Assassinat en direct sur Facebook

Un policier dépose une de fleur devant le domicile des victimes.
Photo: Thibault Camus Associated Press Un policier dépose une de fleur devant le domicile des victimes.

Le jeune djihadiste français responsable de l’assassinat d’un policier et de sa conjointe près de Paris lundi soir a publicisé son geste sur Facebook et appelé à faire de la coupe de l’Euro 2016 « un cimetière ».

Toujours ébranlé par le drame d’Orlando et sept mois jour pour jour après les attentats du 13 novembre, le pays a été mis en état de choc par ce nouvel attentat terroriste commis au nom du groupe armé État islamique (EI). Le président François Hollande a dénoncé « un acte incontestablement terroriste », tout en rappelant que la France était toujours « confrontée à une menace terroriste de très grande importance ». Pour le premier ministre Manuel Valls, « un cap dans l’horreur a été franchi. C’est le domicile, l’intimité même d’une famille, d’un couple de fonctionnaires de police, qui ont été pris pour cible ».

Menaces sur l’Euro

C’est vers 21 h lundi soir dans la petite ville tranquille de Magnanville, située à 60 km de Paris sur la route du Havre, qu’un commandant de police et son épouse ont été sauvagement assassinés à coups de couteau. Selon le procureur de Paris, le terroriste dissimulé derrière le portail de la maison a d’abord lardé de coups le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing avant de se barricader à l’intérieur avec sa femme et son fils de trois ans.

Photo: Agence France-Presse Image de Larossi Abballa tirée de la vidéo mise en ligne peu de temps après le double meurtre.

C’est là qu’il a assassiné Jessica Schneider, 36 ans, une employée administrative du commissariat de Mantes-la-Jolie, avant d’entreprendre de faire connaître aussitôt ses meurtres sur Facebook. Un film de 13 minutes montre l’assassin en train de prêter allégeance au groupe EI. On y entrevoit aussi le seul survivant du drame, l’enfant du couple dont le tueur dit : « Je ne sais pas encore ce que je vais faire avec lui. » Le terroriste a aussi diffusé en direct des photos de ses victimes.

« On vous réserve d’autres surprises pour l’Euro, je ne vous en dis pas plus. L’Euro sera un cimetière », promet-il dans cette vidéo, visionnée par l’Agence France-Presse.

Le commandant de police ayant trouvé la force d’alerter des voisins avant de mourir, les unités d’intervention spéciales ont entrepris des pourparlers avec le tueur qui a indiqué être musulman et faire le ramadan. Larossi Abballa, 25 ans, a dit avoir prêté allégeance trois semaines plus tôt à l’émir Al-Baghdadi, qui demandait dans un communiqué de « tuer des mécréants chez eux avec leur famille ».

En donnant l’assaut peu après minuit, les policiers ont abattu le terroriste et découvert le corps de l’épouse. Son fils, qui aurait assisté à la scène, a été retrouvé dans un état de sidération et a été transporté à l’hôpital. D’après le procureur de Paris, Abballa savait que sa victime était un policier et il assurait avoir préparé « une surprise » au cas où les forces de l’ordre donneraient l’assaut.

Le premier ministre Manuel Valls a par ailleurs dénoncé un climat « antiflic ». Depuis des semaines, de nombreux policiers ont été la cible des violences des casseurs dans les manifestations contre la loi El Khomri. « Moi je n’accepte plus, a-t-il ajouté […] les mises en cause permanentes de ces hommes et de ces femmes qui risquent leur vie pour notre liberté. »

Fiché par les services de police

Selon un scénario maintenant devenu classique, Larossi Abballa était connu des services de police. Dans son domicile, les policiers ont trouvé des listes de cibles potentielles mentionnant des personnalités et certaines professions, comme les rappeurs, les journalistes et les policiers. Dans sa voiture, on a retrouvé un coran, une djellaba et deux livres intitulés La croyance authentique et L’explication des trois fondements. Parmi les pistes suivies, on se doute que le commandant Jean-Baptiste Salvaing avait peut-être déjà croisé Larossi Abballa sur sa route.

Abballa était connu pour des délits de droit commun. Il avait aussi été interpellé en 2011 dans le cadre d’une enquête sur l’acheminement de djihadistes vers l’Afghanistan et condamné en 2013 à trois ans de prison pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. Pendant son incarcération, il s’était « livré à des actes de prosélytisme d’islamisme radical », a détaillé le procureur de la République de Paris, François Molins.

Selon le quotidien Le Monde, qui cite une source policière, il faisait l’objet de plusieurs fiches de sûreté, comme d’ailleurs 4000 autres suspects en France.

Photo: Agence France-Presse Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing

Son nom avait aussi été mentionné dans une enquête concernant des départs vers la Syrie. Il avait même été placé sur écoute, mais sans que les policiers détectent d’indices probants. Le magazine Le Point affirme que Larossi Abballa aurait suivi un entraînement militaire dans une forêt du Val-d’Oise afin de se préparer à partir au Pakistan. Il précise que lui et ses compagnons s’entraînaient la nuit en égorgeant des lapins. Mardi, trois hommes qui figurent tous parmi les huit membres d’une filière djihadiste condamnés en 2013 ont été mis en gardes à vue.

Mesures de rétention ?

À droite, de nombreuses voix se sont élevées pour que l’on mette en rétention administrative les 4000 personnes fichées « S » par les services de renseignement. Une chose impossible dans un État de droit, a répliqué le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Pour le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélanchon, c’est « la faiblesse du renseignement humain déployé sur notre sol qui aura permis au meurtrier pourtant signalé de préparer son coup et de le réaliser sans qu’aucune alerte ne soit donnée ». La présidente du Front national Marine Le Pen a estimé que : « nos démocraties ont parfaitement les moyens de se défendre. Encore faut-il admettre la menace, avoir le bon diagnostic, accepter idéologiquement le combat contre le fondamentalisme islamiste et utiliser les moyens dont nous disposons pour nous protéger ».

L’émotion est particulièrement forte parmi les corps de police qui ont été durement éprouvés depuis quelques mois. Évoquant à la fois Orlando et Magnanville, Bernard Cazeneuve a affirmé qu’« aucun d’entre nous ne devrait mourir en raison de ce qu’il est ».

François Hollande et le président américain, Barack Obama, ont convenu mardi soir lors d’un entretien téléphonique d’« augmenter encore la coopération » entre les services français et américains face à une « menace » djihadiste qui « évolue en permanence », a déclaré la présidence française. Les deux dirigeants « ont réaffirmé leur engagement commun à détruire le groupe EI », a indiqué pour sa part la Maison-Blanche dans un communiqué.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 juin 2016 04 h 53

    Des moyens de communications incomparables

    La folie est-elle en train de prendre le dessus sur la vie, ce que l'on considerait comme un acquis est elle en train de devenir notre tombeau,sommes nous incapable d'assumer que nous possédons maintenant des moyens de communications incomparables

  • Michel Thériault - Inscrit 15 juin 2016 07 h 58

    Lunettes roses

    Ceux et celles qui portent des lunettes roses ne cessent de répéter que les religions cultivent l'amour et la paix. Quant à moi, je rêve du jour où l'être humain sera capable de "penser" au lieu d'écouter des fables de petits bonhommes dans le ciel. Mais je dois avouer que je suis plutôt pessimiste de ce côté.
    Pathétique.