L’UE veut réviser les règles d’asile

Après des mois passés à tenter de remédier dans l’urgence à la crise migratoire, Bruxelles a présenté mercredi ses deux « options » pour réviser en profondeur le système des demandes d’asile dans l’UE, actuellement « ni juste ni fiable », afin de soulager les pays les plus sollicités par les flux.

En ligne de mire, d’ici l’été, la proposition de réforme du règlement de Dublin, critiqué depuis des années, qui détermine le pays responsable de l’examen d’une demande d’asile. L’afflux soudain et massif de migrants — plus de 1,25 million de requêtes déposées en 2015 — a révélé crûment les failles d’un système qui ont mis une pression démesurée sur les pays de « première entrée » — l’Italie et surtout la Grèce, qui se débat déjà pour sortir du marasme économique — et sur les pays plébiscités par les réfugiés, comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Suède.

« Nous avons besoin d’un système durable pour l’avenir, fondé sur des règles communes et un partage plus équitable des responsabilités », a plaidé Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne.

Deux options

La première option proposée s’appuie sur la structure existante, en gardant le système de demande d’asile dans le pays de première entrée. Mais elle prévoit une porte de secours en cas de flux migratoire massif comme celui que connaît actuellement l’Europe : un mécanisme de répartition structurel, tel que celui négocié dans l’urgence par deux fois en 2015 par les 28 États membres. Un « Dublin-plus », selon l’expression de M. Timmermans.

Principal avantage de cette option selon une source diplomatique européenne : elle continue de responsabiliser le pays d’entrée, plus enclin à bien surveiller ses frontières, et par extension, la frontière extérieure de l’UE.

La deuxième solution consiste à créer un système permanent de distribution des demandes d’asile, via une clé de répartition qui prendrait en compte la taille, le PIB et la « capacité d’absorption » de chacun des États membres. « La responsabilité ne serait plus liée au premier point d’entrée », explique la Commission dans un document publié mercredi.

Selon la source européenne, cette deuxième option aurait la préférence des deux pays qui ont accueilli le plus de réfugiés depuis septembre, Allemagne et Suède.

Le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière, a salué un texte qui va « dans la bonne direction ». « Le coeur de la discussion portera sur le nouveau mécanisme de répartition », a-t-il estimé.

Solidarité ébranlée

Le mécanisme de relocalisation d’urgence avait été instauré non sans douleur ni critique. Alors que les 28 se sont entendus pour répartir entre eux quelque 160 000 réfugiés arrivés en Grèce et en Italie, 1111 ont été pris en charge pour l’instant.

« Les deux options assurent une solidarité dont nous avons bien besoin », a lancé Frans Timmermans, une solidarité ébranlée par une crise migratoire sans précédent depuis 1945. Mais le ministre tchèque des Affaires européennes a qualifié, sur Twitter, de « cheval mort » l’idée d’un mécanisme permanent de répartition.

Les réponses souvent prises individuellement des différents États membres ont montré les limites de la coordination de l’Union face à une crise devenue un enjeu de politique intérieure pour de nombreux gouvernements.

« Nous allons maintenant ouvrir la discussion avec les États membres, le Parlement européen et les différentes parties prenantes avant de présenter nos propositions », a précisé le Commissaire européen en charge de la Migration Dimitris Avramopoulos.

À plus long terme, Bruxelles envisage la possibilité de transformer l’EASO, le Bureau européen d’appui pour l’asile, en une entité supranationale en charge de la gestion des demandeurs d’asile.

En Grèce

L’UE tente par tous les moyens d’endiguer le flot de migrants, s’appuyant depuis lundi sur l’application de l’accord arraché mi-mars avec Ankara, qui prévoit de renvoyer en Turquie toute personne arrivée irrégulièrement en Grèce après le 20 mars, y compris des demandeurs d’asile syriens.

Toutefois, la multiplication des demandes d’asile en Grèce a fait envisager au gouvernement grec une pause de 15 jours dans les renvois.

Entre mardi et mercredi matin 68 migrants sont arrivés sur les îles grecques contre 220 et 330 les jours précédents, mais les autorités grecques refusaient de tirer des conclusions immédiates de ce repli. Plus de 53 000 migrants se trouvent actuellement sur le territoire hellénique.

Dans les centres d’enregistrement de Lesbos et de Samos, ainsi que sur le port du Pirée, les protestations de dizaines de migrants se poursuivaient contre leur renvoi éventuel en Turquie, selon des sources policières.

Athènes a confirmé la visite « d’importance extraordinaire » du pape François à Lesbos la semaine prochaine, en compagnie du patriarche oecuménique orthodoxe Bartholomée Ier.