Hollande, un homme cerné

François Hollande pourra-t-il se porter candidat du Parti socialiste à la présidentielle? Devant ses difficultés, on assiste depuis deux semaines à une étonnante libération de la parole à gauche.
Photo: Philippe Wojazer Agence France-Presse François Hollande pourra-t-il se porter candidat du Parti socialiste à la présidentielle? Devant ses difficultés, on assiste depuis deux semaines à une étonnante libération de la parole à gauche.

En France, la dernière année d’un quinquennat n’est jamais une sinécure. François Mitterrand avait achevé son second mandat gravement malade en essayant de préserver les dernières apparences du pouvoir. Jacques Chirac avait passé sa dernière année à l’Élysée en assistant impuissant au combat meurtrier entre ses héritiers putatifs, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Jusqu’à la dernière minute, Nicolas Sarkozy aura tenté de surmonter la haine viscérale qu’il a toujours suscitée dans une partie de l’électorat. François Hollande risque, lui, de passer sa dernière année dans le fauteuil d’un monarque républicain totalement impuissant qui regarde les balles passer au-dessus de sa tête et les prétendants se disputer son siège.

Après l’échec de la déchéance de nationalité, le passage en force cette semaine de la loi destinée à réformer le Code du travail est une nouvelle illustration de cette impuissance à gouverner qui devrait marquer inévitablement la prochaine année. Faute de majorité, le premier ministre, Manuel Valls, a dû utiliser la procédure expéditive dite du 49-3, qui permet au gouvernement de ne pas soumettre le projet de loi au vote. Celle-ci ne laissait donc à l’opposition, pour bloquer la loi, qu’une seule possibilité, présenter une motion de censure et donc défaire le gouvernement. Jamais n’avait-on vu des députés socialistes déposer une motion pour défaire un gouvernement… socialiste. Comme la motion des frondeurs de gauche n’a pas obtenu (à quelques voix près) de majorité et, comme celle de la droite ne sera pas votée par ces mêmes frondeurs, le gouvernement de Manuel Valls survivra donc. Mais il sera émasculé de toute autorité législative.

La protestation

Cette absence de majorité législative se double d’une impuissance semblable à l’égard des mouvements de protestation. Même si les manifestants contre le projet de loi n’étaient que 10 000 dans les rues de Paris jeudi dernier — une misère pour la capitale française —, les forces de l’ordre semblaient impuissantes à empêcher les violences des casseurs. On sait que pour ne pas mécontenter encore plus les jeunes en ce printemps tardif, le gouvernement craint comme la peste un dérapage. C’est pour la même raison que, même si le mouvement s’est depuis longtemps essoufflé, les derniers briscards de Nuit debout n’ont toujours pas été expulsés de la place de la République.

« Le président ne tient plus que par la force des institutions, analysait le spécialiste des sondages Jérôme Sainte-Marie dans le quotidien Le Figaro. C’est un président hors-sol. Toutes les jonctions sont coupées, avec l’opinion et, désormais, avec sa propre majorité. Il est d’une fragilité absolue. Un peu comme une église dont il ne resterait plus que les voûtes d’ogive. »

« Ça va mieux » ?

François Hollande avait pourtant promis qu’il continuerait à « réformer » jusqu’à la fin. Depuis deux semaines, en rappelant à l’ordre son bouillant ministre de l’Économie, on sentait même chez lui la volonté de rappeler à tous que le candidat naturel de la gauche, c’était lui. Depuis peu, ses déplacements en région laissaient croire à un début de campagne. Après tout, même si le chômage ne baisse pas, tous les indicateurs économiques de la France ne sont pas au rouge. « Ça va mieux », avait d’ailleurs dit le président. Il y avait là quelques éléments d’une entrée en campagne.

À l’Élysée, depuis deux jours, on tente surtout de minimiser les conséquences de ce nouvel échec de François Hollande à rassembler son propre camp. Le président n’a rien modifié à ses déplacements dont l’objectif est de lui permettre de reprendre contact avec les Français. Il était à Bangui vendredi pour illustrer le succès réel de sa politique en Centrafrique, où la mission française s’achève avec les honneurs. Mais, plus le temps passe, plus les socialistes prennent conscience que ce « contact » qui tarde tant à se manifester pourrait ne jamais venir. C’est même ce qu’estiment une majorité d’observateurs. Pour le chroniqueur de gauche Nicolas Domenach, il ne reste plus à François Hollande pour tirer son épingle du jeu qu’« un trou de souris », voire de « fourmi ».

En embuscade

Si le président est protégé par les institutions, les socialistes jonglent donc de plus en plus avec un scénario où, relégué à moins de 20 % d’opinions favorables dans les sondages, François Hollande ne pourra pas se porter candidat. Depuis deux semaines, on assiste à une étonnante libération de la parole à gauche.

Quant aux prétendants, ils n’hésitent plus à se manifester. Le plus populaire et certainement le plus remuant est le fougueux Emmanuel Macron, identifié à la libéralisation tous azimuts de l’économie. Son modèle est celui du jeune président du conseil italien, Matteo Renzi, qui à 40 ans s’est hissé à la tête d’une coalition de centre gauche. Quelques-uns de ses conseillers le presseraient même d’annoncer sa candidature dès le début du mois de juin. Le ministre semble en effet pressé de profiter de sa grande popularité à gauche comme à droite. Si l’ancien banquier de la Banque Rotchild a des cartes à jouer, il devra les jouer rapidement.

L’homme de la réorganisation?

Face à lui se trouve le premier ministre Manuel Valls, symbole lui aussi d’un certain libéralisme économique, mais surtout d’une forte politique identitaire destinée à rassurer les Français quant à la mondialisation et à l’immigration. Un discours qu’il avait pourtant remisé depuis deux ans. Si Valls se tient prêt à un éventuel désistement de François Hollande, il pourrait aussi être l’homme de la réorganisation du parti après une défaite à la présidentielle. Convaincu qu’il n’y a plus d’électeurs à gauche de la gauche, comme l’ont montré les dernières élections, Valls a toujours misé sur un recentrage du Parti socialiste doublé d’une politique identitaire.

Devant les dissensions qui gangrènent le Parti socialiste, on a récemment vu réapparaître le chantre de la « démondialisation », l’ancien ministre de l’Économie et prédécesseur d’Emmanuel Macron, Arnaud Montebourg. Lundi, lorsqu’il entamera comme chaque printemps l’ascension du mont Beuvray, il aura quelques frondeurs à ses côtés. Ceux-ci pourraient être annonciateurs des troupes qui lui ont toujours cruellement manqué. Le député dissident Laurent Baumel voit déjà en lui « l’alternance à François Hollande ».

Pour l’instant, le seul argument solide des partisans de François Hollande en est un d’autorité : sans lui, le Parti socialiste éclatera. Et si les primaires étaient déjà commencées à gauche ?

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