Après les Balkans, d’autres itinéraires pourraient s’ouvrir

Coincés à la frontière gréco-macédonienne, ces migrants ne savent pas quel sort leur est réservé.
Photo: Louisa Gouliamaki Agence France-Presse Coincés à la frontière gréco-macédonienne, ces migrants ne savent pas quel sort leur est réservé.

Hélicoptères, soldats… Le gouvernement bulgare s’est offert ce week-end une démonstration de force à ses frontières en forme message aux candidats à l’asile : passez votre chemin.

La Bulgarie, comme l’Albanie, voisines de la Grèce, n’excluent pas que de nouveaux itinéraires migratoires, passant par leurs territoires, ne prennent le relais de l’actuelle route des Balkans, quasiment fermée.

Lors d’un exercice conjoint des forces de l’ordre, samedi, à la frontière bulgaro-grecque, le premier ministre, Boïko Borissov, a annoncé le déploiement de 400 hommes supplémentaires dans cette zone située à moins de deux heures de route de la frontière entre la Grèce et la Macédoine, où sont bloqués depuis dix jours des milliers de Syriens et d’Irakiens.

« Nous disposons d’équipements de surveillance sophistiqués permettant d’arrêter une vague migratoire », s’est-il targué lundi en marge du sommet entre l’Union Européenne et la Turquie.

Interrogé mardi par la radio autrichienne Ö1, le chef de l’Autorité nationale contre la traite humaine, Gerald Tatzgern, a témoigné d’une « recrudescence d’activité » des passeurs « dès les grands camps de la frontière turco-syrienne », à destination « non seulement de la Grèce, mais aussi directement depuis la Turquie vers la Bulgarie, pour ensuite continuer vers la Roumanie ».

Une clôture

La Bulgarie a déjà érigé à sa frontière terrestre avec la Turquie, longue de 259 kilomètres, une clôture de 30 kilomètres. Elle a entrepris de prolonger celle-ci sur 130 kilomètres. Quelques 2000 policiers sont d’ores et déjà déployés dans la zone.

Les camions transportant des clandestins à la barbe de policiers bulgares corrompus restent une réalité, mais Frontex a augmenté sa présence côté bulgare et la Turquie, le nombre de ses gardes-frontières, selon l’analyste Vladimir Tchoukov.

De Bulgarie, la voie la plus directe pour rejoindre l’ouest de l’Europe passe par la Serbie. Mais il faut traverser une région montagneuse et la Serbie est peu encline à tolérer des passages massifs par son territoire.

Plus au nord, un crochet par la Roumanie est plus délicat encore : seuls deux ponts relient ce pays à la Bulgarie et une traversée en barque à travers le Danube « n’échapperait pas aux gardes-frontières », estime Vessela Tcherneva du Centre européen d’analyse de politique étrangère à Sofia.

Obstacle supplémentaire : la Hongrie, qui a déjà clôturé ses frontières avec la Croatie et la Serbie, a lancé des travaux préparatoires pour en faire autant avec sa frontière roumaine.

L’Italie

Plus au sud, les routes clandestines de l’exode pourraient aussi bifurquer vers l’Albanie et l’Italie. Cette possibilité ne doit pas être ignorée, a reconnu samedi le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni qui veut lui aussi croire que le risque est maîtrisé grâce à « la coopération, active depuis longtemps, avec le gouvernement albanais ».

Rome devrait fournir prochainement des moyens logistiques et humains supplémentaires pour aider Tirana à contrôler ses frontières, selon des sources concordantes.

Des candidats à l’asile, parmi lesquelles des femmes et des enfants en grand nombre, se lanceront-ils sur ces chemins dangereux, physiquement très éprouvants et de plus en plus surveillés ?

« C’est trop tôt pour le dire », estime Leonard Doyle, un porte-parole de l’Office international des migrations (OIM). « La pression de l’Europe pour réduire les départs de Turquie est énorme, cela pourrait fonctionner. »


Passage impossible

Ljubljana — La route migratoire des Balkans ferme pratiquement mercredi, accentuant l’urgence d’un plan d’action humanitaire.

Après des tractations laborieuses à Bruxelles lundi, les pays membres de l’Union européenne n’avaient pas voulu décréter officiellement la fermeture de la route migratoire des Balkans, empruntée l’an dernier par plus de 850 000 migrants.

Mais la Slovénie a décidé mardi de mesures qui reviennent à rendre le passage quasi impossible : à partir de minuit mardi, elle ne laissera plus transiter de migrants sans papier par son territoire, sauf exceptions humanitaires.

La Serbie a indiqué qu’elle ferait de même et que cette mesure revenait « pratiquement à fermer la route des Balkans ». La Macédoine, pays non membre de l’UE par lequel les migrants quittent la Grèce, a dit s’aligner sur le nombre de migrants acceptés par son voisin serbe.


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