David Cameron contre-attaque et cible les paradis fiscaux

Les Panama Papers continuaient lundi à poursuivre le premier ministre David Cameron, qui a contre-attaqué en présentant des mesures ciblant les paradis fiscaux, tandis que la tempête a poussé plusieurs responsables politiques à publier leurs déclarations de revenus.

Au cours du week-end, M. Cameron, dans la tourmente depuis qu’il a été contraint d’avouer avoir détenu des parts dans la société offshore de son père, Ian, décédé en 2010, avait déjà tenté de reprendre la main en jouant la transparence sur ses impôts. Il a publié ses avis d’imposition des six dernières années, soit depuis qu’il est à la tête du gouvernement britannique.

Le geste semble avoir provoqué une épidémie de transparence chez les responsables politiques britanniques, puisque lundi, ce sont deux potentiels successeurs de M. Cameron — son ministre des Finances, George Osborne, et le maire de Londres, Boris Johnson —, mais aussi le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, qui ont publié à leur tour leurs feuilles d’impôts.

S’exprimant devant le Parlement, David Cameron a lui annoncé un train de mesures visant à lutter contre l’évasion fiscale, mais aussi très certainement à contrebalancer l’effet désastreux dans l’opinion publique de ses révélations sur sa participation dans la société de son père, faisant sien le proverbe « la meilleure défense, c’est l’attaque ».

Partager l’information

Les dépendances de la Couronne — ces territoires, comme les îles Caïmans, considérés comme des paradis fiscaux — devront désormais partager leurs informations fiscales avec les autorités britanniques, a dit M. Cameron. « Pour la première fois, la police et les autorités seront en mesure de voir exactement qui détient vraiment et contrôle les compagnies enregistrées sur ces territoires », a dit le chef de l’exécutif britannique, citant notamment les îles Caïmans, les îles Vierges, Jersey ou les Bermudes.

M. Cameron, qui présidera le mois prochain à Londres un sommet international contre la corruption, a également annoncé vouloir légiférer pour que « les sociétés qui ne parviennent pas à empêcher leurs employés de faciliter l’évasion fiscale soient tenues pénalement responsables ».

Le premier ministre, qui s’adressait aux parlementaires pour la première fois depuis sa confession, a à nouveau reconnu avoir fait preuve de maladresse dans sa gestion de l’affaire — il a mis plusieurs jours à admettre avoir possédé cette participation offshore —, tout en défendant la mémoire de son père.

Réagissant à ces annonces, le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn a dénoncé un écran de fumée destiné à détourner l’attention des révélations sur la participation passée du premier ministre dans une société offshore.

Une diversion

« Il s’agit d’un cours magistral sur l’art de la diversion », a-t-il ironisé, estimant que le scandale Panama Papers avait donné corps à une vérité « que beaucoup ressentent de plus en plus : le fait qu’il y ait une règle pour les super riches, et une autre pour le reste du monde ».

David Cameron avait déjà annoncé ce week-end la création d’un groupe de travail pour enquêter sur les révélations des Panama Papers, réunissant les meilleurs experts de la lutte contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale et chapeauté par le service des impôts et des douanes (HMRC).

Mais le quotidien The Guardian révélait lundi que le directeur d’HMRC, Edward Troup, a été associé du cabinet Simmons Simmons, qui a compté parmi ses clients la société offshore du père de David Cameron.


Paris proposera une liste noire au G20

Paris — Le ministre français des Finances, Michel Sapin, va appeler cette semaine à Washington les nations les plus industrialisées à adopter une liste noire des paradis fiscaux et à coordonner leurs sanctions, ont annoncé ses services lundi.

Dans la foulée du scandale des Panama Papers, le ministère français des Finances a publié une quinzaine de propositions pour lutter contre l’évasion fiscale qui seront formulées devant le G20 et à l’Assemblée du Fonds monétaire international (FMI). Parmi elles, « la France souhaite un accord au niveau du G20 sur la création d’une liste noire permettant d’identifier […] les juridictions non-coopératives au plan fiscal et de leur appliquer des contre-mesures coordonnées entre les différents États », selon un communiqué du ministère.

Par ailleurs, « la France souhaite que tous les pays se dotent de registres uniformisés des bénéficiaires effectifs, comprenant toutes les formes de personnes morales [compagnies par actions, trusts, fondations, etc.] » et que ces registres soient rendus publics. Autre axe : Paris « souhaite que soit étudiée au niveau de l’Union européenne la possibilité de renforcer l’effectivité des sanctions qui s’appliquent aux intermédiaires qui favorisent et encouragent l’évasion fiscale ».

Ces propositions font écho au plan du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dévoilé dimanche par les journaux Handelsblatt et Die Welt, qui appelle à des registres des bénéficiaires des sociétés écrans qui soient « systématiquement mis en réseau à travers le monde », ainsi qu’à une liste noire unique des paradis fiscaux non-coopératifs.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 avril 2016 08 h 42

    Cameron ne fera rien

    Le quartier d'affaires de Londres (The City) veut des paradis fiscaux. Cameron est à la solde de le City. Donc il ne fera rien, une fois la tempête passée.

    Pensez qu'il n'a rien fait pour dépouiller Stephen Green — le PDG de la HSBC de 2006 à 2010 — de son titre de baron de Hurstpierpoint et de membre à vie de la Chambre des Lords.

    Durant qu'il dirigeait la HSBC, cette banque était impliquée dans le blanchiment d’argent au profit de trafiquants de drogue, et était la chamionne de la vente des titres toxiques qui ont failli faire écrouler tout le système financier international.