Le nombre de plaintes explose

Angela Merkel a annoncé ce week-end un durcissement à venir du régime d’expulsion des demandeurs d’asile condamnés en justice.
Photo: Fredrik Von Erichsen DPA Agence France-Presse Angela Merkel a annoncé ce week-end un durcissement à venir du régime d’expulsion des demandeurs d’asile condamnés en justice.

Le nombre de plaintes pour violences lors de la nuit du jour de l’An à Cologne, une ville de l’ouest de l’Allemagne, a explosé, selon le décompte publié dimanche par la police, accroissant la pression sur Angela Merkel et son ouverture envers les réfugiés.

Quelque 516 personnes ont porté plainte, dont environ 40 % pour des faits d’agression sexuelle, a indiqué la police de Cologne, qui avait fait état de 379 plaintes la veille.

Dix-neuf personnes sont pour l’instant considérées comme suspectes, a indiqué sans autre détail la police locale, qui a aussi procédé à l’arrestation d’un Marocain de 19 ans soupçonné de vol de téléphones portables le soir de la Saint-Sylvestre.

Alors qu’une certaine confusion règne depuis la révélation tardive de ces violences, avec des communications distinctes de la police fédérale et de la police locale, le ministère de l’Intérieur avait lui vendredi indiqué que des vérifications étaient faites par la police fédérale sur 32 suspects, dont 22 demandeurs d’asile, pour des violences et des vols.

La police locale, dont le chef a été mis à pied vendredi après de nombreuses critiques notamment sur une communication très tardive et limitée, avait affirmé samedi que les personnes sur lesquelles elle enquêtait étaient « originaires en grande partie de pays d’Afrique du Nord » et « en grande partie des demandeurs d’asile et des personnes se trouvant en Allemagne illégalement ». Cela n’a pas été répété dans le communiqué de dimanche.

« Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifiée », a considéré dimanche le ministre de la Justice, le social-démocrate Heiko Maas.

La nuit de la Saint-Sylvestre a également été le théâtre d’actes de violence à Hambourg, où quelque 133 plaintes, notamment pour agression sexuelle, ont désormais été déposées, a parallèlement indiqué dimanche la police de cette ville du nord de l’Allemagne. Son porte-parole a précisé que les descriptions faites par les plaignantes des auteurs des faits étaient « diverses », évoquant des hommes « d’apparence africaine, arabe et sud-européenne ».

Politique d’ouverture

L’émoi provoqué en Allemagne par ces violences qui pourraient donc impliquer des réfugiés a contraint la chancelière allemande Angela Merkel à restreindre un peu plus sa politique d’ouverture à l’égard des réfugiés, afin de ne pas risquer de s’aliéner l’opinion avant les élections législatives de 2017 à l’issue desquelles elle devrait prétendre à un quatrième mandat de quatre ans à la chancellerie.

« Cologne a tout changé, les gens doutent », a résumé un des caciques du parti conservateur de la chancelière, Volker Bouffier.

Un sondage Forsa publié dimanche soir pour la chaîne de télévision RTL indique tout de même que l’avis sur les étrangers de 60 % des personnes interrogées n’a pas changé après Cologne, mais 37 % ont une opinion plus négative.

Alors qu’elle avait réussi en décembre à pacifier son parti conservateur, Angela Merkel cherche désormais à donner des gages aux partisans de la fermeté. Elle a annoncé ce week-end un durcissement à venir du régime d’expulsion des demandeurs d’asile condamnés en justice, même avec sursis, et parlé d’un « devoir d’intégration » pour les immigrés.

« Après la période des bras ouverts, le temps est peut-être venu du changement de cap. À présent il est question d’expulsion, de durcissement de la loi, ce qui s’est passé à Cologne a une dimension vraiment politique », a analysé Tilman Mayer, politologue à l’université de Bonn, sur la chaîne de télévision publique Phoenix.

Il souligne « la signification symbolique » des violences en bandes sur les femmes qui constituent pour le pays « un type d’événement totalement nouveau », « en contradiction éclatante avec la culture de la bienvenue » aux réfugiés promue depuis des mois.

Un autre réfugié en cause

L’homme tué cette semaine en attaquant un commissariat parisien vivait dans un foyer de demandeurs d’asile en Allemagne, selon la police, une révélation potentiellement embarrassante au moment où la politique généreuse du gouvernement à l’égard des réfugiés est décriée. L’homme vivait « dans un foyer de demandeurs d’asile » à Recklingshausen, ville de la Ruhr (ouest), qui a fait l’objet d’une perquisition samedi, a indiqué la police régionale. « Aucun indice de possibles autres attaques » n’a été trouvé, ni aucun explosif, a-t-elle affirmé.

Cet homme, dont l’identification est toujours en cours, mais qui a été reconnu par ses proches comme un Tunisien nommé Tarek Belgacem, était un demandeur d’asile qui « depuis 2011 a voyagé à travers l’Europe et déposé des demandes d’asile partout », et « avait un passé criminel », a indiqué le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, à la télévision. Son homologue français, Bernard Cazeneuve, a lui appelé « à la plus grande prudence » concernant les informations concernant cet homme, n’étant « pas sûr » que celles données par la police allemande ce week-end soient exactes.