François Hollande tente de maintenir l’unité du pays

Le président François Hollande a réuni mercredi un Conseil de sécurité et de défense pour étudier d’éventuelles nouvelles mesures de protection des lieux de culte.
Photo: Thibault Camus Agence France-Presse Le président François Hollande a réuni mercredi un Conseil de sécurité et de défense pour étudier d’éventuelles nouvelles mesures de protection des lieux de culte.

Face au risque de tensions après l’assassinat d’un prêtre dans une église par deux djihadistes, le président François Hollande a réuni mercredi les autorités religieuses pour tenter de maintenir la cohésion de la société française, déjà très ébranlée par l’attentat de Nice.
 

Parallèlement, l’enquête, qui a permis d’établir l’identité d’un premier assaillant, Adel Kermiche, un Français de 19 ans habitant près de l’église visée par cet attentat inédit, se poursuit pour identifier son complice.

À l’Élysée, les représentants des différentes religions ont demandé au chef de l’État une sécurité renforcée des lieux de culte et affiché leur unité.

Le recteur de la grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a fait part de la « sidération » des musulmans devant « un sacrilège blasphématoire ». L’archevêque de Paris Monseigneur Vingt-Trois a estimé que les croyants de France « ne doivent pas se laisser entraîner dans le jeu politique » du groupe État islamique (EI) qui « veut dresser les uns contre les autres les enfants d’une même famille ».

« En s’attaquant à un prêtre, on voit bien quel est l’objectif : jeter les Français les uns contre les autres, s’attaquer à une religion pour provoquer une guerre de religions », avait estimé dès mardi le premier ministre Manuel Valls.


Protéger les lieux de culte 

François Hollande a également réuni mercredi un Conseil de sécurité et de défense à l’issue duquel a été précisée la répartition des 10 000 militaires de l’opération Sentinelle de lutte antiterroriste qui viennent en appui des forces de police : 4000 militaires à Paris, 6000 en province pour tenir compte des vacances d’été.

Quelque 2500 personnes ont « manifesté leur intérêt » pour la réserve opérationnelle de la gendarmerie, qui doit participer à la sécurisation renforcée des événements et fêtes estivales, a indiqué le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Mardi soir, le président, dont la tâche est compliquée par une très forte impopularité depuis son accession au pouvoir, avait exhorté les Français à ne pas se diviser.

Dans un éditorial mercredi, le quotidien Le Monde souligne que les chefs djihadistes « appellent à cette guerre civile en France, pour faire croire que l’Occident est en guerre contre l’islam. Ils espèrent en finir avec cette anomalie, cette + zone grise +, selon leur expression, ce pays où des religions coexistent pacifiquement dans le cadre ancien, et tolérant, que nous appelons laïcité. […]. Ne pas y céder, jamais, est le premier acte de résistance d’une société telle que la nôtre — c’est aussi son honneur — et une première défaite infligée à l’ennemi ».
 

La presse française a demandé des « actes » au gouvernement et aux Français de « faire bloc » alors que les attentats se multiplient depuis dix-huit mois contre le pays, engagé dans la coalition militaire internationale contre le groupe EI en Irak et en Syrie. C’est la première fois qu’un lieu de culte catholique est attaqué en Europe par des djihadistes.

 
Nouvelle attaque 

Moins de deux semaines après le carnage de Nice (84 morts, plus de 350 blessés) perpétré par un Tunisien et revendiqué par le groupe EI, deux assaillants ont égorgé mardi un prêtre de 86 ans, Jacques Hamel, dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, banlieue ouvrière de Rouen (nord-ouest). 

Au préalable, les deux assaillants, abattus par la police alors qu’ils criaient « Allah Akbar » (en arabe : « Dieu est le plus grand »), avaient pris dans l’église six personnes en otages, dont le prêtre, trois religieuses et un couple de paroissiens, dont l’homme a été grièvement blessé par les djihadistes.

La France, parfois qualifiée de « fille aînée de l’Église » catholique, est le pays d’Europe avec la plus forte communauté musulmane (environ 5 millions) et juive (plus de 500 000 personnes). 

Roses blanches, ours en peluche et bougies s’accumulaient mercredi devant l’entrée de la mairie de Saint-Etienne-du-Rouvray, ainsi que des messages, souvent anonymes, tels que : « Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences ».

« Le vrai risque, c’est une radicalisation d’une partie de l’opinion catholique, dont une part non négligeable déjà vote Front national », le parti d’extrême droite, juge Odon Vallet, historien français des religions. « Désormais, il pourrait y avoir une opinion catholique, non pas unanime, mais assez importante qui demande des actes plus forts à l’égard de l’islamisme violent, avec le risque de s’en prendre à la communauté musulmane. Et c’est ce que cherche Daech [acronyme arabe de l’État islamique] : diviser et dresser musulmans contre catholiques ».


Le gouvernement Hollande critiqué

Mais sur le terrain politique, où la tension monte à l’approche de la présidentielle d’avril 2017, la polémique enclenchée au lendemain de l’attentat de Nice le 14 juillet a déjà rebondi : l’opposition de droite et d’extrême droite mettent chacune en cause l’efficacité de la politique antiterroriste du gouvernement.

Adel Kermiche était en effet déjà inculpé pour avoir tenté à deux reprises, en 2015, de se rendre en Syrie. Il était assigné à résidence avec un bracelet électronique depuis mars, après une dizaine de mois en prison.

   

Tout en défendant son action, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a rejeté l’idée d’une mise en rétention des personnes fichées pour radicalisation : « c’est anticonstitutionnel » et par ailleurs « ce serait totalement inefficace ».

   

Frappée trois fois en 18 mois par des attentats djihadistes sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 le 13 novembre, 84 le 14 juillet), la France reste sous une « menace très élevée », a répété mardi François Hollande.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 juillet 2016 11 h 04

    Tous les gens faisant parti de la fonction publique

    il est évident qu'avec la mondialisation c'est toute la fonction publique qui va devoir changée, les fonctionnaires satisfaits de leur sort et quelque peut amorphes vont devoir revoir leur facon de faire, c'est le monde qu'ils vont devoir observer du coin de l'oeil, peut etre revoir leur formation et l'actualisée , c'est pas vrai qu'un fonctionnaire nommé il y a 20 ans est encore a date, souvent il ignore meme, l'utilisation d'un ordi, dont il devient lui-meme un poid pour un état,moderne quand je parle de fonctionnaires je parle de tous ces gens faisant partis de la fonction publique

  • Maxime Parisotto - Inscrit 27 juillet 2016 12 h 02

    Oui l'objectif est de jetter les français les uns contre les autres. Beaucoup de français tombent dans le panneau.
    Et le front national est le gagnant et l'allié objectif de l'EI et des terroristes.

  • Michel Lebel - Abonné 27 juillet 2016 12 h 07

    À la hauteur!

    Suite à l'assassinat tragique du prêtre de Normandie, les interventions du président français et des principaux dirigeants religieux du pays ont été à la hauteur. Mais le gouvernement français devra faire plus en matière de sécurité et de renseignement. Mais il faut éviter de dresser les Français les uns contre les autres. Non à l'islamophobie!

    Michel Lebel