Le cannabis déchire la gauche

La France est l’un des pays les plus touchés en Europe, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. En 2014, 17 millions de Français déclaraient avoir déjà pris du cannabis.
Photo: iStock La France est l’un des pays les plus touchés en Europe, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. En 2014, 17 millions de Français déclaraient avoir déjà pris du cannabis.

Justin Trudeau aurait-il fait des émules en France ? Toujours est-il qu’à un an des élections présidentielles, des responsables du Parti socialiste rêvent d’emboîter le pas au Canada et de légaliser la marijuana. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a beau affirmer que ce n’est « pas la position du gouvernement », dans les officines socialistes, on jongle de toute évidence avec cette idée. Comme si, après le mariage homosexuel, la légalisation du cannabis pouvait permettre à la gauche de renouer avec une partie de sa clientèle. Notamment les jeunes qui manifestent depuis quelques semaines dans les rues contre la réforme du Code du travail.

Le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, qui est aussi médecin, a relancé le débat cette semaine. « Le cannabis est une très mauvaise chose pour la santé publique, en particulier chez les jeunes, a-t-il déclaré sur BFM-TV. Mais la prohibition n’amène pas une diminution de la consommation. » Partisan de la levée de l’interdiction chez les adultes pour un « usage privé », le secrétaire d’État réclame l’ouverture d’un débat « sur la fin de la prohibition du cannabis ».

La France a une des politiques les plus répressives, pourtant, la consommation de cannabis y progresse comme une véritable épidémie

 

Alors qu’elles soulevaient un tollé à droite, ces déclarations ont aussitôt ranimé une vieille polémique à gauche où plusieurs ministres, comme Jean-Michel Baylet et Jean-Vincent Placé, y sont favorables. Il n’a pas fallu 24 heures pour que Le Figaro se demande avec humour si, après le mariage pour tous, François Hollande ne tenterait pas l’opération « cannabis pour tous ».

« Les choses bougent enfin, dit Christian Ben Lakhdar de l’Université de Lille et auteur d’une étude favorable à la légalisation. On a les yeux rivés sur le Canada et sur l’Uruguay. La France a une des politiques les plus répressives, pourtant, la consommation de cannabis y progresse comme une véritable épidémie. »

Quel cannabis ?

La France est en effet l’un des pays les plus touchés en Europe, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. En 2014, 17 millions de Français déclaraient avoir déjà pris du cannabis. Les consommateurs seraient au nombre de 4,6 millions, dont 700 000 ont une consommation quotidienne. La moitié des jeunes de 17 ans dit avoir « essayé ». La plupart des experts médicaux s’entendent pour dire que les chiffres ont explosé entre 2011 et 2014.

Le débat est devenu particulièrement virulent au début du mois à Marseille, où le trafic de drogue a fait trois morts dans une cité du 15e arrondissement. Le député socialiste Patrick Mennucci a aussitôt appelé à la légalisation. Selon lui, la lutte contre ces homicides ne peut être menée « si on ne crée pas une filière d’État pour la distribution du cannabis ».

Sa collègue Samia Ghali, sénatrice des Bouches-du-Rhône et maire du 8e arrondissement de Marseille, n’est pas du tout de cet avis. « En aucun cas ça [la dépénalisation] ne résoudra la problématique du trafic, a-t-elle déclaré sur Europe 1. […] Il faut savoir que, dans le cannabis, il y a plusieurs niveaux de puissance. Ceux qui viennent chercher ce cannabis-là dans les quartiers, justement pour la puissance qu’il procure, je ne pense pas qu’ils s’accommoderont du cannabis qu’on aura au supermarché ou dans certains bars-tabacs. »

Les opposants invoquent tous l’apparition de nouveaux produits beaucoup plus concentrés que jamais l’État ne se permettra de distribuer. « C’est vrai, dit Christian Ben Lakhdar. Mais on ne peut pas laisser le monopole de l’offre aux trafiquants qui font la loi dans certains quartiers. »

Les experts divisés

Même chez les experts en santé publique, l’unanimité est loin d’être faite. En janvier dernier, le pneumologue Bertrand Dautzenberg a soulevé un tollé dans la profession médicale en prenant position pour la légalisation. « La légalisation d’une drogue ne calme pas les sujets transgressifs, a répliqué le professeur de pharmacologie Jean Costentin, président du Centre national de prévention, d’études et de recherche sur les toxicomanies. Elle les contraint surtout à effectuer la transgression vers une drogue encore plus dure : la cocaïne ? les amphétaminiques ? les morphiniques ? »

Pour nombre d’observateurs, la polémique déclenchée par Jean-Marie Le Guen est un ballon d’essai qui vise à tâter le terrain pour le programme de la présidentielle en 2017. Les économistes ont beau estimer que la commercialisation par l’État rapporterait deux milliards d’euros par an en taxes, contrairement au Canada, en France, le cannabis n’a pas très bonne presse. Selon un sondage CSA réalisé en janvier 2014, 55 % des Français se disaient opposés à sa légalisation. 19 % seulement y étaient favorables.

À l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, on est d’avis qu’il n’y a pas nécessairement de corrélation entre la dépénalisation et la baisse de la consommation de cannabis. En Europe, le pays qui obtient les meilleurs résultats en la matière est le Portugal. Or, celui-ci n’a ni légalisé le cannabis, comme compte le faire le Canada, ni criminalisé la consommation. En 2000, il a simplement dépénalisé la possession de petites quantités et maintenu de très fortes peines pour les trafiquants et les revendeurs. Les consommateurs sont aussi tenus de participer à des programmes de désintoxication. Le Portugal est depuis le pays de l’Union européenne où la consommation de cannabis est la plus faible. Même le nombre d’héroïnomanes a chuté de 60 % en une décennie.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 14 avril 2016 08 h 54

    Faite- moi rire

    De toutes facons nous connaissons rien en terme de THC, ca ne fait pas parti de notre culture, c'est comme boire du mauvais vin, un individu sur deux ne le supporte pas et on veut le légaliser, faites moi rire,