80 morts à Nice, l'état d'urgence prolongé

Le camion qui a foncé sur la foule
Photo: Source Nice-Matin Le camion qui a foncé sur la foule

Un camion a foncé dans une foule de gens réunis pour assister aux feux d’artifice de la fête nationale, tard jeudi à Nice, en France. Au moins 80 personnes ont été tuées avant que le chauffeur ne tombe sous les balles de la police, ont affirmé les autorités.

Le président français, François Hollande, a parlé d’une attaque «dont le caractère terroriste ne peut pas être ignoré».

Prenant la parole à Paris vendredi, un peu après 3h30 (heure locale), M. Hollande a déclaré que la France avait été frappée le 14 juillet «parce que les droits de l’homme sont niés par les fanatiques».

M. Hollande, qui doit se rendre vendredi à Nice, a aussi déclaré que «toute la France était la cible du terrorisme islamiste».

L’état d’urgence, qui devait être levé le 26 juillet, devrait être prolongé de trois mois. Un projet de loi sera soumis à cet effet d’ici la semaine prochaine.

M. Hollande a également dit qu’il ferait appel à la «réserve opérationnelle» en France et que les actions du pays seraient renforcées en Syrie et en Irak.

Scène d'horreur
Le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a déclaré que le camion a foncé dans la foule sur une distance de deux kilomètres, tuant 77 personnes et en blessant 50 autres.

M. Ciotti a dit à BFM TV que la police avait tué le chauffeur «apparemment après un échange de coups de feu». Présent sur les lieux, M. Ciotti a parlé d’une «scène d’horreur».

Le président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Christian Estrosi, a affirmé que le camion était rempli d’armes et de grenades, et que le chauffeur a été tué par la police.

M. Estrosi a affirmé en point de presse que, selon «plusieurs informations des services de police», le conducteur aurait «structuré et prémédité» son intervention et aurait «même utilisé une arme à feu par la fenêtre». «C’est à ce moment qu’il aurait été tué par les autorités», a-t-il affirmé, depuis une cellule de crise à Nice.

D’autres officiels et des témoins ont décrit l’événement comme une attaque délibérée.
Sylvie Toffin, des relations médias de la préfecture locale, a affirmé que le camion avait frappé plusieurs personnes le long de la promenade des Anglais près du Palais de la Méditerranée, un édifice faisant face à la plage.

Un témoin, Wassim Bouhlel, a affirmé à l’Associated Press avoir vu un chauffeur de camion foncer dans la foule, et puis sortir en tirant avec une arme à feu.

Mme Toffin a affirmé que selon ses informations, il n’y avait pas eu de coups de feu. Elle a confirmé que l’événement était délibéré.

«C’est une attaque», a-t-elle affirmé. Elle disait ne pas avoir de détails sur les victimes.
M. Bouhlel, un natif de Nice ayant parlé à l’AP près de la promenade des Anglais, a parlé d’un «carnage», disant avoir vu «des corps partout».

Dispositif de sécurité

Moins d’une heure après les faits, la préfecture des Alpes-Maritimes a évoqué un attentat, et demandé à la population de rester cloîtrée chez elle. Un important dispositif de sécurité a été délimité dans le centre de Nice, où de nombreuses ambulances, des membres des forces de l’ordre et des militaires se sont déployés.
 

À proximité de la Promenade des Anglais totalement bouclée, la place Masséna, en plein centre de la ville, était elle aussi complètement inaccessible jeudi peu avant minuit, selon un autre correspondant de l’AFP sur place.
 

Témoignages
 

«C’était un chaos absolu, des gens hurlaient», a raconté un journaliste de l’AFP présent jeudi sur la Promenade des Anglais à Nice, dans le sud de la France, lorsqu’un camion a foncé dans la foule et tué au moins 60 personnes.
 

Un camion blanc «a foncé à pleine vitesse sur les personnes qui commençaient à quitter» la Promenade des Anglais à la fin du feu d’artifice, a raconté Robert Holloway.

Selon le parquet de Nice, l’attentat a fait «au moins 60 morts», fauchés sur une distance de 2 km.

 

«Le camion est passé juste à côté de moi et je n’ai eu que quelques secondes pour me mettre à l’abri», a témoigné le journaliste, encore très choqué.
 

«J’ai sauté sur le côté» pour éviter le camion. «Des débris volaient partout et j’ai dû me protéger le visage», a-t-il poursuivi.
 

Ensuite, c’était «un chaos absolu». «Des gens hurlaient», a-t-il  raconté, ajoutant qu’il avait très vite compris, «qu’un camion de cette taille avec une trajectoire en ligne droite» ne pouvait être qu’un «acte totalement délibéré».
 

Moins d’une heure après les faits, la préfecture des Alpes-Maritimes a demandé à la population de rester cloîtrée chez elle. Un important dispositif de sécurité a été délimité dans le centre de Nice, où de nombreuses ambulances, des membres des forces de l’ordre et des militaires se sont déployés.
 

