Le Canada fait fausse route, dit Marine Le Pen

La présidente du Front national, Marine Le Pen, est au Québec pour quelques jours.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente du Front national, Marine Le Pen, est au Québec pour quelques jours.

 Accueillie à Québec par une poignée de manifestants, la présidente du Front national Marine Le Pen affirme que le Canada ne voit pas les conséquences de sa généreuse politique d’immigration et, par ailleurs, dit regarder d’un oeil plutôt favorable la quête de souveraineté des peuples.
 

Selon Mme Le Pen, qui est aussi députée au Parlement européen, les conséquences d’une importante immigration sont notamment l’« accélération » des demandes des minorités religieuses, comme l’octroi de locaux pour la prière dans les entreprises et les écoles ou l’instauration de tribunaux religieux pour régler les questions familiales.
 

Elle dit qu’il aurait été sage de regarder ce qui se passe dans l’Union européenne, qui va vivre, selon elle, le chaos.

Pour la chef du parti d’extrême droite, « une société multiculturelle est une société conflictuelle ».

Elle met en garde les autorités d’ici contre l’immigration de masse, en lien avec l’expérience vécue notamment par son pays, la France.

« Faire venir des dizaines de milliers de personnes, comme nous l’avons fait en France, quand nous n’avons rien à offrir, nous n’avons pas d’emplois, nous avons sept millions de chômeurs, nous avons neuf millions de pauvres, nous avons un million et demi de Français qui attendent un logement social [...] On lance un signal d’accueil, mais dans quelles conditions accueille-t-on ces gens, pour les mettre dans des bidonvilles à Calais ? »

Questionnée sur le choix du gouvernement québécois d’accueillir 50 000 immigrants en 2016, elle a dit qu’il s’agit d’un choix erroné.

« Des milliers aujourd’hui, combien demain ? », a-t-elle demandé.

La politicienne dit également craindre que des terroristes ne s’infiltrent parmi les migrants. Au moins trois des terroristes du Bataclan — les attentats de Paris en novembre dernier — auraient pris le chemin des migrants, a-t-elle dit.

Indépendance 

Questionnée au sujet du désir d’indépendance d’une partie de la population québécoise, elle a dit être d’un parti qui se pose en défenseur de la souveraineté.

« Ceux qui au Québec portent eux aussi ce désir de souveraineté, obligatoirement, nous les regardons avec un oeil plutôt positif ».
 

Le combat de la France contre l’Union européenne s’apparente à celui du Québec contre Ottawa, a-t-elle dit.

Plus tard, en entrevue, elle a déclaré que si son parti prenait le pouvoir en France, son pays reconnaîtrait le Québec comme État sur la scène internationale. « Oui, oui, je ferais cette reconnaissance à partir du moment où le peuple québécois aura fait son choix », a-t-elle déclaré.

« Je suis plus gaullienne que ni-ni », a-t-elle même précisé, faisant référence au célèbre « Vive le Québec libre » lancé par le général Charles de Gaulle en 1967, et la position traditionnelle du ni-ni (non-ingérence et non-indifférence) qui avait ensuite semblé régir les relations France-Québec.

Manifestation 

La chef n’a pas eu le temps de mettre les pieds dans la salle de conférence d’un hôtel de Québec où elle tenait son point de presse qu’une dizaine de manifestants ont fait irruption et déballé des banderoles en criant, entre autres: « Le Québec emmerde le Front national » et « fasciste », l’accusant, parmi d’autres insultes, d’être responsable de la montée du racisme en France. Un des manifestants a été frappé par le garde du corps de Mme Le Pen.

Les positions du Front national sont dénoncées comme xénophobes par plusieurs.

Elle a accueilli le tout avec le calme et le sourire d’une habituée. « Allez-vous coucher les gamins, leur a-t-elle lancé sur un ton blagueur. Allez, une petite douche et au lit ».

« Un comportement inadmissible, particulièrement dans une démocratie », a-t-elle commenté, après qu’un journaliste lui ait posé une question sur « son attitude méprisante » envers les manifestants. Selon Mme Le Pen, la démocratie veut plutôt que chacun puisse exprimer son point de vue, pas faire taire celui des autres

Mme Le Pen est au Québec pour quelques jours. Une partie de son séjour est fait à titre personnel, puis elle doit rejoindre une mission économique du Parlement européen qui l’amènera notamment à visiter une usine de Bombardier, des représentants de chambres de commerce et à rencontrer Pierre Marc Johnson, le négociateur en chef pour le Québec de l’Accord de libre-échange avec l’Europe, auquel elle s’oppose, tout comme au Partenariat Trans-Pacifique.

Quant à ce point de presse dimanche de plus d’heures, elle a dit l’avoir tenu à l’occasion de la journée de la francophonie. Elle y a prononcé une longue allocution sur ses avantages et a répondu pendant plus de 30 minutes aux questions des journalistes.

Indifférence des partis politiques

La chef du Front national dit ne pas faire de cas du fait que les chefs de partis au Québec et au Canada aient refusé de la rencontrer: elle dit même ne pas avoir cherché à les voir, étant plutôt ici pour rencontrer les Québécois.

