Premiers vols autorisés au compte-gouttes

L’aéroport international de Bruxelles a marqué avec émotion dimanche le décollage du premier vol de passagers depuis les attentats meurtriers du 22 mars, synonyme d’un redémarrage très partiel et d’un début de retour à la normale en Belgique.

Aux alentours de 13 h 40, un avion de la compagnie Brussels Airlines a décollé à destination de Faro (Portugal) sous un ciel radieux, après avoir reçu les honneurs des pompiers, services de secours et de police de l’aéroport, debout en bordure de piste.

Assistant à la scène, des responsables de l’aéroport, deux ministres et une cinquantaine d’employés de la plateforme ont tenu une minute de silence avant d’applaudir. « C’est reparti ! », a lancé le p.-d.g. de Brussels Airport, Arnaud Feist, après le décollage, serrant dans ses bras certains membres de l’assistance.

La plupart des passagers étaient arrivés très en avance dimanche matin en raison des contrôles de sécurité accrus décidés en concertation avec les syndicats de police : barrage filtrant sur les voies d’accès par des policiers et soldats lourdement armés, contrôle préalable des bagages et passagers avant d’entrer dans le bâtiment, et interdiction pour les accompagnants de sortir du stationnement.

Ce premier vol « symbolique » douze jours après les attentats contre l’aéroport et le métro de la capitale belge, qui ont fait 32 morts et 340 blessés, devait être suivi de deux autres dans la journée, à destination d’Athènes et de Turin (Italie). Ces trois appareils rentreront également dans la soirée à Bruxelles avec les premiers passagers autorisés à atterrir depuis le double attentat-suicide qui a dévasté le hall des départs.

Une structure temporaire sous forme de deux grandes tentes blanches a été montée en quelques jours pour le contrôle préalable et l’enregistrement des passagers. Elle ne permet toutefois d’accueillir que 800 personnes par heure, soit 20 % de la capacité normale.

Surmonter sa peur

Interrogé par les journalistes, un père de famille déposant un groupe de jeunes allant suivre un stage sportif à Faro se voulait positif. « Je pense que c’est l’aéroport le plus sécurisé au monde pour l’instant, non ? », a-t-il dit avec le sourire.

Loukas Bassoukos, un étudiant en informatique de 20 ans, était arrivé avec près de quatre heures d’avance pour son vol à destination d’Athènes. « J’étais content parce que ça évitait quand même une heure et demie de trajet pour aller à Liège », l’un des aéroports régionaux où les vols ont été déplacés après les attentats, a-t-il expliqué. « Il faut surmonter sa peur », a estimé Panagiotis, qui conduisait Loukas à l’aéroport. « La sécurité est quand même assez importante et je ne pense pas qu’il y aura un gros problème ».

À partir de lundi, l’offre sera graduellement élargie, pour inclure d’autres compagnies que Brussels Airlines, qui a chiffré à 5 millions d’euros (7,4 millions de dollars) par jour le manque à gagner depuis la fermeture, et des vols long courrier.

L’aéroport n’a pas encore chiffré le coût de la remise en état du hall des départs, dont les vitres ont été soufflées, les piliers endommagés et les faux plafonds détruits. De lourds travaux sont prévus, et ils devraient prendre des mois. « Notre objectif est d’avoir un maximum de capacité disponible pour les départs en vacances de fin juin, début juillet », a assuré M. Feist. Mais, selon les médias, l’aéroport pourra au mieux atteindre 40 % de sa capacité habituelle cet été et ne devrait tourner à nouveau à plein régime qu’en fin d’année.

La compagnie américaine Delta Airlines a annoncé dimanche qu’elle renonçait à reprendre avant mars 2017 ses vols entre Bruxelles et Atlanta, sa principale plateforme aux États-Unis, « en raison de l’incertitude qui continue de planer sur la réouverture de l’aéroport […] et une demande en baisse ».