L’OTAN serait incapable de contrer une invasion russe

Le 6 juin dernier, pas moins de 31 000 soldats de différents pays ont participé à un exercice appelé «l'Union des Rouges», en Pologne.
Photo: Alik Keplicz Associated Press Le 6 juin dernier, pas moins de 31 000 soldats de différents pays ont participé à un exercice appelé «l'Union des Rouges», en Pologne.

Berlin — L’OTAN est actuellement incapable de défendre les pays baltes en cas d’invasion russe, a estimé dans un entretien le général américain Ben Hodges, avant un sommet devant acter un renforcement de l’Alliance dans l’est du continent. « C’est vrai que la Russie pourrait conquérir plus vite les États baltes que nous ne pourrions arriver pour les défendre », a dit, dans l’édition à paraître jeudi de l’hebdomadaire Die Zeit le commandant des forces terrestres de l’OTAN, en marge de l’exercice militaire Anaconda-16 en cours en Pologne.

Ces manoeuvres auxquelles participent 31 000 soldats de 24 pays combattent un agresseur imaginaire appelé « l’Union des Rouges », qui a pour cible les pays baltes et le nord de la Pologne. Elles se déroulent avant un sommet de l’OTAN à Varsovie les 8 et 9 juillet devant consacrer le renforcement de sa présence en Europe de l’Est. Critiqués par la Russie, ces exercices sont officiellement des manoeuvres polonaises et non de l’Alliance atlantique afin de ménager Moscou, selon le général américain. « Certains pays comme l’Allemagne ou la France trouvaient que c’était trop provocateur vis-à-vis de la Russie d’appeler ça “exercices de l’OTAN”», a-t-il dit, selon une traduction allemande de ses propos. Le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé l’OTAN qui « multiplie sa rhétorique agressive et ses actes agressifs près de nos frontières », lors d’un discours mercredi devant la chambre basse du Parlement. « Dans ces conditions, nous sommes obligés d’accorder une attention particulière aux tâches liées au renforcement des capacités de défense de notre pays », a-t-il souligné, à l’occasion du 75e anniversaire de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne. Selon lui, les Occidentaux, en refusant sa main tendue pour combattre l’ennemi commun qu’est « le terrorisme international », répètent leurs erreurs du passé face à l’essor du régime hitlérien. « Une fois de plus, nous ne voyons pas de réaction positive en réponse, comme c’était le cas à la veille de la Seconde guerre mondiale », a-t-il déploré. L’OTAN a entrepris un renforcement militaire sur son flanc oriental sans précédent depuis la fin de la Guerre froide, en réponse à l’annexion de la Crimée par la Russie et au conflit dans l’est de l’Ukraine.

Il se traduira notamment par le déploiement, par rotations, de quatre bataillons composés de troupes de combat d’autres États de l’Alliance dans les pays baltes et en Pologne en 2017, une mesure qui doit être entérinée par les dirigeants de l’OTAN lors de leur sommet de Varsovie.

Par ailleurs, les États-Unis vont déployer l’an prochain une brigade additionnelle et de nombreux équipements militaires dans l’est de l’Europe, ce qui porte à trois les brigades qu’ils feront tourner dans cette zone.

Interrogée sur les récentes critiques sur le bellicisme supposé de l’Alliance formulées par le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a souligné que si l’Allemagne a « toujours » été pour un dialogue avec la Russie, elle voit aussi « la nécessité de renforcer la partie orientale de l’OTAN ».

« Nous espérons que le sommet de l’OTAN adoptera des décisions importantes pour améliorer la sécurité de l’Europe et du monde », a de son côté souligné la première ministre polonaise, Beata Szydlo, lors d’un déplacement à Berlin.