La piste du terrorisme islamiste se confirme

La piste d’un attentat terroriste islamiste ne semble plus faire de doute en France alors que l’enquête sur le massacre survenu à Nice le 14 juillet et revendiqué par le groupe État islamique (EI) avance rapidement. Pendant que le débat politique s’intensifie sur les mesures de sécurité à prendre, le carnage qui a fauché 84 vies sur la promenade des Anglais apparaît de plus en plus comme un geste terroriste mûrement réfléchi et exécuté.

Plus l’enquête avance, plus les informations recueillies par la police laissent penser que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, que l’on pouvait d’abord juger comme un simple déséquilibré, et qui n’avait pas été repéré par les services de renseignement, apparaît comme un terroriste relativement classique, même s’il s’était « radicalisé très rapidement », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été

 

Les 200 enquêteurs qui travaillent sur l’enquête ont découvert qu’avant de foncer dans la foule l’homme avait envoyé un texto dans lequel il se félicitait de s’être procuré un pistolet 7,65 mm et réclamait d’autres armes (« Amène plus d’armes, amènes-en 5 »). Dans son ordinateur, on a aussi découvert que cet homme particulièrement violent avec les femmes et qui ne respectait pas le ramadan consultait des sites islamistes violents mettant en scène des décapitations. Selon une voisine citée par le Journal du Dimanche, il venait de renoncer à l’alcool.

Un attentat planifié

Les policiers recherchent tout particulièrement les destinataires des textos de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Parmi les sept personnes mises en garde à vue depuis le début de l’enquête, un couple d’Albanais est soupçonné d’avoir procuré au tueur l’arme de poing qu’il a utilisée. Ces deux personnes seraient connues pour des faits relatifs à la traite d’êtres humains. Selon Le Monde, le téléphone du tueur aurait révélé des noms « intéressants ». Le quotidien cite aussi une source évoquant des relations communes avec Omar Diaby, une figure du djihadisme niçois proche du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda concurrente du groupe EI. Les inspecteurs tentent aussi de retrouver les destinataires des photos que le tueur a lui-même prises au volant de son camion peu avant l’attentat.

Chose certaine, le crime a été minutieusement planifié. Le terroriste avait réservé le poids lourd à Saint-Laurent-du-Var dix jours plus tôt. Selon l’AFP, il avait repéré les lieux les 12 et 13 juillet avec son camion, ce qui l’a aidé à pénétrer sur la promenade des Anglais en contournant les voitures de police bloquant l’avenue et à poursuivre sa course sur le trottoir sur deux kilomètres de long. Le 14 juillet, il avait même fait des selfies avec des soldats.

Depuis une semaine, Lahouaiej Bouhlel avait vidé son compte en banque et vendu sa voiture. Selon son frère Jaber, interviewé par le Daily Mail de Londres, il aurait fait parvenir une somme de 100 000 euros à sa famille il y a quelques jours. L’information a cependant été démentie par Nice Matin.

La revendication de l’attentat et « la radicalisation rapide du tueur viennent confirmer le caractère islamiste de cette attaque, a indiqué Manuel Valls. Daech [acronyme arabe du groupe EI] fournit à des […] déséquilibrés un kit idéologique donnant sens à leurs actes. […] C’est sans doute le cas de l’attentat de Nice ».

Selon l’expert David Thomson, interviewé par l’AFP, le groupe EI n’est « pas forcément commanditaire » des attentats qu’il revendique, mais il n’a « jamais » revendiqué une attaque à tort.

La confiance en Hollande chute

Les mesures du gouvernement français, qui proposera demain à l’Assemblée nationale de prolonger l’état d’urgence, ne convainquent pas une majorité de Français. Selon un sondage Ifop publié ce lundi par Le Figaro, 67 % des Français ne font pas confiance au gouvernement pour combattre le terrorisme. L’embellie qu’avait connue la cote du président après les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre risque de ne pas se reproduire cette fois.

Après l’ancien premier ministre Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, ce fut au tour de l’ancien président Nicolas Sarkozy de critiquer sévèrement le gouvernement. Dimanche sur TF1, le président des Républicains a déclaré que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Selon lui, les 11 400 personnes fichées comme islamistes par les services de renseignement devraient être évaluées et les plus dangereux munis de bracelets électroniques, assignés à résidence ou regroupés dans des centres de détention. Il propose de plus la « fermeture des lieux de culte dont nous ne voulons pas sur notre territoire ». De son côté, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a appelé à « employer tous les moyens légitimes » de la Constitution et de la législation pour « désarmer et éradiquer l’islamisme radical ».

Depuis quelques jours, de nombreux experts et plusieurs élus s’interrogent sur l’utilité de l’état d’urgence et de la présence des militaires dans tous les lieux critiques. D’autres remettent en question les rassemblements qui n’ont cessé de se multiplier en France ces derniers mois à cause des manifestations syndicales et de l’Euro.

