Poutine s’offre une garde prétorienne

Comme si l’État en Russie n’était pas assez policier, le président Vladimir Poutine a décidé de se payer une nouvelle structure, la Garde nationale. Issue d’une réorganisation des corps armés du ministère de l’Intérieur, qui absorbera l’OMON (forces antiémeutes), le SOBR (détachements pour la capture de criminels armés et particulièrement dangereux), et d’autres structures de sécurité privées.

Cette garde sera soumise directement au président et dirigée par son ami de longue date et chef de sa sécurité personnelle entre 2000 et 2013, le très fidèle Victor Zolotov, général des armées, actuellement chef des troupes du ministère de l’Intérieur. Membre du KGB avant la chute de l’URSS, il est connu pour son allégeance à la mémoire du NKVD, la funeste police politique soviétique.

Les 300 à 400 000 hommes sous son contrôle (le nombre exact n’est pas encore connu, ni la date précise de la prise de fonction) devront accomplir un vaste éventail de tâches : lutte antiterroriste et anti-extrémiste, maintien de l’ordre public, sécurité des sites d’État et convois spéciaux, coopération avec les gardes-frontières, contrôle de la circulation des armes…

Pour l’instant, on ne sait pas exactement comment seront répartis les pouvoirs entre les différentes structures, car la Garde nationale empiète sur les plates-bandes de presque tous les services existants, du FSB au comité antiterroriste. Comme le note le quotidien indépendant Vedomosti, « faire en sorte que les prérogatives soient doublées est une marque du style poutinien, sa manière d’établir un système de pouvoirs et contre-pouvoirs, cette fois-ci au sein du bloc sécuritaire ».

Une force personnelle

Officiellement, Vladimir Poutine assure avoir créé la Garde nationale pour améliorer le travail dans tous les domaines, y compris dans la lutte antiterroriste, le crime organisé et le trafic de drogue. Son porte-parole, Dmitri Peskov, s’est empressé d’éteindre le feu des premiers soupçons, selon lesquels le président russe se serait doté d’un nouvel outil répressif en vue des manifestations que pourraient provoquer les élections législatives de septembre ou encore d’une garde personnelle pour sécuriser sa propre position, méfiant des autres structures. Mais les experts restent convaincus du contraire.

« La Garde nationale, en tant qu’agence fédérale, sera directement subordonnée au Kremlin, sans le moindre ministre sur son chemin, écrit l’expert en sécurité régionale et professeur à l’Université de New York, Mark Galeotti. Avec Zolotov à sa tête, c’est encore plus clairement une force présidentielle personnelle, prétorienne, dirigée par un loyaliste maximaliste. Ce qui permettra de faire le poids non seulement face aux masses, mais aussi face aux élites. »

Même si l’idée n’est pas neuve et remonte aux manifestations de masse anti-Poutine de 2011-2012, à la suite des législatives contestées, l’apparition de cette structure maintenant et sans préavis, est généralement interprétée comme la reconnaissance officielle d’une nouvelle menace, celle de l’ennemi intérieur. Toutefois, le Kremlin craint moins le scrutin automnal, qui promet d’être sans surprise, que « l’agitation publique que risquent de provoquer les tristes pronostics économiques et sociaux », considère le politologue Alexei Makarkine.