Najim Laachraoui, un «bon élève» devenu radical

Le frère cadet de Najim Laachraoui, Mourad, a rencontré les médias lors d’une conférence de presse jeudi soir.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Le frère cadet de Najim Laachraoui, Mourad, a rencontré les médias lors d’une conférence de presse jeudi soir.

« Bon élève, sans problème disciplinaire » dans une école catholique de Bruxelles, Najim Laachraoui s’est ensuite radicalisé pour se retrouver, après un passage en Syrie, au coeur des enquêtes sur les sanglants attentats de Paris et Bruxelles. Selon des sources policières, le jeune homme de 24 ans est un des kamikazes qui s’est fait exploser mardi à l’aéroport de Zaventem. Il était également recherché depuis le 4 décembre dans l’enquête sur les attentats de Paris.

« Je ne sais pas ce qui a pu arriver », déplore Veronica Pellegrini, la directrice de l’Institut de la Sainte-Famille d’Helmet, l’établissement catholique de la commune bruxelloise de Schaerbeek, où Najim Laachraaoui a fait ses études secondaires. Diplômé de ses humanités (l’équivalent du bac) en 2009, « c’était un bon élève, sans aucun problème disciplinaire. Il n’a jamais redoublé, il a eu un parcours tout à fait classique », explique-t-elle à l’AFP.

Najim Laachraoui a débuté des études d’électro-mécanique, dont il a terminé la première année en 2012 avec une « satisfaction », la plus basse mention pour un examen, selon une revue d’anciens élèves de la Sainte-Famille consultée par l’AFP. Il les interrompt ensuite. Selon le parquet fédéral belge, il gagne la Syrie en février 2013.

Sa famille a appris son départ en Syrie « par un coup de téléphone » passé à ses parents, qui l’ont signalé à la police, sans réaction particulière des autorités, a expliqué son frère, l’international belge de taekwondo Mourad Laachraoui lors d’une conférence de presse jeudi soir. C’est le dernier contact qu’il a eu avec ses proches, a assuré son frère cadet, âgé de 20 ans.

« C’était un garçon gentil, et surtout intelligent », « il faisait du foot de temps en temps, il lisait », a décrit son frère cadet. Un musulman « pratiquant », « dans une famille de pratiquants », a-t-il ajouté, assurant n’avoir remarqué « aucun changement » de comportement chez lui.

Il « disparaît » du domicile familial début 2013, durant « une période de transition » après un déménagement.



 


Retrouvé en septembre 2015

La trace de Najim Laachraoui réapparaît le 9 septembre 2015, deux mois avant les attentats de Paris, lors d’un contrôle routier à la frontière austro-hongroise.

Il présente une fausse carte d’identité au nom de Soufiane Kayal, qui n’éveille pas les soupçons. À bord de la Mercedes se trouvent également Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris (130 morts) arrêté le 18 mars, et Mohamed Belkaïd, qui se présente alors sous le faux nom de Samir Bouzid. Ce dernier sera tué le 15 mars lors d’une perquisition dans la commune bruxelloise de Forest.

C’est sous le faux nom de Kayal qu’a été louée l’une des planques des commandos de Paris avant les attaques, à Auvelais, près de Namur. Ses traces ADN ont également été retrouvées dans un appartement de Schaerbeek, où ont été confectionnées des ceintures d’explosifs utilisées le 13 novembre.

Il pourrait donc être l’artificier des attaques de Paris, ce qui semble cohérent avec ses connaissances en électro-mécanique. Les enquêteurs se demandent même s’il n’en serait pas un des coordinateurs.

Najim Laachraoui a le profil d’un relais de l’organisation État islamique. Le mois dernier, il avait été jugé par défaut à Bruxelles dans le procès d’une filière de recrutement de combattants par le groupe armé EI. Une peine de 15 ans de prison a été requise à son encontre le 29 février pour avoir accueilli des combattants en Syrie.

Mardi, c’est d’un appartement de Schaerbeek, à deux kilomètres de chez ses parents, qu’il serait parti avec deux autres assaillants vers l’aéroport de Zaventem.

« La famille est effondrée » par l’implication de l’aîné de la fratrie dans les plus sanglantes attaques menées sur le sol belge depuis 1945 (au moins 31 morts et 300 blessés), a affirmé l’avocat de Mourad Laachraoui, Me Philippe Culot.

En apprenant sa participation aux attentats, « j’ai été touché et accablé, je ne voulais pas croire que c’était lui », a confié Mourad Laachraoui, en disant « compatir » avec les victimes. « Mais bon, on ne choisit pas sa famille ».