillet dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, était posé à même le sol, encadré par quatre grands cierges blancs.

Une assistance « unie dans la peine et l’effroi » a dit adieu mardi au prêtre français égorgé il y a une semaine par deux djihadistes dans son église en Normandie lors d’obsèques solennelles dans la cathédrale de Rouen, sous haute protection policière.

L’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a salué la présence de représentants des confessions protestante, juive et musulmane parmi quelque 2000 personnes venues assister à la célébration. Le ministre de l’Intérieur et des Cultes, Bernard Cazeneuve, représentait le gouvernement.

Le cercueil de Jacques Hamel, 85 ans, assassiné le26 juillet à Saint-Étienne-du-Rouvray, a été accompagné jusque devant l’autel par une longue procession de prêtres et de séminaristes revêtus de leur aube blanche et d’une étole mauve, couleur du deuil, avant d’être posé à même le sol, encadré par quatre grands cierges blancs.

Dans son homélie, Mgr Lebrun s’est adressé à ceux qui sont tentés par le djihad. « Vousque la violence diabolique tourmente, vous que la folie meurtrière démoniaque entraîne à tuer […] priez Dieu de vous libérer de l’emprise du démon. Nous prions pour vous, nous prions Jésus qui guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du mal », a-t-il dit.

« Nous sommes blessés, atterrés, mais pas anéantis », a ajouté l’archevêque à la communauté catholique.

Vivre ensemble

« Après [l’attentat contre] Charlie Hebdo [en janvier 2015], j’avais posté cette phrase : “Oh mon Dieu, puissions nous garder tolérance et discernement.” Je ne pensais pas devoir m’appliquer cette phrase avec autant de force et de conviction », a déclaré, très émue, Jessica Deleporte, nièce du père Hamel. « Mais je vais le faire, et je vais réussir, pour toi, pour ce que tu étais, ce que tu es. »

Ceux qui n’avaient pu pénétrer à l’intérieur de la cathédrale gothique ont pu malgré la pluie suivre à l’extérieur, sur un écran géant, l’hommage rendu au père Hamel, tué pendant qu’il célébrait une messe matinale pour cinq fidèles.

Venir, « c’était un devoir. On est là pour le bon vivre ensemble », témoigne Hassan Houays, musulman et professeur de mathématiques à Saint-Étienne-du-Rouvray.

Cet assassinat, chargé de symboles, perpétré par deux djihadistes de 19 ans se réclamant du groupe État islamique (EI), a causé un vif émoi en France. Le religieux était connu localement pour son investissement personnel dans le dialogue interreligieux avec les musulmans de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Cet attentat, le dernier d’une longue série qui endeuille la France depuis un an et demi, a été commis 12 jours après le massacre de Nice (84 morts) perpétré par un Tunisien au volant d’un camion après le feu d’artifice du 14 juillet, sur la promenade des Anglais.

Les conditions de sécurité autour de la cathédrale ont été renforcées pour cette cérémonie. Vingt camions des forces de l’ordre pouvaient être ainsi dénombrés et toutes les personnes entrant dans l’édifice religieux ont dû se plier à des fouilles.

Réparation

Le père Hamel, originaire du nord de la France, ne sera pas inhumé à Rouen, mais en un lieu que la famille veut garder secret, et dans la plus stricte intimité familiale, selon ses proches.

L’église qui fut le théâtre du sordide assassinat restera quant à elle fermée pour plusieurs semaines, a fait savoir le diocèse, jusqu’à ce qu’un « rite pénitentiel de réparation » permette sa réouverture et la reprise du culte après la profanation.

Ces obsèques se déroulaient deux jours après que des centaines de musulmans sont allés prier dans les églises de France aux côtés des catholiques pour la messe dominicale, en signe de « solidarité » et d’« espérance ». Le pape François, évoquant dimanche cet attentat, a refusé de faire l’amalgame entre islam et violences.

Les deux responsables de l’attaque, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, qui vivaient à 700 kilomètres de distance et n’ont fait connaissance que quelques jours avant de passer à l’acte via une messagerie cryptée sur Internet, ont été tués par la police dans les minutes ayant suivi la prise d’otages.

Les représentants de la communauté musulmane de Saint-Étienne-du-Rouvray, où habitait Adel Kermiche, ont annoncé leur refus d’organiser son inhumation.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 3 août 2016 10 h 17

    Paix

    Belles paroles de l'archevêque et de la nièce du père Hamel. Que le saint homme repose en paix.

    M.L.