Les universités et les médias «purifiés»

Le régime Erdogan a étendu mardi à l’enseignement et l’audiovisuel ses purges dans les milieux proches du prédicateur Fethullah Gülen accusés d’être derrière le putsch avorté en Turquie, qui ont désormais tout d’une véritable épuration.

Le Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK) a demandé la démission des 1577 doyens d’universités publiques et rattachées à des fondations privées après l’échec du coup de force contre le président Recep Tayyip Erdogan, a rapporté l’agence de presse Anadolu.

Parallèlement, le Haut-Conseil turc de la radio et de la télévision (RTÜK) a retiré mardi leur licence aux chaînes de télévision et de radio proches de M. Gülen, prédicateur exilé aux États-Unis.

L’autorité audiovisuelle a annoncé avoir annulé « tous les droits de diffusion et licences délivrés à toutes les organisations [radios et télévisions] liées, en relation et soutenant le FETÖ/PDY », des acronymes désignant le mouvement de M. Gülen. Selon Anadolu, cette décision concerne au total 24 chaînes de télévision et radios, et 34 journalistes considérés comme étant proches du religieux se sont vu en outre retirer leur carte de presse.

Opération à grande échelle

« C’est une purge généralisée, une épuration dans tous les domaines », a estimé Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble (France).

Pour le politologue et universitaire Ahmet Insel, « les universités ne sont pas un nid güléniste », mais l’appel à la démission des doyens « vise à faire le tri » pour pouvoir « éliminer les éléments » appartenant à cette mouvance.

« C’est à la fois une réaction de bête blessée car le pouvoir a encore peur d’une réplique du coup d’État », dit-il, et le signe que « le pouvoir se préparait à de telles purges et a saisi l’occasion ».

Selon un comptage de l’AFP, au moins 25 000 fonctionnaires, dontplusieurs milliers de policiers et de gendarmes et des enseignants, ont été suspendus ou démis dans cette chasse nationale aux gülenistes. Les fonctionnaires mis à pied se sont vu interdire de quitter le territoire.

Chasse aux traîtres

Par ailleurs, 9322 militaires, magistrats et policiers font l’objet d’une procédure judiciaire, a déclaré le vice-premier ministre, Numan Kurtulmus.

« Nous allons les déraciner d’une manière telle que […] plus aucun traître, plus aucune organisation terroriste clandestine, plus aucun groupe terroriste séparatiste n’aura l’audace de trahir la Turquie », a déclaré le premier ministre, Binali Yildirim, évoquant les partisans de Fethullah Gülen.

Il s’est toutefois défendu de « tout esprit de vengeance » qui serait « absolument inacceptable dans l’État de droit », alors que la communauté internationale s’inquiète d’un déchaînement répressif en Turquie.

Le FMI a appelé à « préserver » les institutions démocratiques, « piliers » des progrès économiques de ce pays, après le putsch manqué qui a provoqué une « certaine volatilité » financière.

L’armée n’a pas été épargnée par les purges : au moins 118 généraux et amiraux ont été placés en garde à vue, selon Anadolu.

5 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 19 juillet 2016 09 h 00

    85 HAUT GRADÉS..

    .. écartés: Staline n'aurait pas fait mieux.

    Ça lui a coûté - à l'oncle Joe ainsi qu'au peuple russe - l'avancée spectaculaire des Allemands en 41..
    Quels seront les conséquences à moyen et à long terme, en Turquie?

    Brexit, la Turquie, les attentats, 2016 aura décidément amené son lot à l'Europe...

  • Nicole Delisle - Abonné 19 juillet 2016 14 h 57

    Cela devient de plus en plus inquiétant!

    Cette purge à tous les niveaux de la société va permettre à M. Erdogan d'infiltrer
    partout ses hommes loyaux et à son service qui seront ses rapporteurs officiels et
    qui asseoiront sa dictature. Le peuple qui l'appuie ouvertement aujourd'hui risque de
    le regretter amèrement dans quelques temps. Enfin, c'est ce que je crois et l'avenir dira si les faits énoncés s'avèreront. Mais chose certaine, la Turquie ne semble pas s'aligner sur une démocratie ouverte. Et c'est le peuple qui risque d'en payer le prix.

    • Daniel Vézina - Abonné 19 juillet 2016 20 h 01

      Exactement. Quand tu "nettoies" dans autant de domaine (éducation, journalisme, justice, l'armée), c'est carrément limpide que tu es en train d'instaurer un régime autoritaire avec uniquement tes pions qui "pensent" comme toi.

      Mustafa Kemal Ataturk doit tellement se revirer dans sa tombe le pauvre...

  • Daniel Vézina - Abonné 19 juillet 2016 17 h 34

    Et je le répète encore....

    ...qu'Erdogan est un despote qui continue de faire le "nettoyage" de tout ce qui ne lui plait pas ou est contre son régime dictatorial.

    Aux dernières nouvelles, je ne crois pas avoir "violé" la netiquette que d'avoir simplement mentionné que je considère M. Erdogan comme un dictateur, si vous avez lu au minimum ce qui se passe actuellement en Turquie.

  • Cécile Comeau - Abonnée 20 juillet 2016 22 h 34

    État de droit, mon œil !

    À quel droit le premier ministre de Turquie se réfère-t-il, quand il se défend de « tout esprit de vengeance » qui serait « absolument inacceptable dans l’État de droit »? Les juges sont en état d’arrestation. Il n'y a plus de juges dignes de ce nom encore en fonction en Turquie. Qui va juger les présumés traîtres? Des tribunaux islamiques? La présomption d'innocence ne sera pas prise en compte. Ni le droit à une défense pleine et entière non plus. Quelqu'un connait-il la traduction turque pour les mots torture, cimetière, fosse commune et goulag?