L’Europe se ferme lentement

De 3600 en 2014, la Finlande prévoit recevoir cette année entre 25 000 et 30 000 demandes d’asile.
Photo: Panu Pohjola Agence France-Presse De 3600 en 2014, la Finlande prévoit recevoir cette année entre 25 000 et 30 000 demandes d’asile.

Tout comme la Suède mercredi, la Finlande et les Pays-Bas, aux prises avec des tensions croissantes liées à la crise migratoire, veulent renvoyer des dizaines de milliers de demandeurs d’asile déboutés, au moment où l’Europe dépassée cherche à atténuer la pression à ses frontières extérieures.

Des milliers de migrants continuent d’affluer malgré l’hiver en Méditerranée, fuyant notamment les conflits en Syrie ou en Irak au péril de leur vie : les corps de 24 migrants, dont 10 enfants, ont encore été repêchés jeudi matin par les autorités grecques au large de l’île de Samos en mer Égée, et six corps ont été découverts par la marine italienne à bord d’un canot pneumatique qui coulait au large des côtes libyennes.

La Finlande qui a dit jeudi tabler sur l’expulsion de 20 000 des 32 000 demandeurs arrivés dans le pays l’an dernier, conformément au taux habituel de rejet qui se monte à 65 %, selon la chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, Païvi Nerg. Deux avions nolisés sont déjà réservés pour la reconduite de migrants irakiens au cours des prochains mois, selon elle. Les procédures sont conformes à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui interdit les expulsions collectives de migrants, sauf s’ils ont fait l’objet d’un examen individuel au préalable, font valoir les deux capitales nordiques.

Les Pays-Bas, qui occupent pour le premier semestre la présidence tournante de l’Union européenne, envisagent eux de renvoyer en Turquie les migrants fraîchement arrivés en Grèce, en échange de l’accueil de 250 000 réfugiés installés en Turquie.

À Stockholm, selon le ministre de l’Intérieur, Anders Ygeman, entre 60 000 à 80 000 demandeurs d’asile enregistrés l’an dernier seraient déboutés et expulsés, soit près d’un requérant sur deux. « Nous allons devoir utiliser plus d’avions nolisés », a-t-il souligné.

Aux Pays-Bas, le chef de file du parti travailliste (PvdA), Diederick Samsom, a assuré au quotidien De Volkskrant qu’un projet à l’étude depuis décembre proposait de renvoyer les derniers migrants arrivés clandestinement en Grèce en échange de l’accueil de réfugiés restés en Turquie. Ce projet est examiné en collaboration avec des partis politiques dans 10 pays, dont l’Autriche, l’Allemagne et la Suède, selon M. Samsom. Il pourrait néanmoins être contraire à la Convention de Genève et aux politiques européennes, a assuré un porte-parole de la Commission européenne. « Si quelqu’un entre sur le territoire de l’UE ou se présente à la frontière de l’un des pays membres et demande l’asile, nous ne leur refuserons jamais l’accès », a-t-il affirmé.

Amnesty International a critiqué l’idée. « Un plan d’accueil à grande échelle pour les réfugiés en Turquie est une bonne idée, mais le rendre conditionnel au retour rapide de ceux traversant les frontières de manière illégale revient à faire du troc avec des vies humaines », a affirmé John Dalhuisen, le directeur de l’ONG pour l’Europe.

Plus d’un million de migrants, dont un nombre important de Syriens fuyant le conflit qui ravage leur pays, sont entrés en Europe en 2015, provoquant la plus grande crise migratoire sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale. 52 868 sont arrivés en janvier, dont 50 668 en Grèce, selon le HCR.

Et Berlin

L’Allemagne pour sa part va placer le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sur sa liste des pays sûrs, durcissant ainsi les conditions d’asile pour leurs ressortissants, a annoncé jeudi soir le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel. « Maintenant, nous allons […] inscrire dans la loi [allemande] les trois pays, Maroc, Algérie et Tunisie comme des pays sûrs », a indiqué M. Gabriel, patron du parti social-démocrate, après une réunion avec les chefs des deux autres partis de la coalition au pouvoir, la chancelière Angela Merkel (CDU) et le Bavarois Horst Seehofer (CSU).

À l’issue d’une rencontre à la chancellerie, à Berlin, les trois chefs de la coalition se sont mis d’accord, au terme de plusieurs semaines d’atermoiements, sur un nouveau train de mesure destinés à limiter le nombre de demandeurs d’asile en Allemagne, alors que le pays a accueilli en 2015 environ 1,1 million de migrants.

Voir son pays d’origine classé pays d’origine sûr limite drastiquement les cas dans lesquels le ressortissant d’un tel État peut voir sa demande d’asile accepté. Berlin, qui entend ainsi permettre un examen accéléré des demandes d’asile et faciliter les expulsions, espère ainsi juguler le nombre de migrants venus d’Afrique du Nord et qui a considérablement augmenté ces derniers mois.

À l’automne, l’Allemagne avait déjà classé pays sûrs l’Albanie, le Monténégro et le Kosovo, alors que des dizaines de milliers de demandeurs d’asiles venaient de ces États-là. Le nombre a depuis chuté, notamment aussi grâce à des campagnes médiatiques dans ces pays pour expliquer que les chances d’obtenir un titre de séjour en Allemagne étaient minimes.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 janvier 2016 09 h 30

    Les réfugiés une gageure dont nous ne connaissons rien

    Allons-nous revenir aux sociétés entourées de murailles, la modernité étant devenus éphémere, allons nous revenir au temps de nos grands parents qui ne s'éloignaient jamais trop du village, pour la bonne raison que la ville était souvent sale et pauvre, n'est ce pas ce que j'ai découvert lorsque je suis venu a Montreal pour la premiere fois , Montréal devenait alors les faubourgs a la Victor Hugo peuplés d'enfants sales, nus et mal nourris , je ne pensais pas que ca existait au Québec, dans mon village ca n'existait pas, nous avions les champs, le ruisseau, la rivière et la forest, comme terrain de jeux , est-ce que l'on peut créer un monde de refugiés, est ce souhaitable, voila la question est posée, quelle en sera le monde, dans quelques années , ne dit on pas que meme dieu empêcha Moise de rentrer en Égypte

    • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2016 11 h 19

      Sans doute n'allons nous l'as revenir aux murailles, mais il faut admettre que le situation est intenable en Europe et qu'il faut faire quelque chose.

      Pensons à la jungle de calais où s'entassent des milliers de migrants, qui veulent tous partir pour la Grande Bretagne et qui constituent un poid économique pour la France.

      Pensons également à la situation dans ces pays d'origine de ces gens. On a presque banalisé l'état de guerre qui y sévit...

      Je pense que la situation dépasse de loin l'état de votre village, et de votre situation...