« Que l’oligarchie québécoise et canadienne ne soit pas très heureuse de me voir, cela ne m’étonne pas une demi-seconde. Et si elle l’était, je serais presque inquiète ».

« J’ai assez de notoriété pour pouvoir m’adresser directement aux Québécois sans avoir besoin de passer par tel ou tel élu », a-t-elle crâné.

Elle dit aussi être venue « pour briser la caricature de mon mouvement dans les médias québécois », qui font leur analyse en lisant les médias français, qui sont au service des partis au pouvoir, a-t-elle ajouté.

Mme Le Pen devait faire du tourisme à Québec dimanche après-midi. Elle doit ensuite se rendre à Montréal, puis à Saint-Pierre-et-Miquelon, une Collectivité d’outre-mer de la France.

15 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 20 mars 2016 14 h 59

    On n'en demande pas tant...

    Engagez-vous madame le Pen à considérer la demande de ceux parmi les Québécois qui le désirent, à obtenir le passeport et la citoyenneté française...

    C'est une injustice qui dure depuis la conquête, alors que nos ancêtres étaient invités à rentrer en France par écrit, alors qu'ils ne savaient pas lire...

  • André Côté - Abonné 20 mars 2016 15 h 03

    Vivre ensemble...

    Selon Mme Le Pen, « une société multiculturelle est une société conflictuelle ». Non! Mais une société uniculturelle est un ghetto. Vivre ensemble, non pas malgré nos différences, mais avec nos différences, c'est le défi auquel notre humanité nous oblige à faire face.

    • Pierre Fortin - Abonné 20 mars 2016 18 h 35

      J'adhère pleinement à vos idées, Monsieur Côté, c'est bien le cap qu'il nous faut suivre. Mais il ne suffit pas de le vouloir pour que ce soit.

      Le bien vivre ensemble est le plus souhaitable, mais à la condition que chacun le veuille.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 20 mars 2016 15 h 14

    Occupez-vous de la France madame Le Pen

    ... on ne peut pas dire que votre politique d'intégration des immigrants a été un succès après les attentats du 13 novembre. Retournez allègrement en France, nous ne voulons pas de politiciens comme vous.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 20 mars 2016 16 h 37

      Correction, ce sont les politiques du Parti socialiste, avec le président dhimmi Françcois Hollande et sa suite qui ont échoué, polotiques qui ne prévoient aucun programme d'intégration et qui occultent complètement la loi sur la laïcité.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 20 mars 2016 18 h 59

      En fait, c'est plus de trois décennies de politique de gauche comme de droite qui ont complètement abandonné les politiques d'assimilation et sur la laïcité ont déconstruit la France.

  • Yves Côté - Abonné 20 mars 2016 15 h 50

    Que personne...

    J'espère que personne ne sera assez sot au Québec pour tomber dans les semblants de raisonnement de cette emberlificoteuse alambiquée aux concepts racistes.
    Le faire ne ferait plaisir et ne rendrait service qu'à nos adversaires fédéraillistes qui s'empresseront d'y trouver et d'en donner comme démonstration, encore et toujours plus, le racisme évident ou caché de notre recherche de protection de la langue française au Québec...
    Une politicienne qui ne fait qu'entretenir le fond de commerce sectaire que son père a initié et qui est présentement sous enquête pour tromperie de nature fiscale, et qui prétend se présenter au Québec en ne faisant pas de cas des chefs de partis (autres qu'elle-même, bien entendu puisqu'elle est chef de parti...), cela ne fait que montrer qu'une caricature ne pourra jamais se rapprocher de l'expertise qu'elle montre en matière de tordage de la réalité.
    Ceci-dit, jamais le général de Gaulle n'aurait plus accepté Marine Le Pen auprès de lui qu'il ne l'a fait avec son père. Les Le Pen, que personne ne croit les mensonges de l'actuelle chef du Front National, c'est Laval et Pétain. Pour s'en convaincre définitivement et percevoir la vraie nature des choses, il suffit de jeter un coup d'oeil du côté de l'électorat historique et fidèle du FN.
    D'ailleurs, jamais ni le père ni la fille ni la petite-fille (eh oui !, elle aussi est de la partie...) n'ont condamné de manière officielle les politiques racistes, et particulièrement celles anti-sémites, de l'époque de l'Occupation en France.
    A ce titre, l'idée du père que "les chambres à gaz n'ont peut-être jamais existées parce que pour ma part, je n'en ai jamais vu." et celle que la solution finale (qui a tout de même organisée l'assassinat de plus de 6 millions de juifs...) "n'est qu'un détail de l'Histoire", qui ont vallues au père des condamnations par le tribunal, restent toujours à être reniées de la fille de manière formelle.
    C'est tout dire, non ?...

    A bon entendeur, salut !

  • Daniel Gagnon - Abonné 20 mars 2016 16 h 01

    Le Pen réécrit à l'envers tous nos acquis

    Madame Le Pen réécrit à l'envers tous les acquis des Lumières, tous les gains de la liberté.

    Elle le fait sous des dehors mensongers, en exploitant tous les clivages de la société, un jour elle est antisémite, le lendemain islamophobe.

    On n'ose pas penser au cauchemar raciste que ce serait si elle était élue à la tête de l'État français!