« Nommer le mal »

Sur BFMTV, l’expert en renseignement Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, a réclamé « plus de renseignements humains » et « moins de renseignements techniques ». Mais pour l’essayiste Thibault de Montbrial, interviewé par Le Figaro, « il faut au préalable réussir à nommer le mal qui nous frappe : l’islamisme radical. Et prendre conscience de ce que notre problème n’est pas en Syrie et en Irak, mais bien sur notre territoire, où des milliers d’islamistes sont en capacité de passer à l’action, eux-mêmes soutenus par un second cercle de plusieurs dizaines de milliers de sympathisants ».

À Nice, 18 blessés sont toujours entre la vie et la mort. Pour la troisième fois depuis 18 mois, une minute de silence se tiendra lundi midi dans toute la France.

 

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7 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 18 juillet 2016 04 h 03

    Identifier la source du mal pour l'éradiquer...

    « Il faut au préalable réussir à nommer le mal qui nous frappe : l’islamisme radical.»

    De peur de se faire accuser d'islamophobe certains politiciens ou certaines gens dites bien pensantes refusent de nommer le mal et son origine...Combien de morts faudra-t-il encore avant que ceux-ci et ceux-là acceptent d'identifier la source réelle de ce mal, déjà identifiée par Salman Rhusdie dans ses «versets sataniques» ? La radicalité du message coranique de certaines sourates doivent être mises au banc des accusés...Et c'est aux adeptes de cette religion que revient la charge de corriger ces versets contreversés, puisque ce sont eux qui en souffrent le pluis...Bien identifier la source du mal islamique est une condition sine qua non pour l'éradiquer...

  • Gilles Théberge - Abonné 18 juillet 2016 09 h 43

    Il faut que les mahométans fassent leur "aggiornamento"

    C'est la condition essentielle d'un ra tour à la paix.

    Il faut qu'ils reviennent à la raison qu'ils ont semble-t'il perdue !

  • Marc Leclair - Inscrit 18 juillet 2016 11 h 22

    Le mal... mais qu'est-ce donc?

    Nommer le mal....

    c'est bien vague tout ça.

    Ce mal, est-ce vraiment l'islamisme radical? Ou plutôt un mal de vivre généralisé?

    Si l'on se fie à tout ce qui se déroule un peu partout dans ce monde, force est de contaster que l'humanité est souffrante et confuse. L'islamisme radical n'est pour moi qu'un symptôme parmi tant d'autres. Ses dévots sont si insaisissables et imprévisibles qu'il m'est difficile d'en faire l'ultime responsable. Il est simpliste de jeter le blâme sur un seul fautif. Comment expliquer que des jeunes de diverses cultures et religions, à l'aube de leurs plus belles années, soient soudainement séduits par une religion dont ils en connaissent à peine les fondements, au point d'en sacrifier leurs vies et gâcher celles de leurs proches?

    Je crois que le malaise est beaucoup plus complexe.

    Plus que jamais, il y a un urgent besoin de croire et de se rallier à une cause, et la cause vedette de l'heure c'est l'islamisme radical. L'ultime cause qui justifie tout.

    Une façon d'y remédier à mon avis serait d'abord de ne pas tomber dans les généralités, qui en fin de compte ne font que diviser et entretenir la discrimination envers l'Islam. Et surtout de méditer sur nos sociétés actuelles et de notre responsabilité sociale en tant qu'individu.

    Enfin, je ne crois pas détenir la solution, ce n'est que mon humble point de vue.

    Bonne journée!

    • Jacques Pelchat - Abonné 18 juillet 2016 13 h 39

      Bonjour Monsieur Leclair, J'ai partagé avec plaisir votre commentaire sur ma page Facebook car il correspond bien à ma perception de la situation actuelle. Merci beaucoup pour votre pertinent commentaire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2016 17 h 27

      Voilà des propos bien raisonnables, monsieur.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 juillet 2016 18 h 14

    Il faut le faire

    Tout porte à croire que le trip islamiste n'est que le dernier épisode d'une longue suite de comportements agressifs sans lien avec l'Islam, qu'il ne pratiquait pas. Mais il suffit qu'il se soit réclamé de quelques sourates pour que la piste d'un complot islamiste soigneusement planifié se confirme. Décidément, quand la droite nationaleuse se cherche des alibis pour appeler au matage des arabo-musulmans (ajoutez donc qu'il était bisexuel, pour faire bonne mesure, tiens), rien ne l'arrête.

  • Martin Dumas - Inscrit 19 juillet 2016 07 h 38

    Etrange...

    Étrange que le journaliste ne laisse filtrer dans ce texte que des informations donnant d'abord à penser que le problème central de la triste affaire Niçoise renverrait bien davantage au terrorisme islamiste qu'aux problèmes d'intégration sociale. Étrange qu'on semble ici plus intéressé par l'islamisme radical qu'à l'islamisation (tardive) d'une personne déjà radicalisée. Les lecteurs sérieux doivent demander plus de rigueur de la part des bons journalistes.