L’industriel Serge Dassault renvoyé en procès pour blanchiment de fraude fiscale

Paris — L’industriel et sénateur de droite français Serge Dassault a été renvoyé en procès pour blanchiment de fraude fiscale dans une enquête sur son patrimoine, la justice le soupçonnant d’avoir dissimulé plusieurs millions d’euros au Luxembourg et au Liechtenstein, a appris lundi l’AFP de source proche de l’enquête.

L’audience devant le tribunal correctionnel de Paris a été fixée au 4 juillet, a indiqué une source judiciaire.

L’avionneur Serge Dassault, 90 ans, à la tête de l’un des fleurons de l’industrie française et de l’une des plus grosses fortunes du pays, devra aussi comparaître pour « omission de déclaration » à l’instance chargée de vérifier le patrimoine des élus, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Cette instance avait émis un « doute sérieux » sur « l’exhaustivité, l’exactitude et la sincérité » des déclarations de Serge Dassault, le soupçonnant d’avoir omis de déclarer des avoirs détenus à l’étranger.

Le parquet financier avait ouvert une enquête en novembre 2014 sur l’existence présumée de comptes détenus au Liechtenstein et au Luxembourg par l’industriel français.

L’existence de comptes dans ces deux pays avait déjà été évoquée dans le cadre d’une autre enquête visant Serge Dassault sur un système présumé d’achats de voix lors d’élections municipales à Corbeil-Essonnes, près de Paris, en 2009 et 2010.

Une enquête dans laquelle Serge Dassault est mis en examen avec sept autres personnes, dont l’actuel maire de droite et successeur de M. Dassault.

Témoignage

L’une des personnes poursuivies avait livré un témoignage clé en octobre 2014.

« Grand ami » de la famille, il avait confié avoir utilisé deux comptes au Luxembourg, appartenant en réalité au sénateur, pour distribuer jusqu’en 2010 des fonds à des intermédiaires dans le cadre des élections à Corbeil-Essonnes.

Les investigations ont notamment montré que près de 4 millions d’euros (5,9 $CAN) avaient été transférés à partir d’un des comptes vers « des oeuvres prétendument caritatives en Algérie et en Tunisie sur la période 2009 et 2010 », selon une source proche de l’enquête.

« Ce n’est pas mon argent qui a transité dessus […] Tous ces bénéficiaires m’ont été indiqués par Serge Dassault », avait confié ce témoin aux enquêteurs.

L’industriel ne nie pas les dons, mais conteste toute corruption et tout lien avec les élections. La plus haute juridiction française a validé la semaine dernière l’ensemble de cette procédure, dont Serge Dassault demandait l’annulation.