Angela Merkel sous pression après les agressions de Cologne

Les policiers surveillaient de près les manifestants mercredi, près de la cathédrale et de la gare ferroviaire de Cologne.
Photo: Roberto Pfell Agence France-Presse Les policiers surveillaient de près les manifestants mercredi, près de la cathédrale et de la gare ferroviaire de Cologne.

Angela Merkel affronte des critiques redoublées contre sa politique d’ouverture aux réfugiés, que ses détracteurs cherchent désormais à lier à l’agression d’une centaine de femmes lors du Nouvel An à Cologne, qui a scandalisé l’Allemagne.

L’affaire, à la une de tous les médias mercredi, complique la tâche de la chancelière en ce début d’année, car elle fait spectaculairement ressurgir les craintes diffuses que suscite dans une partie de l’opinion l’afflux sans précédent de migrants venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan et les doutes sur la capacité du pays à les intégrer.

Plus d’une centaine de plaintes ont été enregistrées après les agressions contre des femmes à la Saint-Sylvestre, a indiqué mercredi la police locale.

Les autorités ont beau marteler ne disposer à ce stade d’aucun élément montrant que des réfugiés étaient impliqués, les détracteurs de la chancelière se sont engouffrés dans la brèche. Ils arguent de témoignages des victimes évoquant des agresseurs d’apparence nord-africaine ou arabe.

Sur la défensive, Angela Merkel a affronté en fin d’après-midi mercredi en Bavière les foudres de la branche locale de sa famille politique, la CSU, qui l’a invitée de longue date à sa réunion de rentrée pour lui redire à quel point elle juge le cap actuel du gouvernement sur le dossier des réfugiés, dangereux pour le pays. « Je maintiens mon exigence d’un changement dans tous ses aspects de la politique sur les réfugiés », a souligné à son arrivée le président de la CSU, Horst Seehofer. « Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent à de telles agressions » comme à Cologne, « cela doit conduire à la fin immédiate de leur séjour en Allemagne », avait lancé avant lui un de ses adjoints, Andreas Scheuer.

Mais l’extrême droite peine à mobiliser ses sympathisants sur cette question. Mercredi, une dizaine de manifestants seulement ont répondu à l’appel du parti local d’extrême droite, Pro NRW, lancé sur les réseaux sociaux sous le mot d’ordre « La violence des immigrés ne nous laisse pas froids ». Ils ont été hués par quelque 150 contre-manifestants dans le centre de Cologne.

Complot

Les thèses complotistes fleurissent sur Internet et dans les mouvements populistes, accusant les grands médias d’avoir à dessein passé pendant plusieurs jours sous silence les événements de Cologne pour ne pas alimenter le discours anti-migrants. La police locale elle-même n’a commencé à donner des éléments que lundi, trois jours après le Nouvel An, et n’en a révélé toute l’ampleur que mardi. Elle argue que les plaintes des femmes victimes ne sont arrivées que peu à peu, faisant état d’attouchements et de vols par des hommes agissant en bandes. Depuis, les témoignages éclairent les événements de la nuit d’une lumière très crue.

Steffi, 31 ans, raconte dans le quotidien Süddeutsche Zeitung avoir croisé ce soir-là « un nombre infini de femmes en larmes » dans la gare et avoir été insultée par un groupe d’hommes alors qu’elle tentait de se frayer un chemin. « J’ai vu une fille qui pleurait, ses bas étaient déchirés et sa jupe de travers. Elle n’en pouvait vraiment plus. Un jeune homme est sorti de la foule et m’a fait des réflexions obscènes : je peux t’aider ? je sais que je peux t’aider ! », a-t-il dit en faisant des gestes obscènes », a encore témoigné la jeune femme.

Des actes similaires, mais de bien moindre ampleur, ont aussi été signalés à Hambourg (nord) et Stuttgart (sud-ouest) lors du Réveillon.

Dans ce contexte, la pression pesant sur Merkel pour fixer une limite au nombre de demandeurs d’asile est appelée à encore croître, d’autant qu’ils continuent malgré le froid à arriver au rythme de plusieurs milliers par jour : il y en a eu 127 320 en décembre, et 1,1 million sur 2015, record absolu, selon des chiffres publiés mercredi par le gouvernement.

La CSU la réclame à cor et à cri. M. Seehofer a fait valoir « qu’à ce rythme nous en aurons plus cette année qu’en 2015 ». Mais la chancelière ne veut toujours pas entendre parler de plafonnement, même si elle s’est engagée à réduire le nombre de migrants de manière significative dans le cadre d’une solution européenne, qui tarde néanmoins à se dessiner.

Des conseils malvenus

Berlin — La mairesse de Cologne faisait mercredi l’objet de critiques et quolibets, particulièrement sur Twitter, pour son conseil donné aux femmes de se tenir à bonne distance des inconnus.

Henriette Reker a recommandé mardi aux femmes de respecter « une certaine distance, plus longue que le bras » avec les inconnus pour se protéger d’éventuels assauts. Elle s’exprimait lors d’une conférence de presse à la suite des agressions sexuelles et en réponse à une question sur le meilleur moyen de se protéger.

Son conseil a déclenché une vague de commentaires sarcastiques sur Twitter, le hashtag ArmlaengeAbstand (distance de plus d’un bras), s’imposant rapidement mercredi dans les cinq plus partagés en Allemagne.

« Shame on you » (honte à vous), s’indignait une utilisatrice de Twitter, outrée qu’on suggère « aux femmes de changer de comportement et pas aux agresseurs ». Un point de vue également exprimé par la ministre de la Famille, des Femmes et de la Jeunesse, Manuela Schwesing, qui, sur Twitter, a affirmé : « Nous n’avons pas besoin de règles de comportement pour les femmes, ce sont les auteurs des faits qui doivent rendre des comptes. »

Le ministre de la Justice, Heiko Maas, y est lui aussi allé de son commentaire sur le réseau social : « Ce ne sont pas les femmes qui portent la responsabilité de ces agressions », a-t-il jugé.

Mme Reker s’est défendue, déplorant, selon des propos rapportés par l’agence DPA, que « les comptes-rendus raccourcis dans la presse [de ses propos] aient pu donner l’impression que [ses] mesures de prévention se limitent à des recommandations aux femmes et aux jeunes filles quant à leur comportements »
1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 7 janvier 2016 05 h 55

    Autant de personnes étant impliquées, les enquêtes policières aboutiront rapidement. Attendons.

    Il ne faut pas se fier sur l'apparence d'une personne pour savoir qui elle est et d'où elle vient, les déguisements existants autant en Allemagne qu'ici. Autant de personnes étant impliquées, la police et les médias verront leurs efforts rapidement couronnés pour peu qu'ils soient sincères. Il y a certainement eu des arrestations et il y en aura d'autres.De plus, les associations de migrants et migrants aideront certainement la police. Attendons avant de juger. Chaque nation a ses criminels, ses enjeux publics et ses peurs organisées, Allemagne incluse. Cela dit, un migrant criminellement convaincu de violence devrait être retourné chez lui et dorénavant interdit de séjour. Rappelons-nous un fait historique. En 1939, Hitler a envahi la Pologne après que des SS, sous son ordre et déguisés en soldats polonais, aient feint, à partir de la Pologne, d'envahir le territoire allemand et de tuer des garde-frontière. Ils n'auraient tué personne, mais les journaux firent quand même état de morts. Le lendemain, l'armée allemande envahissait la Pologne...