L’impossible sécurisation des villes

«En réalité, l’implication des militaires à l’intérieur de nos frontières, qui peut paraître sympathique et rassurante, peut aussi potentiellement s’avérer dangereuse», a soutenu le journaliste de France Inter Thomas Legrand.
Photo: Michael Probst Associated Press «En réalité, l’implication des militaires à l’intérieur de nos frontières, qui peut paraître sympathique et rassurante, peut aussi potentiellement s’avérer dangereuse», a soutenu le journaliste de France Inter Thomas Legrand.

Il y a eu l’attaque à la Kalachnikov et au lance-roquettes à Charlie Hebdo en janvier 2015. Puis, il y a eu celles aux fusils d’assaut au Bataclan, ainsi que l’attentat à la bombe à proximité du stade de France en novembre 2015. Et il y a eu l’attentat de Nice, où un camion a été utilisé pour tuer.

Plusieurs exercices de sécurité avaient été effectués à Nice dans la foulée des attentats de Paris en janvier et en novembre 2015. Les autorités croyaient avoir pensé à tout. Elles ont eu tort. Armé d’un camion, un homme de 31 ans a déjoué leur dispositif de sécurité.

La ville de la Côte d’Azur s’était attelée à la tâche… de contrer une attaque terroriste. En prévision du Festival de Cannes, les autorités ont cherché à perfectionner des méthodes consistant à résister à une cyberattaque. Elles s’étaient aussi lancées dans la « sécurisation de la mer », en élaborant des mesures de contrôle pour toutes les embarcations approchant des côtes.

La France est affligée par cette nouvelle tragédie. Elle est horrifiée par ce qui vient de se produire, cette monstruosité qui consiste à utiliser un camion pour tuer, délibérément tuer, des dizaines de personnes qui venaient simplement pour fêter le 14 juillet.

 

Puis, Nice a dû organiser un exercice de simulation en présence du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), et ce, comme toutes les villes hôtes d’un match de l’Euro de football. Les autorités devaient parer à toute éventualité, y compris un afflux de blessés provoqué par une attaque contre le stade de Nice, l’Allianz Riviera, où quatre matchs de l’Euro étaient prévus. « Toutes les hypothèses seront testées, y compris les attaques nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique », soulignait le sous-préfet des Alpes-Maritimes, François-Xavier Lauch, à la presse au printemps dernier.

Le Carnaval, le Festival de Cannes et l’Euro ont eu lieu sans encombre. Toutefois, Nice a été le théâtre le 14 juillet de l’attaque la plus mortelle menée par un seul homme en Occident. Au volant d’un camion blanc, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a frappé d’horreur la France.

« Banaliser l’esprit de terreur »

Il était « extrêmement difficile » pour les forces de l’ordre de « contrer » l’attaque terroriste de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, estime l’ex-commandant au GIGN, Frédéric Gallois. « À défaut de moyens sophistiqués comme des explosifs ou de l’armement lourd, etc., il est conseillé aux terroristes d’utiliser des moyens de fortune. Finalement, cette simplicité, cette rusticité, voire cette approche très dégradée, deviennent paradoxalement un atout pour le terroriste, puisqu’il passe en dessous des contrôles radars », a-t-il expliqué sur les ondes de Radio-Canada vendredi. « La banalité, la facilité de ce mode d’action fait planer une sensation de menace chez tous les Français », a ajouté le cofondateur de la société spécialisée en sécurité et sûreté Gallice Group.

Devant « la menace du terrorisme islamiste », le président François Hollande a annoncé la prolongation de l’état d’urgence pour une durée de trois mois.

Il a aussi fait appel à la réserve opérationnelle, formée d’anciens militaires et gendarmes, tout en convenant de « maintenir à un haut niveau l’opération Sentinelle ». Celle-ci consiste à mobiliser 10 000 militaires, en plus de gendarmes et de policiers pour assurer une présence, tout particulièrement dans les sites touristiques, les lieux de culte et les gares.

Aux yeux de plusieurs commentateurs politiques, mais également d’experts en sécurité, la stratégie Hollande, au premier chef « Sentinelle », constitue ni plus ni moins une opération de « réassurance psychologique de masse ». « En réalité, l’implication des militaires à l’intérieur de nos frontières, qui peut paraître sympathique et rassurante, peut aussi potentiellement s’avérer dangereuse », a soutenu le journaliste de France Inter Thomas Legrand. « Pourquoi dangereuse ? D’abord parce que c’est une illusion. On se sent rassuré quand on voit des militaires patrouiller, mais ça n’a que très peu d’efficacité opérationnelle, c’est, comme le souligne le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre dans un article d’une revue spécialisée, “une ligne Maginot” post-Charlie. »

Avec l’Agence France-Presse et Le Monde

 

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