Quatrième «Nuit debout» de contestation à Paris

Les contestataires du mouvement «Nuit debout» ont fait face à la police dimanche soir sur la place de la République.
Photo: Dominique Faget Agence France-Presse Les contestataires du mouvement «Nuit debout» ont fait face à la police dimanche soir sur la place de la République.

Paris — Pour la quatrième nuit consécutive, des centaines de personnes du mouvement « Nuit debout » occupaient dimanche soir une place centrale de Paris, pour dénoncer notamment une réforme du droit du travail jugée trop libérale, a constaté une journaliste de l’AFP.

Chaque matin depuis vendredi, à la suite de manifestations de masse, qui ont rassemblé jeudi entre 390 000 personnes selon les autorités et 1,2 million selon les syndicats, contre cette réforme accusée de favoriser la précarisation, plusieurs dizaines de manifestants passent la nuit sur la Place de la République avant d’être délogés par les forces de l’ordre au petit matin.

Photo: Dominique Faget Agence France-Presse Des bâches sont tendues entre les arbres de la place, et des tentes sont disséminées sur la vaste esplanade.

Les organisateurs de ce mouvement classé à gauche ont obtenu l’autorisation d’occuper la place jusqu’à lundi, a-t-on appris de source policière.

« Nous sommes 2 000 ! » a annoncé une bénévole au micro devant les participants massés sur la place, certains assis en tailleur sur les pavés, avec l’intention d’y passer la nuit.

« Salaire à vie », « démocratie par tirage au sort », « baisse des hauts revenus », « embauche de tous les chômeurs », « destruction globale du système capitaliste », les revendications sont diverses et les participants se sont succédé au mégaphone pendant plus de deux heures.

« Nous ne sommes pas des bisounours, on est des optimistes, le monde dont on rêve, il est là », s’enthousiasme une jeune femme. D’autres appellent à « réécrire la Constitution » et réclament « la démission du gouvernement » du président socialiste François Hollande.

Mouvement spontané

Ce mouvement spontané baptisé « Nuit debout » est apparu dans la foulée de rassemblements convoqués jeudi par des organisations syndicales, étudiantes et lycéennes pour demander le retrait du projet de loi sur le travail présenté par le gouvernement socialiste français.

Mais le mouvement agrège aussi, sous le mot-clic #NuitDebout sur les réseaux sociaux, d’autres revendications politiques ou sociales. Certains accusent le gouvernement de se livrer à des « dérives sécuritaires » dans la foulée des attentats djihadistes qui ont frappé Paris. D’autres encore dénoncent des « violences policières » survenues pendant certains rassemblements contre la loi sur le travail. Bon nombre de participants y voient l’amorce d’un phénomène informel comme les mouvements « Occupy » nés dans divers pays, ou comme celui des « Indignés » de la Puerta del Sol, apparu en 2011 à Madrid pour dénoncer l’austérité et la corruption.

Des bâches sont tendues entre les arbres de la place, et des tentes sont disséminées sur la vaste esplanade. Une scène a été installée. Des sandwiches sont préparés par des bénévoles. Il n’y a pas d’organisateurs, mais des commissions créées à la hâte : action, communication, intendance…

« Il faut arrêter de vouloir structurer un mouvement, sinon il arrête d’être un mouvement », s’écriait samedi soir dans un mégaphone un manifestant, Michel, applaudi par la foule rassemblée sous la pluie.

« On décentralise, et on décide de tout en assemblée générale : on a des centaines de personnes qui doivent travailler ensemble du jour au lendemain », a déclaré Cassien, 24 ans.