A proximité de la Promenade des Anglais totalement bouclée, la place Masséna, en plein centre de la ville, était elle aussi complètement inaccessible jeudi peu avant minuit, selon un autre correspondant de l’AFP sur place.


Le soutien de Barack Obama

À Washington, le président des États-Unis Barack Obama a été informé jeudi soir de la situation à Nice.
 

«Le président a été informé de la situation à Nice et son équipe de sécurité nationale le tiendra au courant de l’évolution de la situation», a déclaré Ned Price, porte-parole de l’exécutif américain.

«Nous sommes solidaires de la France, notre plus vieil allié, au moment où elle fait face à cette attaque», a déclaré M. Obama dans un communiqué, offrant l’aide des États-Unis dans l’enquête pour retrouver les responsables de cette tragédie.

De son côté, le candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump a annoncé jeudi soir qu’il reportait l’annonce de son colistier prévue vendredi matin à New York en raison de «l’horrible attaque» qui a eu lieu à Nice.

«Face à l’horrible attaque de Nice, en France, j’ai reporté la conférence de presse de demain  concernant mon annonce sur le vice-président», a indiqué le magnat de l’immobilier sur Twitter.

Fête annulée à l'ambassade

À Washington, l’ambassadeur de France aux Etats-Unis a annulé jeudi le bal du 14 juillet qui devait se tenir à l’ambassade de Washington, informant la communauté française déjà présente sur place de l’attentat de Nice.

Prenant la parole devant plusieurs centaines de personnes déjà rassemblées en début de soirée dans la salle de réception de l’ambassade et les jardins, Gérard Araud a pris la parole peu après l’attaque.

«Mes chers compatriotes, j’aurais aimé que cette réunion soit une réunion de célébration. Comme vous le savez notre pays vient d’être de nouveau frappé par une attaque terroriste. Il y aurait des dizaines de morts, à Nice», a-t-il déclaré, la gorge nouée, déclenchant des murmures parmi les Français présents, dont certains apprenaient apparemment la nouvelle.

«Mes chers concitoyens, je suis désolé que cette célébration ne soit pas la célébration que nous attendions tous», a-t-il poursuivi. «Elle devait être une célébration de joie et d’unité, elle sera une célébration de tristesse et j’espère néanmoins une célébration d’unité».

Le bal dansant qui était prévu a été annulé et le Champagne traditionnellement servi pour la fête nationale à été rangé, bien que les convives aient été invités à rester pour profiter du buffet.

Une Marseillaise a capella a ensuite été entonnée par la salle, suivie quelques minutes plus tard de l’hymne américain.

Contexte de menace terroriste
 

Ce nouvel attentat intervient dans un contexte de menace terroriste très élevée, en particulier dans les pays, comme la France, intervenant en Syrie contre le groupe djihadiste Etat islamique. Il survient moins de deux semaines avant la fin programmée, le 26 juillet, de l’état d’urgence.
 

Il est a priori le plus important commis en Europe depuis les attentats qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015 à Paris et 32 morts le 22 mars 2016 à Bruxelles, commis par le même réseau du groupe Etat islamique, dont une quinzaine de jihadistes sont morts, la plupart en kamikazes. Une vingtaine de membres ou complices présumés sont derrière les barreaux en France et surtout en Belgique.
 

La France avait déjà basculé dans l’ère de la violence djihadiste les 7, 8 et 9 janvier 2015 lors des attentats contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, qui avaient fait 17 morts et ont été suivis de plusieurs autres attaques ou tentatives.


Le consul Nicolas Chibaeff (photo Francis Vachon)

Minute de silence sur les plaines...

Nicolas Chibaeff, le Consul de France au Québec, était déjà au programme de la soirée Julien Clerc - Fred Pellerin, présent d'office sur les plaines d'Abraham en ce début de mardi soir pour souligner la Fête nationale et saluer les «amis québécois», ce qu'il a fait avant de relayer la tragique nouvelle.

Qui dans cette foule n'était pas au courant, avec ces textos plus rapides que la proverbiale traînée de poudre? «L'esprit de la fête qui nous rassemble à été attaqué à Nice», a-t-il dit, rappelant brièvement les faits, mais insistant surtout sur la nécessité que «les idéaux de liberté et de fraternité» unissant Français et Québécois soient plus forts que «la haine et la violence».

Il a ensuite demandé que l'on observe une minute de silence. Et jusque tout là-haut sur les plaines, tout le monde s'est tu. Au Devoir, monsieur Chibaeff a tenu à «remercier les Québécois pour leur solidarité», regrettant évidemment que «les occasions de nous rapprocher les uns des autres ne soient pas toujours uniquement festives.» 

Sylvain Cormier
1 commentaire
  • Jacques Morissette - Abonné 15 juillet 2016 09 h 36

    Ce n'est pas un texte, c'est un compte-rendu «politique». Donc, tout ce qui est écrit dans ce compte-rendu doit être vrai, puisqu'il est politique. On se sert de ce drame, pour en faire du gâteau politique, avec les arguments subjectifs de la classe politique.