«La victimisation, ça suffit!»

« Un jour, ton fils de 13 ans, il arrive à la maison et il te dit : “ Maman, tu n’es pas une bonne musulmane parce que tu ne fais pas ce qui est écrit dans le Coran !  » Voilà le genre de situations que rencontre régulièrement Nadia Remadna. Dans les banlieues de Seine-Saint-Denis où elle travaille, cette mère qui a élevé seule ses quatre enfants se retrouve de plus en plus devant des mères désemparées qui ne savent plus quoi faire de leur fils. Avant, elles avaient peur qu’ils deviennent délinquants, aujourd’hui, elles ont peur qu’ils deviennent terroristes, dit-elle.

« On dit que les jeunes se radicalisent sur Internet, mais ça peut arriver n’importe où : à l’école, à la mosquée ou dans une activité sportive, dit-elle. Dans nos banlieues, on voit de plus en plus de jeunes filles qui arrêtent l’école pour se voiler et s’enfermer à la maison. On voit des jeunes qui ne veulent plus dire “ je t’adore ” parce que, disent-ils, ce mot est réservé à Dieu. On est où, là ? »

C’est parce que de telles scènes sont devenues quotidiennes qu’en juin 2014, Nadia Remadna a fondé la Brigade des mères. Oui, « brigade », comme dans « brigade des stupéfiants » ou « brigade antiterroriste ». Avec une vingtaine de ses semblables, elle intervient en banlieue parisienne pour tenter de régler les conflits scolaires, les problèmes de délinquance ou de violence familiale.

Née en France de parents algériens, Nadia Remadna sait de quoi elle parle. À 13 ans, son père l’obligea de force à quitter son collège à Champigny-sur-Marne, près de Paris, pour aller s’enterrer avec lui à Bougaa, une petite ville près de Sétif, en Algérie. Il s’écoulera une bonne décennie avant que Nadia trouve le courage de se sauver pour retrouver la France et la liberté.

Aujourd’hui, lorsqu’elle voit la grande noirceur qui opprime tant de femmes algériennes gangrener son propre pays, elle ne le supporte pas. C’est pourquoi elle a écrit un livre en forme de coup de poing (Comment j’ai sauvé mes enfants, Calman-Lévy) dans lequel elle dénonce l’inconscience des dirigeants politiques français qui s’accommodent des islamistes et ne cessent de victimiser les jeunes des banlieues françaises.

À l’époque, dit-elle, « il n’y avait pas la ghettoïsation ethnique et religieuse qu’on voit maintenant. On était peut-être pauvres, mais il y avait un mélange. Il y avait les Italiens avec les Algériens et les Portugais. Aujourd’hui, les enfants sont enfermés dans la culture de leurs parents alors même qu’ils ne connaissent ni le pays de leurs parents ni leur propre pays, la France. Même que souvent, ils ont la haine de la France, une haine qu’on a soigneusement cultivée chez eux en leur disant sans cesse que les Français étaient racistes et méchants. Avec le temps, ils se sont enfermés dans cette haine. Moi, j’en veux aux politiques qui ont fait de nos enfants des gens qui sont toujours en train de revendiquer au lieu de se sentir français. J’en veux à ces politiques qui ont victimisé nos jeunes. »

La laïcité compromise

Tout au long du témoignage qu’elle publie avec un journaliste de l’hebdomadaire Marianne, Nadia Remadna raconte les nombreuses compromissions des élus de gauche de sa ville avec les islamistes pour acheter la paix. Elle montre comment ceux-ci se résignent souvent à ne pas appliquer les lois, à reculer sur la laïcité et comment, dès qu’arrive un drame, ils font appel aux leaders religieux pour rétablir la paix.

