Exaspérés, un millier de migrants forcent une frontière fermée

Réfugiés et migrants ont réussi lundi à franchir la frontière hermétiquement close avec la Macédoine.
Photo: Daniel Mihailescu Agence France-Presse Réfugiés et migrants ont réussi lundi à franchir la frontière hermétiquement close avec la Macédoine.

Plusieurs centaines de réfugiés et migrants, exaspérés par les conditions de vie au camp d’Idomeni en Grèce, ont réussi lundi à franchir la frontière avec la Macédoine hermétiquement close depuis une semaine au prix de la traversée risquée d’une rivière en crue, avant d’être arrêtés.

La colonne a serpenté à travers champs et collines pendant des heures l’après-midi, un peu à l’ouest d’Idomeni, avant de franchir une rivière grossie par les pluies des derniers jours, de l’eau jusqu’aux cuisses, les enfants sur les épaules des parents, beaucoup pleurant de fatigue.

La police grecque, sans doute dépassée par le nombre, a laissé passer ce groupe de familles, avec tous leurs bagages, qui tentait de trouver enfin un accès à l’Europe du Nord.

Mais, au bout d’un chemin vicinal, les migrants qui avaient enfin réussi à trouver la fin de la clôture de barbelés érigée par les Macédoniens (600 à 700 selon les autorités macédoniennes) ont vu leur escapade s’achever : l’armée macédonienne les a encerclés et fait asseoir, pour vraisemblablement pouvoir organiser plus tard leur retour.

Entre 10 et 30 journalistes et activistes qui les accompagnaient, selon les sources, ont été conduits à un poste de police dans la petite ville macédonienne de Gevgelija, d’où ceux-ci devaient normalement être relâchés en début de soirée.

Tout l’après-midi, des centaines d’autres migrants ont quitté le village frontière grec d’Idomeni avec le même espoir. Mais, selon des journalistes de l’AFP, la police grecque les a empêchés de franchir la rivière.

Lundi matin, trois Afghans, un homme et deux femmes, dont une enceinte, partis avant le groupe, s’y étaient noyés.

Cette action de masse est la première à cette frontière depuis une tentative de passage forcé à Idomeni le 29 février, au cours de laquelle les forces de l’ordre macédoniennes avaient fait usage de gaz lacrymogène contre quelque 300 personnes, dont des enfants.

« Plus rien à perdre »

Elle témoigne de l’exaspération croissante d’une foule évaluée à au moins 12 000 personnes lundi, qui ont vu la frontière se refermer peu à peu, puis complètement, depuis le mois dernier, au fur et à mesure des restrictions décidées par l’Autriche et les autres pays de la « route des Balkans ».

La météo a aggravé la situation, les pluies constantes des derniers jours transformant le camp en pataugeoire de boue insalubre.

Rouzkar, 28 ans, un Syrien de Kobané, a pris part à la tentative de lundi. « Nous espérons passer, nous n’avons plus rien à perdre désormais », a-t-il confié à l’AFP.