L’armée tente de renforcer ses pouvoirs

Rangoun — Le président birman a proposé mardi la création d’un super-ministère de l’Intérieur qui serait sous le contrôle de l’armée, à quelques jours de l’arrivée au pouvoir d’un Parlement dominé par Aung San Suu Kyi.

Cette réforme de dernière minute du président Thein Sein, un ancien général ayant assuré depuis 2011 la transition post-junte, vise à « fusionner le ministère de l’Immigration et de la Population avec celui de l’Intérieur », a confirmé Zaw Htay, porte-parole de la présidence.

Le chef de l’armée conservant le pouvoir de nommer certains ministres clés comme celui de l’Intérieur et de la Défense, les militaires s’assureraient ainsi le contrôle de ce ministère qui a notamment la main sur l’attribution des visas pour les étrangers et l’émission de passeports pour les Birmans. Une façon de renforcer le contrôle des militaires sur le gouvernement à venir, qui doit être formé par le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Thein Sein a écrit une lettre au Parlement sortant, dominé par le parti au pouvoir, pour demander l’approbation de cette réforme avant la fin de sa session vendredi.

Le porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti d’Aung San Suu Kyi, a assuré ne pas être au courant de cette tentative de réforme de dernière minute.

Héritage de la junte

La présidence invoque le nécessaire « renforcement de la sécurité » derrière cette réforme, rappelant que les deux ministères n’en faisaient qu’un jusqu’en 1995.

Cette annonce intervient à quelques jours de la prise de fonction, lundi 1er février, du Parlement issu des élections législatives de novembre 2015, les premières démocratiques depuis 25 ans, lors desquelles la NLD s’est assurée un raz-de-marée électoral.

En plus de contrôler de larges pans de l’exécutif, par le biais des ministères de la Défense et de l’Intérieur, les héritiers de l’ancien régime resteront une force politique cruciale dans le pays grâce aux 25 % de députés militaires, une prérogative héritée de la junte.

La première étape du nouveau Parlement sera de choisir le prochain président, un processus complexe qui pourrait durer des semaines.

Suu Kyi ne pourra quant à elle pas se présenter en raison d’un article de la Constitution qui bloque l’accès à la fonction suprême pour les personnes ayant des enfants de nationalité étrangère. Or ses deux enfants sont britanniques.

À la rue

Des centaines de familles birmanes se sont soudain retrouvées à la rue mardi lorsque le gouvernement a fait raser leur bidonville à coup de pelles mécaniques à Rangoon pour faire place à un complexe industriel, a constaté l’AFP.

Les habitants tentaient mardi d’arracher quelques maigres possessions des ruines de leurs habitations à proximité d’une usine de bière, propriété de l’armée dans la zone industrielle au nord de Rangoon.

« La police a commencé à détruire nos maisons dans la matinée. Toutes nos affaires sont mouillées et mes deux enfants sont dans le froid sous la pluie », a raconté Kyi Kyi Winu, une jeune femme qui vit dans cette zone depuis 19 ans. Elle a expliqué que les habitants n’avaient été prévenus de cette destruction que la veille. Ni les autorités de Rangoon, ni la police ou la présidence n’ont voulu faire de commentaire.

La réglementation sur les terrains à bâtir devrait être l’un des principaux sujet du nouveau gouvernement dirigé par le parti de Aung San Suu Ky qui va siéger au Parlement à partir de la semaine prochaine après sa victoire aux élections de novembre.