Résultat, aujourd’hui, les islamistes harcèlent les filles qui ne portent pas le voile et insultent ceux qui ne respectent pas le ramadan. Bref, ils font de plus en plus la loi. « Les élus participent à cette ségrégation, dit Nadia. Ils nous enferment dans notre culture, dans notre tradition, dans notre religion. On est comme dans des prisons à ciel ouvert au lieu de se sentir français. »

Nadia Remadna en veut aussi à l’école qui ne s’intéresse qu’aux « médiocres », écrit-elle, au lieu d’encourager les meilleurs et de récompenser l’excellence. Mais surtout, elle ne pardonne pas à cette école d’avoir « cédé sur la laïcité ».

À partir des années 1990, de nombreux élus des banlieues difficiles ont encouragé ce qu’on appelait alors les « Grands Frères » ou les « médiateurs ». Il s’agissait, à l’aide de subventions à l’emploi, d’engager des jeunes issus des quartiers périphériques pour maintenir l’ordre dans les transports en commun ou dans les cités. Comme si l’État pouvait déléguer ses missions régaliennes à des organisations communautaristes.

« Le mouvement des Grands Frères, ça a bousillé pas mal de choses, dit Nadia Remadna. Aujourd’hui, quand ils interviennent dans les quartiers, ils interviennent avec le Coran. » Avec les conséquences que l’on imagine pour les femmes.

Le machisme intégriste

« Dans les banlieues, de plus en plus, ce sont les hommes qui ont pris le pouvoir, dit-elle. Il y a un machisme intégriste qui s’est installé. Les femmes, elles, elles n’existent plus. Elles sont de plus en plus effacées. Il n’y a plus cette mixité qu’il y avait auparavant. Même dans les ateliers, les femmes font leurs activités de leur côté et les hommes du leur. Ce n’est pas ça, la France ! »

Avec d’autres mères, Nadia Remadna a décidé d’organiser des rencontres afin d’« apprendre à ces femmes l’histoire de leur pays. On s’est rendu compte qu’elles ne connaissaient pas l’histoire de France, même si elles vivaient en France depuis 40 ans. On veut leur permettre de penser autrement en leur donnant des notions de droit ».

Elle veut aussi faire reculer ce qu’elle nomme « le mal-islam », qui dit-elle s’est infiltré partout, et permettre aux familles de se réapproprier l’éducation de leurs enfants, en particulier l’éducation religieuse. Afin d’éviter que cette religion soit enseignée de l’extérieur et de permettre aux parents de demeurer libres de la transmettre ou pas.

« Ça fait deux décennies que les politiques ne cessent de victimiser les jeunes, de leur faire croire qu’ils sont toujours discriminés, qu’ils sont partout l’objet de racisme et que si tu t’appelles Mohamed et habites Sevran personne ne lira ton curriculum vitae. C’est faux ! Le résultat, c’est que quand il ne reste plus rien, qu’on est au bout du rouleau, et bien, il reste la religion. Aujourd’hui, on en est là. Le point de départ pour s’en sortir, c’est d’appliquer la loi et d’arrêter de flirter avec les religieux. Mais pour cela, il faut un peu de courage. Juste un peu. »

Dans les banlieues, de plus en plus, ce sont les hommes qui ont pris le pouvoir. Il y a un machisme intégriste qui s’est installé. Les femmes, elles, elles n’existent plus. Elles sont de plus en plus effacées. Il n’y a plus cette mixité qu’il y avait auparavant. Même dans les ateliers, les femmes font leurs activités de leur côté et les hommes du leur. Ce n’est pas ça, la France!

24 commentaires
  • Pierre Hélie - Inscrit 13 janvier 2016 06 h 00

    Tout simplement...

    Seuls les apôtres de la gauche communautariste et les "intellectuels démissionaires" continueront dans le déni...

  • Anne Arseneau - Abonné 13 janvier 2016 06 h 43

    Et vlan !

    J'espère que ce texte sera lu par Françoise David, Philippe Couillard et Justin Trudeau.

    • Gilles Delisle - Abonné 13 janvier 2016 09 h 28

      Et aussi, par Mme Pelletier!

    • Louise Melançon - Abonnée 13 janvier 2016 10 h 59

      tellement d'accord!!!

