L'horreur. Encore.

Un camion de plusieurs tonnes a foncé dans la foule réunie sur la promenade des Anglais, à Nice, vers la fin des feux d’artifices de la fête nationale. Au moins 84 personnes sont mortes.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse Un camion de plusieurs tonnes a foncé dans la foule réunie sur la promenade des Anglais, à Nice, vers la fin des feux d’artifices de la fête nationale. Au moins 84 personnes sont mortes.

C’était une soirée chaude à Nice, un moment pour les Français de se retrouver, de respirer l’air de la Côte d’Azur et de célébrer leur pays, comme ils le font tous les 14 juillet. La promenade des Anglais, haut lieu touristique au paysage paradisiaque, s’est transformée en enfer jeudi quand le conducteur d’un camion de plusieurs tonnes a foncé dans la foule et fauché au moins 84 vies.

L’attaque, dont le caractère terroriste « ne peut être nié », selon le président français, François Hollande, a coûté la vie à plusieurs enfants et fait au moins une vingtaine de blessés.

Vers 22 h 30, les milliers de personnes rassemblées au bord de la Méditerranée ont commencé à courir pour échapper au camion fou. Dans la foule, il y avait Amhai Sharib, venu de la ville de Fréjus avec ses deux filles pour voir les feux d’artifice. « Il y a eu un gros mouvement de foule, on entendait les gens crier, pleurer. Il [le camion] fonçait partout, dans les murs, dans un poteau en reculant et en partant. On entendait crier, pleurer au secours, il fonçait tout droit, comme s’il n’y avait rien devant lui », a-t-il raconté, quand Le Devoir l’a joint chez un homme qui avait offert de l’héberger, quelques heures après l’attaque. Près de lui, Léa et Éva avaient cessé de pleurer. Elles étaient devenues silencieuses. « Je pense qu’elles sont en état de choc », a laissé tomber le papa.

Quand le mouvement de foule a commencé à la transporter, Léa est tombée. Elle s’est ouvert le genou. Son papa l’a prise dans ses bras ; il a tenu sa soeur par la main. Et il a couru. « Dans la rue, je devais cacher les yeux de ma fille, parce qu’il y avait plein de sang, a rapporté Amhai Sharib. On se retrouve avec plein de gens par terre, morts. »

Célia Delcourt, 18 ans, a aussi été emportée par la foule. « Pendant une dizaine de minutes, les gens s’arrêtaient, les gens se remettaient à courir, on courait aussi, a-t-elle affirmé au Devoir. On ne savait jamais ce qui se passait. C’était la panique, le stress, l’incompréhension. »

Une violence absolue

Selon ce qu’ont rapporté les autorités jeudi soir, le camion — qui était possiblement chargé d’armes et de grenades — a avancé sur une distance de deux kilomètres avant d’être neutralisé. Le chauffeur a été abattu. Selon une source policière qui s’est confiée à l’Agence France-Presse, des papiers d’identité au nom d’un Franco-Tunisien ont été retrouvés dans le camion.

Photo: Agence France-Presse / BFM TV François Hollande s'est adressé à la nation au milieu de la nuit.
 

« Cette attaque, dont le caractère terroriste ne peut être nié, est encore une fois d’une violence absolue », a déclaré François Hollande, dans une annonce à la nation tenue au milieu de la nuit. « Nous verrons s’il avait des complices. » Ironie du sort, le président français annonçait plus tôt jeudi que l’état d’urgence, décrété après les attentats du 13 novembre, ne serait pas prolongé au-delà du 26 juillet puisqu’une loi votée en mai a renforcé l’arsenal sécuritaire de la France. Il a dû se raviser. « Rien ne nous fera céder dans notre volonté de lutter contre le terrorisme et nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak », a-t-il affirmé, en annonçant du même souffle que l’état d’urgence sera prolongé de trois mois. François Hollande fera enfin appel à la réserve opérationnelle, afin qu’elle « soulage » les effectifs de policiers et de gendarmes et qu’elle participe au contrôle des frontières.

La section antiterroriste du parquet de Paris a annoncé s’être saisie de l’enquête, bien qu’aucun groupe terroriste n’eût revendiqué l’attaque dans les heures la suivant. Sur les canaux favorables au groupe armé État islamique (EI), les effusions de joie étaient nombreuses. « Mais cela peut vouloir dire une chose et son contraire : nous avons vu des comptes pro-EI célébrer des attentats qui n’avaient pas été perpétrés par EI », a cependant souligné sur Twitter Rukmini Callimachi, spécialiste des questions terroristes et journaliste au New York Times.

