Werner Faymann abandonne la chancellerie

Le chancelier autrichien, Werner Faymann, a jeté l’éponge lundi, quittant le gouvernement et la tête du parti social-démocrate (SPÖ), en crise profonde depuis sa déroute à la présidentielle face à une extrême droite portée par les urnes.

Les spéculations allaient bon train ces derniers jours sur la capacité du chef de l’exécutif à garder les rênes du parti et du gouvernement jusqu’au deuxième tour du scrutin présidentiel, le 22 mai, mais son départ, deux semaines après la débâcle du premier tour, a pris de court les milieux politiques viennois. Interrogé à Bruxelles, le ministre des Finances Hans Jörg Schelling a parlé d’une annonce « surprenante » et « soudaine ».

Les partis social-démocrate et conservateur (ÖVP), qui gouvernent au sein d’une grande coalition dirigée depuis 2008 par M. Faymann, ont été éliminés de la phase finale de la présidentielle avec 11,3 % des voix, un cas de figure inédit depuis 1945. Le candidat d’extrême droite (FPÖ) Norbert Hofer, avec 35 % des voix, a largement devancé ses cinq rivaux.

Dans un contexte de crise des migrants et de montée des populismes en Europe et aux États-Unis, ce résultat a profondément déstabilisé les deux formations traditionnelles.

L’ex-chancelier de 56 ans a constaté dans une courte intervention qu’il n’avait plus de « soutien fort » au sein de son parti, et a annoncé sa démission. L’interim est assuré par l’actuel vice-chancelier, Reinhold Mitterlehner, chef du Parti conservateur.

Des spectateurs

Sociaux-démocrates et conservateurs seront spectateurs du deuxième tour, où l’extrême droite affrontera un ancien dirigeant des verts, Alexander Van der Bellen, qui se présente avec une étiquette d’indépendant et a rassemblé 21,3 % des suffrages.

M. Hofer, 45 ans, image lisse du FPÖ où il milite depuis sa jeunesse, est donné favori du scrutin.

Le président autrichien, élu pour six ans, ne participe pas à la gestion quotidienne du pays, mais il dispose de pouvoirs formels étendus, notamment celui de nommer un nouveau chancelier et de dissoudre le parlement.

Un changement d’exécutif au lendemain de la présidentielle n’est cependant pas, à l’heure actuelle, l’option privilégiée par les deux candidats.

La plupart des commentateurs doutent toutefois de la capacité de la coalition gauche-droite à aller jusqu’au terme de son mandat, en 2018, et tablent sur des élections anticipées pour lesquelles le FPÖ est aussi favori.

Espoir

Face à des échéances qui pourraient se précipiter, le SPÖ espère rebondir en se dotant d’un nouveau chef. « On peut penser que la pression était devenue trop forte » ces derniers jours sur M. Faymann, a commenté le politologue Peter Hayek.

Les principales figures du parti avaient pris position pour ou contre le maintien du chancelier.

Issu des rangs du puissant SPÖ viennois, sans fonction nationale avant 2006, Werner Faymann avait donné au fil des années l’image d’un habile tacticien à même de tenir sa coalition, mais aussi d’un dirigeant sans conviction forte. Son revirement le plus symbolique : le durcissement de la politique migratoire alors qu’il avait initialement défendu l’accueil des réfugiés.

Les sociaux-démocrates vont désigner sous huit jours leur nouveau leader qui devrait en toute logique être appelé à la tête de l’actuelle coalition gouvernementale, au poste de chancelier. Deux des favoris sont des personnalités hors du moule partisan et passées par le monde de l’entreprise : Christian Kern, actuel chef de la compagnie nationale ferroviaire ÖBB, et Gerhard Zeiler, un ancien responsable de la télévision publique ORF.

« Une nouvelle présentation de la marchandise ne change pas le manque de choix », a aussitôt raillé le patron du FPÖ Heinz-Christian Strache.

Le candidat Alexander Van der Bellen voit au contraire dans ce changement « un premier pas vers un nouveau départ » dont l’Autriche a besoin.

Désaffection

Au pouvoir à Vienne depuis huit ans, la grande coalition gauche-droite souffre d’une désaffection pour les élites comparable à celle observée dans plusieurs pays européens.

Elle a également été déstabilisée par la hausse du chômage, qui reste cependant bien en dessous de la moyenne européenne dans ce pays prospère, et par la crise des migrants.

Quelque 90 000 réfugiés ont demandé l’asile en Autriche l’an passé, représentant plus de 1 % de la population.