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 janvier 2016 11 h 50

      Oui, c'est gentil ces petits textes remplis d'opinions voilant une position que M. Rioux défend par ailleurs dans le reste de sa production, mais j'ignore l'utilisation que pourraient en faire les personnes nommées, outre leur permettre d'apprendre à connaître les zélotes simplificateurs.

      Suffit pour Mme. d'annoncer que "si tu t’appelles Mohamed et habites Sevran personne ne lira ton curriculum vitae" est faux pour perdre sa "crédibilité". La faute aux jeunes des banlieues, leur marginalisation, leur déqualification, leur absence du marché du travail?

      Même Le Figaro rappelle que trouver un boulot pour Mohammed est beaucoup plus difficile que pour Michel...

      http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/10/08

    • Anne Arseneau - Abonné 13 janvier 2016 14 h 29

      M. Lamy-Théberge,

      C'est vrai qu'il est faux de prétendre qu'en France, PERSONNE ne lira ton curriculum vitae si tu t'appelles Mohammed..

      La discrimination n'est pas un mur, mais un obstacle...et y'en a partout.

      Votre détestation de M. Rioux vous empêche d'apprécier l'excellent témoignage d'une dame qui agit pour améliorer les choses.

      C'est triste.

      PS Ma jeune (et magnifique) soeur, qui a travaillé longtemps en France, me dit de vous dire que ce n'est pas facile non plus pour les filles moches qui portent le pantalon de trouver un emploi en France !

    • Pierre Hélie - Inscrit 13 janvier 2016 15 h 25

      Personne ne nie ce fait, M. Lamy-Thivierge, et certainement pas M Rioux, mais ceci n'empêche pas la possibilité de victimisation (comme certains francophones québécois sont tentés de mettre tous leurs déboires sur le dos des anglophones...). Ce que cette dame rappelle entre autres, c'est que le fanatisme religieux n'est pas une solution viable.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 janvier 2016 07 h 26

    Yahou !

    « Le point de départ pour s’en sortir, c’est d’appliquer la loi et d’arrêter de flirter avec les religieux. Mais pour cela, il faut un peu de courage. Juste un peu. » (Nadia Remadna, fondatrice, Brigade des mères, France)

    En effet, pour se sortir de ce genre de « noirceur », le courage (« Juste un peu. ») constitue, avec l’apport de la sagesse, un atout majeur de lutte et de libération de toute forme de servitude-assimilation humaines, violente ou pas !

    Tout en se rappelant, du Québec d’avant sa Révolution dite « tranquille », de l’action des Gérard Pelletier (condition de vie : crèches … .) et des Jean-Guy Labrosse (enfance de Duplessis-Léger), celle des Nadia (Brigade des mers) émerveille d’éveils, d’inspirations, d’ouvertures !

    Yahou ! -13 jan 2016 -

  • François Dugal - Inscrit 13 janvier 2016 08 h 02

    Histoire de "chat"

    Disons merci à madame Remadna d'appeler un chat, un chat.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 13 janvier 2016 08 h 09

    Beau tableau de ce qui se passe en France

    J'ai de nombreux amis français et j'ai fait de nombreux séjours dans leur pays. Et ce qui est décrit ici correspond parfaitement à ce que j'ai vu: plein de mariages mixtes, des français de toutes origines rassemblés en toute amitié à de très multiples reprises, mais aussi une frange de la population qui s'isole dans sa propre culture d'origine et un véritable laxisme des autorités qui laissent pourrir des situations qui auraient pu être évitées, accroissant ainsi les tensions entre les partisants de la laïcité et ceux qui font du prosélytisme en envahissant l'espace public et en poussant toujours plus loin leurs exigences d'accomodements.

    Il faut aller jusqu'où pour comprendre que nous pouvons respecter les croyants et leur foi tout en refusant absolument que la machine "religion", que nous savons tous bâtie par les intérêts socio-politiques de certains hommes, règne sur toutes nos vies?