Le président Kadyrov est pris à partie par l’opposition russe

Moscou — L’opposition russe a dépeint dans un rapport rendu public mardi le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, comme un dirigeant corrompu et sans pitié qui a de facto transformé cette instable république russe du Caucase en un pays indépendant et constitue « une menace pour la Russie ».

Intitulé Menace pour la sécurité nationale et rédigé par l’une des figures de l’opposition russe, Ilya Iachine, ce rapport suggère que Ramzan Kadyrov a été tacitement autorisé par le président russe, Vladimir Poutine, à faire de la Tchétchénie son terrain de jeu et une zone hors de contrôle des autorités centrales.

« Nous sommes confrontés à un régime corrompu, dangereux, qui constitue une menace pour la Russie et la Tchétchénie », a affirmé Ilya Iachine pendant une conférence de presse interrompue par la police à la suite d’une alerte à la bombe.

« Le régime actuel en Tchétchénie, vous pouvez le décrire comme étant le règne personnel » de Ramzan Kadyrov, a poursuivi cet opposant âgé de 32 ans, dirigeant du mouvement Solidarnost, qui explique avoir rédigé ce rapport à partir de sources en accès libre.

Armée personnelle

Ilya Iachine estime ainsi que le président tchétchène dispose d’une armée de 30 000 hommes, officiellement placés sous le contrôle du ministère russe de l’Intérieur mais lui étant entièrement dévoués, ce qui en fait une véritable milice privée.

Cet opposant estime que la politique de Vladimir Poutine, qui a donné carte blanche à Ramzan Kadyrov en échange d’une « pacification » de sa république, risque de se retourner contre le Kremlin.

« Poutine a placé une bombe à retardement en Tchétchénie qui pourrait mener à une troisième guerre tchétchène ou à une autre crise », a déclaré Ilya Iachine au cours de sa conférence de presse.

Ramzan Kadyrov a lui-même reproduit ce rapport sur Internet, se moquant d’une publication qui « ne contient rien de plus que du blabla ».

L’assassinat de Nemtsov

Sa diffusion intervient quasiment un an après l’assassinat à Moscou de l’opposant Boris Nemtsov, dont Ilya Iachine était un allié. De nombreux proches de Boris Nemtsov ont accusé l’entourage de Ramzan Kadyrov, voire Ramzan Kadyrov lui-même, d’être responsable de son assassinat.

Cinq suspects originaires de Tchétchénie et d’Ingouchie, une autre république russe du Caucase, ont été inculpés pour ce meurtre, dont un ancien policier ayant servi dans un bataillon des forces spéciales particulièrement loyal à M. Kadyrov.

Placé à la tête de la Tchétchénie par Vladimir Poutine à seulement 30 ans, Ramzan Kadyrov maintient depuis 2007 l’ordre d’une main de fer dans cette ancienne région rebelle.

Ramzan Kadyrov s’est lancé ces dernières semaines dans un combat contre les opposants au Kremlin. Mi-janvier, il avait ainsi proposé d’interner en hôpital psychiatrique les responsables de l’opposition libérale et des médias indépendants, puis avait diffusé une vidéo dans laquelle il mettait virtuellement en joue le dirigeant du parti d’opposition libéral Parnas, Mikhaïl Kassianov.