Allemagne, France et Italie proposent une « nouvelle impulsion » pour l’Europe

La déclaration commune des dirigeants Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi propose des avancées pour l’Union européenne dans les domaines de « la défense, la croissance, l’emploi et la compétitivité ».
Photo: John Macdougall Agence France-Presse La déclaration commune des dirigeants Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi propose des avancées pour l’Union européenne dans les domaines de « la défense, la croissance, l’emploi et la compétitivité ».

Londres et Berlin — Quatre jours après le vote choc en faveur du Brexit, les responsables britanniques cherchaient lundi à gagner du temps face à la montée des déchirements internes, les leaders européens essayant de leur côté de trouver une stratégie commune sur les bouleversements en cours.

Alors que les Européens pressent pour un divorce rapide, Londres a annoncé la création d’un département spécial au sein du gouvernement pour gérer la question du Brexit.

« Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne, mais ne doit pas tourner le dos à l’Europe et au reste du monde », a déclaré le premier ministre David Cameron lundi devant le Parlement, revenu en session après une pause pour le référendum.

« Nous devons déterminer le genre de relation que nous voulons désormais avoir avec l’UE », a ajouté M. Cameron, précisant que ce sera à son successeur de le faire. Successeur qui sera désigné d’ici le 2 septembre, a indiqué de son côté le parti conservateur.

Le premier ministre a également souligné que le gouvernement devrait « s’assurer que les intérêts » de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord « sont protégés ».

Le chef de file des partisans du Brexit, le conservateur Boris Johnson, a adopté un ton inhabituellement conciliant avec ses adversaires d’hier, en assurant que le Royaume-Uni fait « partie de l’Europe » et que la coopération avec ses voisins du continent allait « s’intensifier ».

Dans une tribune parue dans le Daily Telegraph, il a réaffirmé que la sortie de l’UE « n’interviendra pas dans la précipitation ». Candidat à la succession de David Cameron, il a appelé les partisans du Brexit à « construire des ponts » avec ceux qui ont voté pour rester dans l’UE.

La presse britannique assurait que, face à l’ex-maire de Londres, la ministre de l’Intérieur, Theresa May, devrait incarner la candidature « anti-Boris » au sein du parti conservateur pour le poste de premier ministre.

Signe d’un Brexit qui a du mal à passer pour une partie des Britanniques, en particulier chez les jeunes, une pétition réclamant l’organisation d’un deuxième référendum dépassait lundi matin les 3,7 millions de signataires.

La tourmente politique qui secoue le Royaume-Uni est encore aggravée par le retour de la menace d’une sécession de l’Écosse, où le vote en faveur d’un maintien dans l’UE a réuni 62 % des suffrages.

Dès dimanche, la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a jugé « très probable » un nouveau référendum sur l’indépendance après celui de 2014, où le « non » l’avait emporté. Mais le gouvernement britannique a déclaré lundi qu’un nouveau référendum est la « dernière chose dont a besoin l’Écosse ».

Du côté des partis politiques, le leader travailliste, Jeremy Corbyn, accusé en interne de ne pas avoir assez milité pour un maintien dans l’UE, a annoncé qu’il ne démissionnerait pas, même si plus de la moitié de son cabinet fantôme a déjà déserté en signe de protestation.

« Nouvelle impulsion » au projet européen

L’Allemagne, la France et l’Italie ont annoncé lundi vouloir proposer une « nouvelle impulsion » du projet européen après le vote en faveur du Brexit et exclu toute négociations avec le Royaume-Uni tant que la demande de sortie de l’UE n’aura pas été formalisée.

« Nous allons présenter une proposition à nos collègues » chefs d’État et de gouvernement de l’UE pour « donner une nouvelle impulsion [au projet européen] dans différents domaines au cours des prochains mois », a déclaré la chancelière Angela Merkel au cours d’une conférence de presse à Berlin avec le président français, François Hollande, et le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.

La chancelière a notamment souligné que des avancées étaient envisagées dans les domaines de « la défense, la croissance, l’emploi et la compétitivité », tout comme M. Hollande qui a jugé qu’il ne fallait « pas perdre de temps » pour répondre aux défis posés par le Brexit.

Dans une déclaration commune, aux contours encore très généraux, les trois dirigeants se sont fixé « trois priorités essentielles » : la « sécurité intérieure et extérieure » avec notamment la lutte contre le terrorisme, le développement de la défense européenne et la surveillance des frontières extérieures de l’Europe, « une économie forte et une cohésion sociale forte », avec davantage de croissance, et « des programmes ambitieux pour la jeunesse ».

Dans le domaine économique, la déclaration parle en particulier, pour les pays de la zone euro, d’une plus grande convergence « y compris dans les domaines social et fiscal », où de nombreux gouvernements sont jusqu’ici très jaloux de leurs prérogatives nationales.

Cette proposition doit commencer à être discutée mercredi lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bruxelles sur le Brexit, avant une rencontre spéciale des 27 en septembre sur le sujet et l’objectif de parvenir à un accord « sur des projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains mois ».

Mme Merkel, moins pressée que ses collègues d’arracher la demande formelle de sortie de l’UE de Londres, a souligné néanmoins que Rome, Paris et Berlin étaient d’accord pour qu’aucune négociation n’ait lieu avec les Britanniques tant qu’ils ne formaliseront par leur demande de sortie.

« Nous sommes d’accord là-dessus, il n’y aura pas de discussions formelles ou informelles sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE tant qu’il n’y aura pas de demande de sortie de l’UE au niveau du Conseil européen », a-t-elle dit, alors que les partisans du Brexit en Grande-Bretagne temporisent. Les règles européennes prévoient en effet que le candidat à la sortie doit demander de quitter l’UE avant de pouvoir négocier ses nouvelles relations avec les membres restant.

Le duo franco-allemand contesté

De son côté, la première ministre polonaise Beata Szydlo a déclaré lundi que « le duo franco-allemand » n’avait plus de rôle décisif à jouer dans les réformes à mener dans l’Union européenne après le Brexit.

« La France et l’Allemagne disent : « Approfondissons l’intégration de l’UE ». Nous, nous disons : non, on ne peut pas poursuivre dans cette voie. Cette UE-là n’existe plus. Les Britanniques ont rejeté cette vision de l’UE au référendum », a souligné Mme Szydlo. « Oui, l’Union doit changer, elle a besoin d’un nouveau traité et nous allons proposer des changements. […] On a besoin de nouveaux visages, d’une nouvelle vision, d’une nouvelle conception », a-t-elle ajouté, reprenant l’idée d’un nouveau traité lancée par Jaroslaw Kaczynski, chef du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne.

Parmi « les propositions radicales » que la Pologne présentera mardi au sommet européen : que le rôle principal dans l’UE revienne au Conseil européen. « Le rôle principal et prédominant devrait être pris en ce moment même par le Conseil européen et non la Commission européenne », a déclaré le chef de la diplomatie polonaise Witold Waszczykowski après une rencontre avec neuf responsables des Affaires étrangères tenue à Varsovie.

Le ministre britannique des Affaires européennes, David Lidington, a participé à cette rencontre à l’initiative de la Pologne, ainsi que des ministres ou responsables de haut rang hongrois, roumain, espagnol, slovène, grec, slovaque, autrichien et bulgare.