Le Brexit fracture le Royaume-Uni

Au Festival de musique de Glastonbury, des festivaliers ont affiché leurs couleurs, entre autres pour le Remain dans l’Union européenne.
Photo: Andy Buchanan Agence France-Presse Au Festival de musique de Glastonbury, des festivaliers ont affiché leurs couleurs, entre autres pour le Remain dans l’Union européenne.

Sitôt voté le Brexit, le Royaume-Uni se retrouve face aux aspirations à l’indépendance de l’Écosse, mais aussi de l’Irlande du Nord, nations europhiles sur le point d’être détachées contre leur gré de l’Union européenne.

L’Écosse a massivement voté, à 62 %, pour rester dans l’UE, contre 48,1 % pour l’ensemble des Britanniques, et la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a immédiatement évoqué la possibilité d’un deuxième référendum sur l’indépendance, après celui perdu en 2014.

« La possibilité d’un second référendum doit être sur la table et elle est sur la table », a déclaré Mme Sturgeon, chef du parti indépendantiste SNP, depuis sa résidence officielle à Édimbourg, où près des trois quarts des électeurs ont glissé un bulletin Remain dans l’urne.

Quelques heures plus tôt, elle avait déjà prévenu que l’Écosse voyait « son avenir au sein de l’UE », entrouvrant ainsi la porte à une nouvelle consultation. Mme Sturgeon répète depuis des mois qu’un Brexit peut être le déclencheur d’un nouveau référendum.

« Près des deux tiers des Écossais ont voté pour rester dans l’UE, et aucune circonscription écossaise n’a voté pour le Brexit. Le résultat est très frustrant pour les Écossais », dit à l’AFP Luis Moreno, chercheur en sciences politiques.

Photo: Agence France-Presse Carte du Royaume-Uni et résultats par circonscription du référendum sur le Brexit, avec pourcentage par nation

Sur Twitter, dès l’annonce des premiers résultats, le mot-clic #indyref2 (« référendum d’indépendance 2 ») s’est répandu comme une traînée de poudre.

Mais quand un nouveau référendum pourrait-il survenir ? Les dirigeants indépendantistes écossais « n’organiseront rien tant qu’ils ne seront pas certains de l’emporter », juge Michael Keating, qui occupe la chaire de politique écossaise à l’Université d’Aberdeen, sans s’avancer sur un calendrier.

Il faudra aussi attendre de « savoir si le [prochain] premier ministre cède à la demande » des Écossais — qui pourrait déboucher sur l’éclatement du Royaume-Uni —, ajoute Malcolm Harvey, professeur de sciences politiques dans la même université d’Aberdeen.

Toutefois, soulignent les analystes, un nouveau référendum d’autodétermination ne déboucherait pas nécessairement sur une victoire des indépendantistes.

« Si une Écosse indépendante rejoignait l’UE alors que l’Angleterre en sort, il y aurait une frontière entre les deux nations, avec les implications que ça peut avoir en matière de libre circulation », analyse Malcolm Harvey, pour qui cela pourrait dissuader les électeurs de voter pour l’indépendance.

De récentes enquêtes d’opinion ont quant à elles prédit une nouvelle défaite aux indépendantistes en cas de nouvelle consultation, pointe pour sa part Michael Keating.

L’Irlande du Nord aussi

En Irlande du Nord, qui, comme l’Écosse, a voté pour un maintien au sein de l’UE (à 55,7 %), c’est le parti républicain d’Irlande du Nord, le Sinn Féin, pro-Europe, qui réclame un référendum portant sur l’unification de l’Irlande.

« Nous sommes entraînés dans le sillage d’un vote en Angleterre… Le Sinn Féin va maintenant faire pression pour un référendum sur la frontière », a dit le président du parti, Declan Kearney.

Les partisans du maintien dans l’UE ont dit craindre le rétablissement des contrôles aux frontières avec la République d’Irlande voisine, ce qui serait synonyme notamment de tracasseries administratives pour les entreprises et les familles.

Sa reprise économique fragile après des décennies de conflit armé, soutenue par les milliards d’euros injectés par Bruxelles pour soutenir les accords de paix de 1998, risque aussi d’en pâtir.

Pétition londonienne

Bien que moins marqué, ce désir d’indépendance s’est fait sentir jusque dans les rues de la capitale britannique, où plus de 40 000 Londoniens ont signé une pétition vendredi pour réclamer que leur ville obtienne son indépendance et reste dans l’UE.

Lancée sur le site Change.org, cette dernière appelle le maire de Londres, Sadiq Khan, à « déclarer Londres indépendante [… et à] poser sa candidature pour rejoindre l’UE », et souligne le caractère « international » de la capitale.

M. Khan lui-même a publié un communiqué dans lequel il réclame que Londres soit associée aux négociations de sortie de l’UE. « Il est crucial que Londres ait voix au chapitre pendant ces renégociations, comme l’Écosse et l’Irlande du Nord », deux régions qui ont également voté pour rester dans l’UE, a-t-il dit. « Il est crucial que nous restions membres du marché unique », a-t-il ajouté.

Rappelons que 60 % des Londoniens ont voté contre le Brexit.

 

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Boris Johnson

Champion de la campagne pro-Brexit, l’ancien maire de Londres Boris Johnson a pris la tête du mouvement des conservateurs pour la sortie d’une Union européenne « en faillite » en février dernier. Menant une campagne qualifiée de « xénophobe » et de « démagogique » par plusieurs experts, M. Johnson a poussé très loin le jeu antieuropéen, allant jusqu’à comparer le projet de l’UE à ceux de Napoléon et Hitler. Il a aussi flatté le nationalisme en répétant que le Brexit permettrait de « reprendre le contrôle » à la fois d’une démocratie confisquée par Bruxelles et de frontières livrées à la libre circulation des Européens. L’ancien maire de la capitale britannique s’est démarqué, tout au long de la campagne, pour sa vive opposition au premier ministre démissionnaire David Cameron. Il est d’ailleurs parmi les grands favoris pour remplacer ce dernier à la tête du Parti conservateur.

Nigel Farage

Chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) pour une première fois de 2006 à 2009, Nigel Farage reprend les rênes du parti britannique ultralibéral en 2012. Bien connu pour ses positions tranchées concernant l’Union européenne, c’est à lui que l’on doit les grands thèmes et les slogans tapageurs de la campagne victorieuse du Brexit. À un point tel que, selon de nombreux analystes, la victoire-surprise de cette sortie de l’UE, c’est la sienne. Il avait d’ailleurs demandé aux Britanniques d’« administrer un traitement de choc à la classe politique ». Ancien trader de la City, il est aujourd’hui bien connu pour ses éclats de rire sonores, ses formules xénophobes lancées un verre de bière à la main et ses cravates roses à pois. Descendant de huguenots français, marié à une Allemande, il a toujours été obsédé par l’Europe. Selon lui, « la disparition de l’UE » est souhaitable et le Brexit n’en est que le « premier domino ».