Quand même, la thèse de l’attentat terroriste était largement employée. « Nous sommes solidaires de la France, notre plus vieil allié, au moment où elle fait face à cette attaque », a ainsi déclaré le président des États-Unis, Barack Obama, à propos de « ce qui semble être une horrible attaque terroriste ». Au pays, le premier ministre Justin Trudeau a offert ses condoléances au peuple français. « Les Canadiens sont bouleversés par l’attentat de ce soir à Nice. Notre sympathie va aux victimes et notre solidarité, au peuple français », a-t-il écrit sur Twitter.

« Ça recommence »

En France, des résidants abasourdis pleuraient une nouvelle attaque contre leur pays, encore frappé en plein coeur de son identité. « [Il y a] plusieurs hypothèses, mais dans le climat de notre pays, après Charlie Hebdo, après le Bataclan, on pourrait dire qu’on est passé à autre chose, mais non, on n’est pas passé à autre chose », s’est désolé l’ex-maire de Nice, Christian Estrosi, en direct sur la chaîne BFMTV. Amhai Sharib aussi a poussé un soupir. « On était venus voir le festival, c’est quelque chose qu’on fait chaque année. On se dit que c’est fini, mais après, ça recommence… » Sur son blogue, le journaliste de Nice Matin Damien Allemand a lui aussi partagé son incrédulité. « Ce camion de la mort est passé à quelques mètres de moi et je n’ai pas réalisé, a-t-il écrit. J’ai vu des corps [qui] volaient comme des quilles de bowling sur son passage. Entendu des bruits, des hurlements que je n’oublierai jamais. J’étais tétanisé. Je n’ai pas bougé. J’ai suivi ce corbillard des yeux. Autour de moi, c’était la panique. Les gens couraient, criaient, pleuraient. Alors, j’ai réalisé. Et j’ai couru avec eux. »

De leur maison, à trois rues de la promenade, Michèle Blouin et Jean-Guy Martin entendaient encore les sirènes au beau milieu de la nuit. Quelques heures avant, ils étaient là, face à la mer. Ils sont rentrés plus tôt à cause du vent. Pour la première fois en 15 ans, ils ont manqué le feu d’artifice. « Voilà comment on détruit un paradis, a résumé Michèle Blouin. Maintenant, il faut savoir si nos amis sont rentrés et déjà, la liste des victimes commence à être révélée. Le cauchemar ne fait que commencer. »

12 commentaires
  • Cécile Comeau - Abonnée 15 juillet 2016 01 h 28

    Intégrisme religieux et islamisme

    Encore une fois. Une fois de trop. L’intégrisme religieux frappe lâchement la France un 14 juillet, dans une foule de personnes en fauchant hommes, femmes et enfants venus fêter leur pays de liberté, d’égalité et de fraternité. En frappant le 14 juillet, c’est toute la France qui est visée pour lui signifier la négation de ce qu’elle est et la volonté de la détruire dans sa démocratie et de ses fondements. Je pleure avec vous, amis de France, et je suis indignée par cet acte barbare. Toutes mes condoléances aux familles des victimes. Bon courage.

  • Stéphane Laporte - Abonné 15 juillet 2016 02 h 20

    Pitié

    Dites-moi, comment on fait pour survivre à tout ça? Combien d'attentat et de tuerie peut-on endurer par année? Par mois? Ça n'arrête pas. J'aimerais de plus en plus que la terre s'arrête de tourner pour descendre.

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 juillet 2016 12 h 50

      Demandez à des Syriens et à des Irakiens. Ils en ont tous les jours.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 15 juillet 2016 03 h 13

    Sant mot

    Je me demande comment un être humain peut faire cela à d'autres personnes, et je me demande, comment se fait-il que le camion a pu parcourir une si grande distance avant d'être maîtrisé?

    • Louise Collette - Abonnée 15 juillet 2016 08 h 51

      C'est aussi ce que je ne comprends pas, il a eu le temps de frapper tous ces gens...je ne m'explique pas, était-il aussi armé ?..
      Quelle tristesse cet événement.

  • Marie Nobert - Abonnée 15 juillet 2016 03 h 14

    Le «corbillard» de Damien Allemand et «Barthes».

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Michel Lebel - Abonné 15 juillet 2016 08 h 55

    Condoléances

    Condoléances aux Français si cruellement éprouvés et vive la France!

    Michel Lebel