La France frappée de nouveau, mais pourquoi?

Après Charlie Hebdo en janvier 2015, puis Paris en novembre dernier, la France est de nouveau frappée de plein fouet par le terrorisme. Un autre choc terrible, mais qui risque de ne pas être le dernier pour ce pays en guerre contre le groupe État islamique et aux prises avec une situation intérieure propice à l’éclosion d’individus radicalisés.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le président français François Hollande a condamné rapidement un acte à « caractère terroriste ». Et vendredi, le premier ministre Manuel Valls est allé jusqu’à dire que le meurtrier de Nice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, était « sans doute lié à l’islamisme radical d’une manière ou d’une autre ». Le ministère de l’Intérieur n’a toutefois pas confirmé cette hypothèse, et aucune organisation terroriste n’a revendiqué l’attentat.

S’il semble donc trop tôt pour tirer des conclusions sur les motivations du tueur, la question est déjà lancée : pourquoi la France est-elle de nouveau frappée par une telle folie meurtrière ?

Appel islamiste

Professeur agrégé à l’Université Laval et spécialiste du terrorisme et de la violence politique, Stéphane Leman-Langlois se montre lui-même très prudent sur le caractère de l’attentat de Nice. Il rappelle toutefois l’appel lancé en septembre 2014 par le groupe armé État islamique (EI) et qui plaidait en faveur d’une action contre les « croisés » membres de la coalition internationale qui intervient en Syrie et en Irak, et dont la France fait partie.

« Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen, en particulier les méchants et sales Français, […] alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. […] Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec sa voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le », avait alors lancé son porte-parole, Abou Mohammed al-Adnani, dans un message audio.

Cette invitation à lancer des actions peu sophistiquées visait à activer des sympathisants lointains, parfois fragiles psychologiquement, sans liens opérationnels avec l’organisation, quitte à légitimer leurs pulsions morbides sous la bannière du djihad. « Ces conseils s’adressent donc clairement au plus grand nombre et cherchent à susciter des vocations chez n’importe quel individu », résume d’ailleurs une note de la Direction générale de la Sécurité intérieure de France.

Selon M. Leman-Langlois, le mode opératoire de ce 14 juillet correspond d’ailleurs en tous points aux préconisations du groupe EI. Ce type d’attaque est en effet relativement « facile » à organiser, en plus d’être « très efficace » pour semer la mort à grande échelle. Et l’objectif de ces attaques « artisanales » est explicite : créer une menace permanente, une peur diffuse, susceptible d’alimenter un choc de civilisation et un état de guerre civile larvée en Europe, identifiée comme le ventre mou de l’Occident.

Un pays divisé

Au-delà de l’implication militaire française contre plusieurs mouvements islamistes, susceptible d’alimenter le discours de haine du groupe EI, le professeur Stéphane Leman-Langlois insiste sur la situation intérieure très problématique de France. « Il existe un problème particulier avec la réalité de l’immigration, surtout avec celle provenant d’Afrique du Nord. Il existe des difficultés d’intégration sur le plan culturel, et non pas seulement sur le plan économique. » Au final, dit-il, plusieurs se sentent carrément « en marge » de la société française en raison de leur origine et leur religion.

Nice serait d’ailleurs un terreau particulièrement propice, puisque la ville est connue depuis plusieurs années par les services de renseignement pour abriter un foyer de radicalisation islamiste sur lequel a plané l’ombre d’un des principaux recruteurs français pour le djihad. Vendredi, on ignorait toutefois si l’auteur de l’attentat de Nice, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, était lié à une cellule de ce genre.

« Il ne faut pas exclure le terrorisme », a justement fait valoir vendredi Stéphane Berthomet, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, sur les ondes de RDI. « Il y a beaucoup de radicalisation dans certaines cités niçoises. » Il a toutefois insisté sur la nécessité de ne pas tirer de conclusions trop hâtives sur les événements, surtout quelques heures à peine après cette attaque délibérée.

Pour le premier ministre français, Manuel Valls, il est cependant clair que ce nouvel attentat en sol français risque de ne pas être le dernier. « Il y aura sans doute encore des victimes innocentes […] La vérité, je la dois aux Français », a-t-il affirmé vendredi, dans le cadre d’une entrevue télévisée.

Avec Le Monde

 

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