Politiques et religieux tentent de faire bloc

Des gerbes de fleurs ont été déposées mercredi devant l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, où un prêtre a été assassiné mardi. À Paris, dignitaires religieux français et politiciens ont assisté à une messe hommage à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Des gerbes de fleurs ont été déposées mercredi devant l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, où un prêtre a été assassiné mardi. À Paris, dignitaires religieux français et politiciens ont assisté à une messe hommage à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris.

L’organisation État islamique (EI) a diffusé mercredi soir la vidéo d’une déclaration d’allégeance des deux assassins d’un prêtre dans une église en France, alors que responsables religieux et politiques du pays affichaient leur unité quant aux risques de fractures.

Cette vidéo diffusée par l’agence Amaq, organe de propagande du groupe EI, montre deux jeunes hommes à côté d’une bannière de l’organisation, l’un d’eux récitant en arabe avec un fort accent le texte traditionnel d’allégeance à l’« émir des croyants » Abou Bakr al-Baghdadi.

Deux hommes ont égorgé mardi un prêtre et grièvement blessé une personne lors d’une prise d’otages dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans le nord-ouest de la France. Le groupe EI avait revendiqué aussitôt cet attentat.

Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences

 

Le président François Hollande, des responsables politiques de la majorité et de l’opposition, dont l’ancien président Nicolas Sarkozy, et des représentants de toutes les religions ont assisté mercredi à une messe à la mémoire de ce prêtre de 86 ans, Jacques Hamel, en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, donnant une image de cohésion à la France ébranlée par une succession d’attentats.

Loin des polémiques politiques surgies après l’attentat du 14 juillet sur les conditions de sécurité à Nice (84 morts) et des huées qui avaient accueilli le premier ministre Manuel Valls venu rendre hommage aux victimes, la cérémonie à Notre-Dame était empreinte de gravité et de recueillement. Avant leur sortie de l’édifice religieux, le président socialiste et l’archevêque de Paris, André Vingt-Trois, ont été applaudis. Dans la matinée, les responsables religieux avaient été reçus ensemble par François Hollande.

Pour Mgr Vingt-Trois, les croyants de France « ne doivent pas se laisser entraîner dans le jeu politique » du groupe EI, qui « veut dresser les uns contre les autres les enfants d’une même famille ».

L’enquête sur l’attaque contre l’église a permis d’établir l’identité d’un premier assaillant, Adel Kermiche, un Français de 19 ans.

Issu d’une famille d’origine algérienne sans histoire, mais souffrant de troubles du comportement, il était assigné à résidence avec un bracelet électronique depuis mars, après une dizaine de mois en prison, dans l’attente d’un procès pour avoir tenté à deux reprises, en 2015, de se rendre en Syrie. L’identification de son complice, dont le corps a été criblé par les balles des policiers, n’a pas encore été formellement établie. Les enquêteurs suspectent un homme de 19 ans, Abdel Malik P.

Devant les demandes de la droite pour un durcissement de la législation antiterroriste, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a rejeté l’idée d’une mise en rétention des personnes fichées pour radicalisation : « C’est anticonstitutionnel » et « totalement inefficace ».

Les appels à la « cohésion » de la société lancés par l’exécutif sont compliqués par la très forte impopularité de François Hollande, et alors que les positions de part et d’autre se durcissent aussi à l’approche de la présidentielle de 2017.

Traumatisme

La presse française dans son ensemble a demandé des « actes » au gouvernement, et aux Français de « faire bloc » alors que les attentats se multiplient contre le pays, engagé dans la lutte internationale contre le groupe EI en Irak et en Syrie.

L’assassinat du prêtre par des djihadistes est une première dans un lieu de culte catholique en Europe. Plusieurs hommages ou cérémonies sont prévus d’ici la fin de la semaine à Saint-Étienne-du-Rouvray, en banlieue de Rouen.

Dans un éditorial mercredi, le quotidien Le Monde souligne la nécessité de résister à la violence terroriste. « Ne pas y céder, jamais, est le premier acte de résistance d’une société telle que la nôtre — c’est aussi son honneur — et une première défaite infligée à l’ennemi. »

La France, parfois qualifiée de « fille aînée de l’Église » catholique, est le pays d’Europe ayant les plus fortes communautés musulmane (environ 5 millions) et juive (plus de 500 000 personnes).

L’assassinat du prêtre a traumatisé les Français bien au-delà des catholiques. À Saint-Étienne-du-Rouvray, dont le maire est communiste, roses blanches, ours en peluche et bougies s’accumulaient mercredi devant l’entrée de la mairie, ainsi que des messages, souvent anonymes, tels que : « Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences ».

« Le vrai risque, c’est une radicalisation d’une partie de l’opinion catholique, dont une part non négligeable déjà vote Front national », le parti d’extrême droite, juge cependant Odon Vallet, historien français des religions.

Frappée trois fois en 18 mois par des attentats djihadistes sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 le 13 novembre, 84 le 14 juillet), la France reste sous une « menace très élevée », a répété mardi François Hollande.

Le monde est «en guerre», estime le pape

Cracovie — Le pape François a estimé mercredi, en arrivant en Pologne au lendemain de l’assassinat d’un prêtre en France, que le monde était « en guerre », mais, a-t-il souligné, pas en guerre de religion. « Le monde est en guerre parce qu’il a perdu la paix, a dit le souverain pontife. [Mais] quand je parle de guerre, je parle d’une guerre d’intérêts, d’argent, de ressources, pas de religions. Toutes les religions veulent la paix, ce sont les autres qui veulent la guerre ». « […] Depuis longtemps le monde est en guerre fragmentée. La guerre qui était celle de 1914, puis de 1939-1945, et maintenant celle-ci. » Le pape utilise souvent le terme de « guerre fragmentée » pour décrire une guerre composée de différents événements violents.
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 28 juillet 2016 07 h 51

    Le primat de la sécurité


    Le gouvernement français est dans une situation extrêmement difficile. Comment assurer la sécurité de sa population sans trop rogner sur les libertés publiques? Une lassitude et une certaine colère se perçoivent chez celle-ci. La peur gagne aussi du terrain. Si les attentats n'arrêtent pas, le gouvernement devra assumer davantage sa première responsabilité, soit la protection, la sécurité des personnes. Le droit à la vie passe avant le droit à la liberté. Oui! La France vit et vivra sans doute encore des moments tragiques. Son gouvernement sera devant des choix très difficiles.


    Michel Lebel